Une déflagration destructrice

Illustration : Ronald DuRepos
Illustration : Ronald DuRepos

Un entreposage inadéquat provoque une explosion et un incendie, qui rasent une usine au sol.

Que s’est-il passé ?

Vers 14 h 30, le 30 octobre 2013, un travailleur d’une entreprise de fabrication de polymère constate une anomalie dans la polymérisation en cours. Une dizaine de substances chimiques, dont du styrène, hautement inflammable, chauffent dans un des réacteurs. On devrait y voir de petites billes transparentes, mais on observe plutôt de l’écume et des masses gélatineuses. Un responsable est alors avisé pendant qu’on entreprend la procédure habituelle dans un tel cas : une correction au procédé est apportée très rapidement pour tenter de briser la masse gélatineuse. Le responsable vient lui prêter main-forte, espérant corriger la situation et récupérer la mixture pour éviter qu’elle se solidifie dans le réacteur, ce qui pourrait abîmer l’appareil. Ces interventions échouent et le travailleur et son responsable décident alors de transvaser le mélange en réaction. Ils utilisent des tuyaux pour le transvider dans des barils situés dans ce qu’ils appellent la « salle d’urgence », adjacente au local de polymérisation. Cela fait, ils en retirent la tuyauterie et ferment la porte, sachant que la polymérisation entamée dans le réacteur va se poursuivre jusqu’à la fin et sera accompagnée d’un dégagement de chaleur. Le travailleur retourne dans l’aire de polymérisation pour nettoyer le réacteur, termine son quart de travail et quitte l’usine à 16 h 30. Quelque quinze minutes plus tard, la salle d’urgence est secouée par une violente explosion et les travailleurs évacuent le bâtiment. Ils alertent les pompiers, mais bien que ceux-ci combattent l’incendie jusqu’au lendemain matin, l’usine est anéantie. Personne n’est blessé, mais l’accident laisse une vingtaine de travailleurs en situation de chômage technique.

 

Qu’aurait-il fallu faire ?

Les usines de l’industrie chimique doivent établir une gestion rigoureuse de la prévention. Ici, avant d’entreposer des mélanges en cours de polymérisation à l’intérieur, il aurait fallu que l’employeur obtienne des données précises sur la quantité de chaleur et de vapeurs de produits inflammables que ce procédé génère, qu’il détermine les caractéristiques techniques de l’appareillage électrique requis et qu’il fasse une analyse pour définir le type de système de ventilation conforme à installer. Une autre condition essentielle pour éviter les accidents de nature chimique consiste à confier l’aménagement de la salle d’entreposage à un expert pour assurer le respect rigoureux des règles de santé et de sécurité. Tout milieu de travail dans lequel on utilise des procédés chimiques doit pouvoir compter sur la compétence d’un spécialiste, soit un membre de l’Ordre des ingénieurs du Québec, car d’abord et avant tout, il faut adopter un procédé efficace sans produit de polymérisation avortée qui crée des dangers. Il doit aussi disposer d’un espace d’entreposage conçu en fonction des exigences réglementaires relatives aux mesures de prévention à implanter en présence de vapeurs ou de gaz inflammables, notamment le Code des liquides inflammables et combustibles, et avoir des moyens de contrôler toutes les sources d’ignition possibles. Dans le cas présent, la salle d’urgence recelait plusieurs foyers d’inflammation potentielle. De plus, la mezzanine, qui contenait une solution en mouvement constant, n’était pas reliée par continuité des masses à une prise de terre. Enfin, la zone mal ventilée au-dessus des barils était propice à l’accumulation de vapeurs inflammables.

Finalement, l’usine doit être dotée d’un mécanisme permettant de contrôler la température du procédé jusqu’à ce que tous les réactifs présents dans le mélange en voie de polymérisation soient transformés. En effet, plus la chaleur augmente, plus la mixture dégage des vapeurs de styrène. Il faut donc éviter que l’atteinte du seuil critique provoque l’allumage des vapeurs accumulées dans le local. Il faut également s’assurer qu’une ventilation adéquate empêche que la concentration des vapeurs inflammables atteigne les limites d’explosivité.

Notre personne-ressource : Pierre Privé, coordonnateur aux enquêtes à la Direction générale de la prévention-inspection et du partenariat de la CSST


 

Pour en savoir plus

Lien vers le rapport d’enquête : www.centredoc.csst.qc.ca/pdf/ed004031.pdf