Une chute de 12 mètres à bord d’une chargeuse

Que s’est-il passé ?

Le 5 septembre 2012, en Montérégie, un travailleur commence son quart de travail dans une carrière de calcaire. Il effectue une inspection préalable de la chargeuse sur pneus, qu’il doit utiliser pour faire une série de tâches assignées par son contremaître. Il nettoie certains chemins et installe des butées et des blocs de béton à certains endroits pour assurer la sécurité des lieux. Il remplace ensuite quelques collègues dans leurs tâches.

Illustration: Ronald DuRepos
Illustration : Ronald DuRepo

Vers 16 h, on lui demande de nettoyer une partie du banc de forage (le roc). Ce travail doit être fait pour permettre le forage et le dynamitage de la paroi, qui fait douze mètres de haut et a un angle de 90°. De plus, en retirant les débris, on évite qu’ils soient projetés sous la force du dynamitage. Pour nettoyer le banc de forage, il utilise le godet de la chargeuse sur pneus pour pousser les débris au bas de la paroi. Il effectue des allées et venues perpendiculairement à la crête, jusqu’à ce que la section souhaitée soit débarrassée de tous les débris. Il nettoie une troisième voie et s'approche un peu plus de la crête pour vider le godet de sa chargeuse sur pneus quand le pire se produit. Alors qu’il amorce sa manœuvre de recul, une section de la paroi avant se détache. Le travailleur sent la chargeuse basculer vers l’avant, puis glisser dans le vide, sans pouvoir y faire quoi que ce soit. Il survit, mais est gravement blessé.

Malheureusement, ce n’est pas le premier accident survenant avec une chargeuse sur pneus. Le 19 juillet 2012, dans une autre carrière de la région de Lanaudière cette fois, un conducteur de chargeuse sur pneus nettoie un chemin de halage. Lors d’une manœuvre de recul entreprise pour déblayer une pierre, la chargeuse bascule d’une hauteur de six mètres tandis que le travailleur est expulsé de la cabine. Il succombera à ses blessures une semaine plus tard.

Qu’aurait-il fallu faire ?

Aucune procédure de travail pour nettoyer les bancs de la carrière n’a été établie. Bien que le Règlement sur la santé et la sécurité du travail dans les mines ne traite pas spécifiquement de ce point, la notion de danger relative à la présence de véhicules lourds aux abords du vide y est abordée. Ainsi, on spécifie à l’article 45.3 que :

un butoir doit être installé :

  1. à tout endroit de déversement sous terre où les véhicules motorisés sont exposés à une chute dans le vide de plus de 3 m ;
  2. à tout endroit où les véhicules motorisés sont exposés à une chute dans une trémie ou un concasseur.

Une procédure doit être établie par l’entreprise pour traiter le danger de chute associé à la présence de véhicules lourds en bordure du vide. Par exemple, le nettoyage peut s’effectuer parallèlement à la crête.

De plus, les travailleurs et les contremaîtres doivent recevoir la formation appropriée sur les moyens à appliquer pour contrer les risques auxquels ils sont exposés dans le cadre de leur travail.

Notre personne-ressource : Pierre Privé, coordonnateur aux enquêtes, Direction générale de la prévention-inspection et du partenariat de la CSST

Pour en savoir plus

Liens vers les rapports d’enquête : 
www.centredoc.csst.qc.ca/pdf/ed003953.pdf 
www.centredoc.csst.qc.ca/pdf/ed003947.pdf