Risques pour la SST : La vraie teinte des emplois verts

Emplois verts

Le terme « emploi vert » est de plus en plus utilisé, parfois à tort, pour en qualifier certains qui ne répondent pas toujours aux principes du développement durable. En fait, on dispose de peu d’information pour définir avec justesse les emplois. Des chercheurs se sont intéressés à cette question à l’issue d’une recherche sur la santé et la sécurité des travailleurs de l’industrie de l’énergie solaire photovoltaïque.

Dans un premier temps, Joseph Zayed, professeur associé au Département de santé au travail et santé environnementale de l’Université de Montréal et responsable du champ de recherche sur la prévention des risques chimiques et biologiques de l’IRSST, répond à nos questions pour démystifier ce qu’est un emploi vert.

Prévention au travail – Qu’est-ce qu’un emploi vert ?

Joseph Zayed - De manière générale, on peut dire qu’un emploi vert vise à réduire l’empreinte écologique. Il y a cependant quelques zones grises. Par exemple, l’énergie éolienne réduit l’empreinte écologique associée à l’énergie nucléaire ou à l’énergie produite à partir du carbone. Par contre, on oublie que les personnes qui construisent les rotors de ces éoliennes peuvent être exposées à plusieurs sortes d’huiles chimiques.

Pour fabriquer les panneaux solaires de l’industrie photovoltaïque, on utilise souvent du cadmium. Or, il s’agit d’une substance cancérogène. Les travailleurs qui la manipulent doivent donc être protégés, tout autant que des travailleurs associés à d’autres types de substances chimiques potentiellement dangereuses qui n’occupent pas des emplois dits verts.

Mais qu’est-ce qu’un emploi « vert » ? À quelle définition répond-il et quels principes doit-il respecter ? Il existe de nombreuses définitions. Une équipe de travail que je dirige s’est penchée sur la question et un rapport piloté par Erwan Cheneval, agent de recherche, sera bientôt publié. Nous avons choisi de proposer une définition inspirée des approches de grandes institutions comme le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et le gouvernement du Québec entre autres. Cette définition est la suivante : Peut être considéré comme vert tout emploi visant directement à réduire l’impact environnemental des activités humaines et qui souscrit aux principes du développement durable. Les emplois verts, qui peuvent requérir des habiletés et des connaissances spécifiques, impliquent le développement, l’innovation ou l’utilisation de technologies, de techniques ou de procédés adaptés. Alors, travailler au recyclage est-il un emploi vert ? Ultimement, le recyclage réduit l’empreinte écologique et souscrit à plusieurs principes du développement durable. La finalité de l'emploi est verte, même si l'emploi li-même comporte des risques.

PT – Quels sont les principes à respecter pour définir un emploi vert ?

JZ – D’abord, la Loi sur le développement durable comprend 16 principes. Dans le cadre de nos travaux, nous en avons dégagé cinq que nous considérons comme intéressants à retenir dans la définition d’un emploi vert. Ce sont les mêmes cinq principes que ceux qui figurent dans la deuxième orientation de la Stratégie québécoise sur le développement durable visant à « réduire et gérer les risques pour améliorer la santé, la sécurité et l’environnement ». Nous avons établi que, pour être vert, un emploi doit répondre à au moins un de ces cinq principes, que voici :

  • Il promeut la santé et la qualité de vie des citoyens ou s’en préoccupe;
  • Il participe à la protection de l’environnement;
  • Il favorise l’éducation, l’accès à l’information et à la recherche et stimule l’innovation ; 
  • Il participe à la prévention, l’atténuation ou la correction des dommages environnementaux ;
  • Il favorise le principe de précaution en cas de risque de dommages environnementaux.

L’utilisation de ces principes permet également de souligner les « nuances de vert » des emplois en question. On peut dire que certains de ceux-ci, qui ne répondent par exemple qu’à un ou deux des critères, sont « vert pâle ». C’est le cas de nombreux emplois qui réduisent de façon indéniable l’empreinte écologique, mais dont les conditions de travail sont parfois difficiles.

PT – Est-ce la première fois que l’IRSST s’intéresse aux emplois verts ?

JZ – Nous nous sommes intéressés aux emplois verts d’abord dans l’optique de documenter les effets des changements climatiques sur la santé des travailleurs. On associe souvent les gaz à effet de serre, à juste titre d’ailleurs, à l’accélération de ces changements. De fil en aiguille, on a tenté de réduire l’émission des gaz à effet de serre d’où le développement plus soutenu de l’économie verte et de la filiale des emplois verts.

Quand nous avons commencé à documenter l’effet des changements climatiques sur la santé des travailleurs, cela nous a donné une douzaine de pistes de recherche. La question des emplois verts était omniprésente. De plus, notre recherche coïncidait avec une décision importante de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de réorienter un de ses axes prioritaires vers les emplois verts plutôt que de le maintenir spécifiquement et exclusivement vers les changements climatiques. Nous avons alors décidé de canaliser nos énergies en ce sens.

Par la suite, j’ai voulu poursuivre mes recherches sur la santé et la sécurité du travail dans l’industrie photovoltaïque, ce qui m’a amené à souhaiter obtenir un portrait d’ensemble des emplois verts. Nous avons donc démarré une recherche sur ce sujet. Les résultats devraient nous permettre d’élaborer, au cours des prochains mois, une programmation de recherche sur ce thème pour les cinq années à venir. Dans une perspective de prévention et de réduction de l’exposition, une telle programmation visera à déterminer et à définir les nouvelles orientations de recherche dans le domaine des emplois verts en fonction des travailleurs qui auront été déterminés comme étant le plus à risque. durable. La finalité de l’emploi est verte, même si l’emploi lui-même comporte des risques.

Pour en savoir plus :

ADAM-POUPART, Ariane, France LABRÈCHE, Audrey SMARGIASSI, Patrice DUGUAY, Marc-Antoine BUSQUE, Charles GAGNÉ, Joseph ZAYED. Impacts des changements climatiques sur la santé et la sécurité des travailleurs, Rapport R-733, 45 pages.

Les conférences prononcées lors de l’animation scientifique Bioaérosols et emplois verts en octobre 2013.