Nanoparticules : mise à jour du Guide de bonnes pratiques

Infiniment petites, les nanoparticules peuvent présenter des risques qu'on ne connait pas encore entièrement, d'où la nécessité d'agir avec prudence.

Le Guide de bonnes pratiques favorisant la gestion des risques en milieu de travail a non seulement été mis à jour pour tenir compte de l'évolution des connaissances en ce domaine, mais cette deuxième édition s'est aussi enrichie d'annexes foisonnant d'exemples concrets, photos à l'appui, qui militent en faveur de la prudence. Ce guide est le fruit d'une collaboration entre Claude Ostiguy et Brigitte Roberge de l'IRSST et Maximilien Debia et André Dufresne du Département de santé environnementale et santé au travail de l'Université de Montréal.

Le diamètre d'un cheveu humain est de 500 à 1 000 fois plus gros qu'une nanoparticule. « Il faut faire la distinction entre, d'une part, les particules ultrafines, générées non intentionnellement, par exemple les fumées dans les alumineries, et, d'autre part, les nanomatériaux, c'est-à-dire des nanoparticules produites intentionnellement afin de modifier les propriétés d'un produit », explique Maximilien Debia, professeur adjoint à l'École de santé publique et responsable des laboratoires d'hygiène du travail au Département de santé environnementale et santé au travail de l'Université de Montréal.

Il existe une grande diversité de nanomatériaux : nanotubes de carbone, nanométaux, fullerènes, points quantiques, polymères organiques, dendrimères et nanomatériaux d'inspiration biologique. Tous transforment, et ce, de façon radicale, les propriétés de nombreux produits finis : meilleure conductivité électrique, propriétés optiques uniques, force accrue, etc. Leurs applications devraient, par conséquent, générer des retombées économiques dans tous les secteurs de l'activité industrielle, soit microélectronique, équipements, énergie et technologies vertes, santé, transport, bois, cosmétiques et autres. On imagine donc aisément l'intérêt que leur portent les gens d'affaires.

Compte tenu de leur usage croissant à l'échelle mondiale, les nanomatériaux intéressent également les chercheurs, qui craignent de les voir utilisés sans que les précautions nécessaires soient prises. « Heureusement, avec les nanoparticules, nous avons la chance d'être avertis assez tôt des dangers potentiels et nous disposons de plusieurs méthodes de prévention », observe Maximilien Debia qui, à titre de chercheur, a participé à la deuxième édition du Guide de bonnes pratiques favorisant la gestion des risques en milieu de travail.

Cette nouvelle version était devenue indispensable, compte tenu de l'évolution des connaissances, comme en témoignent les nombreuses publications scientifiques que différentes organisations ont fait paraître depuis 2008, date de la première édition du guide. Plus de 250 nouvelles références viennent ainsi la compléter. Le lecteur y trouvera aussi un chapitre détaillant les différentes méthodes de prévention qui peuvent être mises en place pour maîtriser les expositions aux nanoparticules ainsi qu'un chapitre qui propose une démarche de gestion des risques complètement réaménagée pour faciliter son application.

L'ajout de trois annexes constitue un autre point d'intérêt du guide. « Un des points d'originalité de cette nouvelle version est de présenter des études de cas et les interventions que nous avons faites dans plusieurs milieux de travail, pour divers nanomatériaux », précise le chercheur.

Les annexes répertorient donc les mesures prises et les évaluations des stratégies de prévention qu'utilisent actuellement les entreprises : ventilation locale, isolation des procédés, protection respiratoire, confinement de la salle où se déroule le procédé au moyen de sas dans lesquels les gens peuvent changer de vêtements, etc. « Nous avons constaté que certains milieux étaient très sécuritaires, que les méthodes de travail étaient adéquates et que le niveau de sensibilisation des employeurs et des travailleurs était élevé. » Dans d'autres cas, des manquements ont été observés et les recommandations conséquentes, formulées. La publication de ces études de cas sera fort utile aux producteurs et aux utilisateurs de nanomatériaux.

Des photographies permettent au lecteur de visualiser les instruments à lecture directe utilisés pour les interventions ainsi que certains des équipements qu'ils peuvent installer pour protéger la santé des travailleurs et assurer leur sécurité. « Cette nouvelle édition du guide a pour but de fournir aux travailleurs, aux employeurs et aux intervenants en santé et en sécurité du travail les outils existants pour faire de la prévention et donc, maîtriser les expositions professionnelles, insiste Maximilien Debia. Nous voulions montrer, à l'aide d'exemples, que nous sommes capables, avec les instruments de pointe dont nous disposons aujourd'hui, de caractériser les nanomatériaux et de protéger les travailleurs en conséquence. »

Un domaine en constante progression

On peut lire dans le guide qu'en raison des propriétés uniques des nanomatériaux, environ 10 % des emplois manufacturiers pourraient être liés aux nanotechnologies d'ici peu. Depuis 2006, quelque 250 nouveaux produits contenant des nanomatériaux sont commercialisés annuellement, ce qui représente un marché annuel mondial de plus d'un billion de dollars à l'horizon de 2015 et implique deux millions de travailleurs. « L'utilisation des nanomatériaux n'est pas près de s'essouffler, constate Maximilien Debia, d'où la nécessité de s'intéresser immédiatement à leurs conséquences. »

La publication de la nouvelle édition du guide avait pour objectif de fournir des données qui peuvent être interprétées dans une approche d'évaluation et de gestion des risques. « Il y a encore beaucoup d'incertitudes en ce qui a trait aux risques et à la toxicité de ces substances. En tant qu'hygiéniste, je prône une approche prudente vis-à-vis de ces particules, poursuit le chercheur. À notre connaissance, il n'y a pas de dossier de maladie professionnelle actuellement liée aux nanomatériaux au Québec, et nous aimerions qu'il n'y en ait jamais. Espérons que notre travail servira au moins à ça. »

Pour en savoir plus

OSTIGUY, Claude, Maximilien DEBIA, Brigitte ROBERGE, André DUFRESNE. Nanomatériaux – Guide de bonnes pratiques favorisant la gestion des risques en milieu de travail, 2e édition, Rapport R-840, 120 pages. www.irsst.qc.ca/-publication-irsst-nanomateriaux-guide-r-840.html

DEBIA, Maximilien, Charles BEAUDRY, Scott WEICHENTHAL, Robert TARDIF, André DUFRESNE. Caractérisation et contrôle de l'exposition professionnelle aux nanoparticules et particules ultrafines, Rapport R-746, 66 pages. www.irsst.qc.ca/-publication-irsst-caracterisation-etcontrole-de-exposition-professionnelle-aux-nanoparticules-et-particules-ultrafines-r-746.html

Version anglaise : Characterization and Control of Occupational Exposure to Nanoparticles and Ultrafine Particles www.irsst.qc.ca/-publication-irsst-caracterisation-et-controle-de-l-exposition-professionnelle-aux-nanoparticules-et-particules-ultrafines-r-777.html

Conférence vidéo de Maximilien Debia. Caractérisation et maîtrise de l'exposition professionnelle aux nanoparticules – Présentation de résultats de recherche (2013) www.irsst.qc.ca/-webtv-exposition-professionnelle-nanoparticules.html