La lombalgie chronique non spécifique - Peut-on prévoir son évolution ?

La plupart des personnes, soit environ 84 % de la population québécoise, souffriront de lombalgie au moins une fois dans leur vie. On a longtemps cru que la douleur lombaire se guérissait d’elle-même en quelques semaines et que seulement 10 % à 15 % des cas devenaient chroniques (d’une durée de plus de 12 semaines), mais aujourd’hui, on considère davantage cet état comme étant persistant ou récurrent et stable dans le temps. En fait, très peu de personnes connaîtront une guérison complète à la suite d’un premier épisode.

Cette réalité a incité Isabelle Pagé, chiropraticienne et candidate à la maîtrise en sciences de l’activité physique à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), à approfondir ses recherches sur le rôle des facteurs neuromécaniques dans l’évolution de la lombalgie chronique non spécifique. « C’est une déficience d’origine complexe, qui implique une modification en profondeur de notre vision », souligne cette boursière de l’IRSST. En effet, malgré l’utilisation des technologies médicales les plus avancées, aucune percée scientifique n’a permis de réduire de façon significative la prévalence des troubles lombaires et les coûts associés à cette problématique. Cette réalité découle   de la grande hétérogénéité des patients souffrant de lombalgie chronique non spécifique, soit 85 % des personnes atteintes de cette affection, et de l’impossibilité d’obtenir un diagnostic. L’origine de la douleur peut tout aussi bien provenir des disques, d’une facette articulaire ou des ligaments que des racines nerveuses.

La mise en place d’une intervention clinique efficace constitue donc un défi majeur. Isabelle Pagé propose une approche nouvelle, reposant sur la catégorisation des patients pour établir un pronostic de base plus précis. Cet examen  tiendrait compte des aspects physique, fonctionnel, psychologique et socioprofessionnel de chacun. Les traitements les plus appropriés seraient également évalués. La chercheure souhaite ainsi mieux circonscrire l’intervention en fonction des caractéristiques des patients. Sa recherche vise à étudier les adaptations neuromécaniques nécessaires, soit le recours à des stratégies motrices alternatives, dans le but de minimiser la douleur consécutive à l’augmentation du niveau de peur et d’hypervigilance, et prévoir l’évolution de cet état. « Je souhaite pouvoir mieux déterminer les personnes susceptibles d’éprouver une amélioration de leur condition, celles qui sont plus à risque d’avoir des rechutes ou encore, celles qui risquent de conserver une douleur chronique », explique la chiropraticienne.

Cette catégorisation par pronostic de base permettrait, selon elle, d’effectuer des recherches plus pointues et, éventuellement, d’isoler un mode de traitement plus efficace pour un type ou un sous-groupe de patients. En conséquence, des interventions stratifiées pourraient être élaborées – un patient présentant un bon pronostic bénéficierait de soins de plus courte durée et serait rassuré quant à son état, tandis que celui dont le pronostic serait mauvais recevrait des soins multidisciplinaires plus ciblés : traitement contre la douleur, réhabilitation musculaire, intervention psychologique, ergonomie au travail, etc. Sachant que, dans la plupart des cas, on ne peut définir la cause exacte de la douleur, la catégorisation par pronostic de base offrirait une approche novatrice pour évaluer les patients et pour déterminer le type d’intervention nécessaire.

Isabelle Pagé

Titulaire en 2011 d’un doctorat de premier cycle en chiropratique de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQ TR), Isabelle Pagé exerce en tant que chiropraticienne dans une clinique privée de Shawinigan-Sud. Passionnée de recherche dans le domaine des problématiques neuromusculosquelettiques, elle a fait de nombreux stages d’été au laboratoire de neuromécanique et de contrôle moteur de l’UQTR, sous la supervision du Dr Martin Descarreaux. Dès la fin de ses études de premier cycle, elle a entrepris sa maîtrise en sciences de l’activité physique en démontrant un intérêt marqué pour la problématique de la lombalgie chronique non spécifique.