Quand l'entretien d'un trottoir roulant tourne au cauchemar...

Source : Ronald DuRepos
Source : Ronald DuRepos

Au cours de l’entretien hebdomadaire d’un trottoir roulant, la main et le bras du travailleur sont entraînés entre une courroie et un cylindre en rotation.

Que s’est-il passé?

Dans l’après-midi du 19 février 2016, vers 13 h 50, une équipe, constituée de deux mécaniciens d’ascenseurs, se rend dans la salle mécanique pour y faire l’entretien hebdomadaire de deux trottoirs roulants. Lorsqu’il y a une accumulation importante de débris ou de saletés, les travailleurs doivent nettoyer et gratter les cylindres et la courroie de ces derniers. Le premier travailleur procède ce jour-là à l’inspection visuelle du cylindre de la rampe numéro 2 et juge qu’aucune intervention n’est nécessaire. L’équipe se dirige ensuite vers la salle mécanique pour faire l’inspection visuelle du deuxième cylindre de la même rampe. À 14 h, au moment où ces employés se préparent à faire cette inspection visuelle du cylindre situé au sous-sol, l’un d’eux répond à un appel téléphonique. L’autre travailleur se dirige donc seul vers le sous-sol équipé d’une lampe de poche. À 14 h 07, la courroie de la rampe s’arrête. Au même moment, le travailleur resté au rez-de-chaussée entend un cri. Il descend au sous-sol et trouve son collègue, dans la salle mécanique, agenouillé près des équipements de la rampe. Il est toujours conscient; cependant, son bras gauche est arraché et coincé entre le cylindre et la courroie. Il lui porte immédiatement secours et appelle le 9-1-1. Vers 14 h 19, les policiers arrivent sur les lieux, suivis des ambulanciers. À 14 h 35, la victime est transportée à l’hôpital, où son décès est constaté.

Qu’aurait-il fallu faire?

Tout d’abord, notons qu’au moment de l’accident, une zone d’entraînement située sous le trottoir roulant est accessible pendant son fonctionnement. Selon l’article 182 du Règlement sur la santé et la sécurité du travail, une machine doit être conçue et construite de manière à rendre cette zone dangereuse inaccessible, à défaut de quoi celle-ci doit être munie d’au moins un protecteur ou d’un dispositif de protection. Dans le cas où personne ne pourrait avoir accès à la zone dangereuse de la machine durant son fonctionnement, un protecteur fixe ou muni d’un dispositif d’interverrouillage, un protecteur à enclenchement muni d’un dispositif d’interverrouillage ou un dispositif sensible est nécessaire. Dans le cas où au moins une personne a accès à cette zone durant le fonctionnement de la machine, un protecteur à fermeture automatique, un protecteur réglable, un dispositif sensible ou une commande bimanuelle sont les choix de dispositifs à installer. De plus, l’employeur en autorité dans l’établissement doit s’assurer qu’il appliquera le cadenassage ou une méthode de contrôle des énergies. À la suite des nouvelles exigences en matière de contrôle des énergies, avant d’entreprendre tout travail de maintenance, de réparation ou de déblocage dans la zone dangereuse d’une machine, les mesures de sécurité suivantes doivent être prises : la mise en position « arrêt » du dispositif de commande de la machine, l’arrêt complet de cette dernière ou le cadenassage, par chaque personne exposée au danger, de toutes les sources d’énergie de la machine, de manière à éviter toute mise en marche accidentelle de celle-ci pendant la durée des travaux.

L’employeur a l’obligation de déterminer, de diminuer et d’éliminer les risques présents sur les lieux de travail. Pendant l’inspection ou l’entretien d’une machine, s’il n’est pas possible de la cadenasser parce qu’elle doit être maintenue en marche, et qu’un protecteur ou dispositif de protection doit être retiré, l’employeur doit procéder à une analyse de risque pour déterminer la meilleure méthode de contrôle des énergies à appliquer. Toutefois, lorsqu’il existe une norme propre à la machine, comme dans ce cas-ci, l’employeur peut choisir d’appliquer les prescriptions normatives sur le contrôle des énergies, choix qui sera considéré comme équivalent à l’analyse de risque.

Notre personne-ressource : Sèdoté Ghislain Hounkpe, coordonnateur aux enquêtes par intérim, Direction générale de la prévention-inspection de la CNESST


Pour en savoir plus : https://www.centredoc.cnesst.gouv.qc.ca/in/details.xhtml?id=p%3A%3Ausmarcdef_0000227737