Nuit funeste dans un entrepôt

Que s’est-il passé ?

Le 15 août 2012, à Montréal, les travailleurs de nuit d’un magasin à grande surface doivent placer la marchandise livrée pendant la journée sur des palettiers. Ainsi, quatre portes-fenêtres doivent être entreposées sur deux niveaux des palettiers. Elles ont été transportées dans l’allée souhaitée à l’aide d’un transpalette électrique. Dans un premier temps, deux travailleurs placent manuellement les deux portes-fenêtres dans l’alvéole au niveau du sol. Un travailleur utilise ensuite un chariot élévateur à poste de conduite élevable pour placer les deux autres portes-fenêtres sur le niveau supérieur. Son chariot est muni d’une plateforme supplémentaire comportant deux garde-corps amovibles. Malgré cette plateforme supplémentaire, la marchandise excède la largeur de la plateforme ; les garde-corps sont donc maintenus en position relevée. De plus, toujours à cause des dimensions de la porte-fenêtre, le travailleur ne peut placer la plateforme à proximité du palettier afin de réduire les risques de chute. Qu’à cela ne tienne, le travailleur porte son harnais et il est bien fixé à son point d’ancrage. Lorsqu’il quitte la plateforme, il franchit un espace d’environ 54 cm au-dessus du vide et entre dans l’alvéole. Et là, pour une raison inconnue, il détache l’ancrage de son harnais. Il place alors la porte-fenêtre dans le palettier, puis sort de l’alvéole et reprend place sur la plateforme, toujours en franchissant le vide de 54 cm. La même manœuvre est à répéter pour la deuxième porte-fenêtre. Le travailleur ne se rattache pas. Et cette fois, alors qu’il s’apprête à pousser la porte-fenêtre vers le palettier, son pied passe dans le vide. Il perd l’équilibre et chute au sol, 2 m 43 plus bas… Les secours sont appelés, mais peine perdue, le travailleur décède de ses blessures 24 heures plus tard.

 

Illustration : Ronald DuRepos 

Illustration : Ronald DuRepos

Malheureusement, ce n’est pas le seul accident impliquant un chariot élévateur à poste de conduite élevable. Le 14 décembre 2011, dans un entrepôt de pneus cette fois, un travailleur fait une chute de plus de trois mètres dans des circonstances similaires. Il est mort lui aussi.

Qu’aurait-il fallu faire ?

Lorsqu’on travaille avec un chariot élévateur à poste de conduite élevable, il faut toujours utiliser un système d’arrêt de chute (harnais, cordon d’assujettissement ou enrouleur-dérouleur, absorbeur d’énergie), fixé au point d’ancrage identifié sur le chariot.

Si une plateforme supplémentaire est ajoutée au chariot élévateur à poste de conduite élevable, il faut d’abord effectuer une analyse de risques et s’assurer que le matériel n’excède jamais la dimension ou la capacité de la plateforme.

Par ailleurs, il a été établi que si le harnais du travailleur avait été relié au point d’ancrage au moment de la chute, le travailleur aurait effectué un mouvement de balancier, puisqu’il ne se trouvait plus sous son point d’ancrage. Ce mouvement l’aurait exposé à des blessures. L’employeur doit donc aussi prendre les mesures nécessaires afin d’éviter qu’un travailleur soit blessé par un effet de pendule s’il tombe de la plateforme, par exemple en installant des garde-corps le long des côtés libres.

Finalement, les travailleurs qui utilisent un chariot élévateur à poste de conduite élevable doivent recevoir la formation appropriée sur cet engin.

Notre personne-ressource : Pierre Privé, coordonnateur aux enquêtes, Direction générale de la prévention-inspection et du partenariat de la CSST

Pour en savoir plus

Liens vers les rapports d’enquête:

www.centredoc.csst.qc.ca/pdf/ed003956.pdf 
www.centredoc.csst.qc.ca/pdf/ed003930.pdf