Explosion mortelle

Illustration : Ronald DuRepos
Illustration : Ronald DuRepos

Au cours de la réparation d’une fuite dans le réservoir d’une citerne routière à éléments multiples, une explosion survient et cause la mort du travailleur.

Que s’est-il passé ?

Le 30 mai 2016, vers 8 h, l’équipe de travailleurs d’une entreprise spécialisée dans la vente, la réparation et l’inspection de citernes routières de produits pétroliers légers s’apprête à réparer le réservoir nº 4 d’un camion-citerne à éléments multiples. Ce genre de camion permet le transport de plusieurs types de produits pétroliers à la fois. Chaque réservoir, au nombre de quatre dans ce cas-ci, est séparé par une double cloison, appelée l’entre-deux. Un travailleur signale à son client qu’il faudrait vider le réservoir nº 3, adjacent au nº 4, qui contient 1 266 litres de diesel clair. Ce dernier lui indique que ce n’est pas nécessaire, car il sait que la fuite provient du réservoir nº 4. Les travailleurs commencent donc par vider le fond du réservoir à réparer. Ensuite, le travailleur chargé d’apprêter le camion nettoie l’entre-deux à l’aide d’un jet de vapeur d’eau pendant 20 minutes. Il installe le manomètre sur l’ouverture supérieure de l’entre-deux pour effectuer des tests d’étanchéité. Il poursuit son travail en nettoyant le réservoir nº 4 avec le jet de vapeur d’eau pendant 20 minutes également. Il assèche le réservoir avec de l’air comprimé et utilise un explosimètre afin de vérifier la présence de gaz explosif près de l’orifice du haut de l’entre-deux et au puits d’accès du réservoir. Il obtient environ 8 % pour l’entre-deux et 0 % pour le réservoir.

Un soudeur entre alors dans le réservoir et amorce les réparations. L’employé qui a procédé au nettoyage se trouve sur le dessus du réservoir pour donner à son collègue les outils nécessaires à la réparation et pour s’occuper de la ventilation. En inspectant l’intérieur du réservoir, le soudeur s’aperçoit que la soudure d’une pièce est brisée. À l’aide d’une meuleuse électrique, le soudeur procède à la rectification de la surface à réparer. Il utilise une torche au propane pour préchauffer cette surface. Il procède aux réparations avec un pistolet à souder de type MIG ; lorsque la moitié de la soudure est réalisée, une première explosion se fait sentir. Le travailleur qui se trouve au-dessus du réservoir entend un son grave et voit la paroi de l’entre-deux s’inverser. Immédiatement après la première explosion, une deuxième,beaucoup plus puissante, survient. Le travailleur sur le réservoir est projeté au sol et voit des flammes sortir du camion. À l’aide d’un extincteur, il éteint l’incendie et utilise un tuyau d’aspiration pour évacuer la fumée. C’est alors qu’il aperçoit le réparateur qui se trouvait à l’intérieur, couché dans l’huile. Les secours sont appelés, et le décès du travailleur est constaté à l’hôpital.

Qu’aurait-il fallu faire ?

Tout d’abord, dans le cas d’un travail en espace clos, une cueillette de renseignements préalable à l’exécution du travail doit être effectuée, consignée et disponible. Ces renseignements doivent inclure les dangers propres à l’espace clos en particulier, la présence d’un produit inflammable, les méthodes et les techniques de travail sécuritaires pour l’accomplir, l’équipement approprié et nécessaire, ainsi que les procédures de sauvetage. Également, des relevés continuels de la concentration des vapeurs inflammables et de l’oxygène doivent être effectués tout au long du travail en espace clos. Pendant l’exécution de celui-ci, une ventilation suffisante doit être assurée pour maintenir les concentrations de contaminants sous les limites permises. Un surveillant ayant les habiletés et les connaissances requises doit rester à l’extérieur de l’espace clos et demeurer en contact avec le travailleur qui se trouve à l’intérieur. En plus, le travail à chaud exige des mesures de sécurité additionnelles. Selon le Code national de prévention des incendies, les matières, les poussières et les résidus combustibles et inflammables doivent être enlevés de l’aire des travaux par points chauds ou être protégés contre l’inflammation au moyen de matériaux incombustibles. Lorsque les travaux par points chauds doivent être exécutés à proximité de canalisations de gaz inflammable,il faut que ces dernières soient protégées par une barrière thermique.

Finalement, l’employeur doit mettre en place des méthodes de contrôle et de surveillance. De plus, la formation des travailleurs est exigée afin que ceux-ci sachent reconnaître les dangers liés au travail qu’ils accomplissent. Elle permettra aussi d’apprendre à calibrer et à utiliser les détecteurs de gaz explosifs.

Notre personne-ressource : M. Sèdoté Ghislain Hounkpe, coordonnateur aux enquêtes par intérim, Direction générale de la prévention-inspection de la CNESST