L’apport positif de l’approche relationnelle de soins dans les CHSLD

Les principes du déplacement sécuritaire des bénéficiaires (PDSB) ont été très utiles dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), et le sont encore. Néanmoins, les soignants observent régulièrement les limites de ces méthodes (implantées dans les années 1980) dans leurs interventions auprès des résidents qui présentent des atteintes cognitives. Parfois, par des réactions dites agressives, ceux-ci menacent la santé et la sécurité des travailleurs.

Ce constat a incité l'Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail du secteur des affaires sociales (ASSTSAS) à partir à la recherche de solutions visant à protéger les préposées aux bénéficiaires, les infirmières auxiliaires et les infirmières qui donnent des soins d'hygiène au quotidien.

Cette quête a débouché sur une approche complémentaire au PDSB, soit l'approche relationnelle de soins (ARS), graduellement introduite dans une centaine d'installations, chapeautées par 35 établissements, au cours des années 2000. Cette approche vise le développement d'habiletés relationnelles chez les soignants selon une orientation dite d'« humanitude » (qui prône le respect de l'être humain, de sa dignité, de son unicité et de son intégrité). Des intervenants qui reçoivent une formation de formateurs en ARS transmettent ensuite leurs connaissances et habiletés à leurs collègues, afin que tous poussent dans la même direction. Un recul d'une quinzaine d'années est-il suffisant pour documenter les apports positifs de l'approche ? « Nous en étions convaincus, soutient Julie Bleau, conseillère à l'ASSTSAS et formatrice en ARS, mais nous avions besoin de preuves solides pour continuer à en faire la promotion auprès des établissements. »

L'organisme voué à la santé et la sécurité des travailleurs peut aujourd'hui appuyer ses affirmations sur une étude menée par des chercheurs des universités Laval et de Sherbrooke, dont l'IRSST a récemment publié les conclusions dans un rapport intitulé L'approche relationnelle de soins dans les CHSLD : mieux comprendre son implantation et explorer son impact.

Un projet d'établissement

« L'originalité de l'approche de l'ASSTSAS, c'est qu'au-delà de la formation, l'ARS doit être considérée comme un projet de l'établissement, précise Marie Bellemare, de l'Université Laval, membre de l'équipe qui a mené la recherche. L'engagement des décideurs est d'ailleurs sollicité pour le projet d'implantation que l'association propose aux établissements. » En effet, former des personnes qui formeront à leur tour leurs collègues ne suffit pas. L'établissement doit absolument fournir les conditions propices au succès.

Julie Bleau confirme : « Nous formons des gens de terrain qui n'ont aucun pouvoir décisionnel dans les unités de soins. Pour que le programme fonctionne, l'étude montre qu'il faut un porteur de dossier, un chef de projet qui a du pouvoir dans l'organisation et qui pourra donner aux soignants les moyens d'inclure les principes de l'ARS dans leurs plans d'intervention. »

Il ressort clairement que les établissements qui ont réussi l'implantation de cette approche avaient mis en place un certain nombre de conditions favorables. Avant même le début de la formation, elle était inscrite dans leurs orientations, et ces établissements étaient prêts à soutenir la transition vers de nouvelles méthodes de travail, notamment en investissant les ressources financières et humaines nécessaires pour assurer la pérennité de la démarche. La majorité du personnel soignant doit être formé en ARS. Saupoudrer les connaissances voue la démarche à l'échec. La formation doit aussi être offerte en continuaux nouveaux employés.

Les formateurs doivent disposer de temps pour bien planifier les activités de formation. Par la suite, il faut leur permettre de prendre le temps nécessaire pour faire un bilan et partager les expériences vécues. « Le degré d'implantation peut varier d'un établissement à un autre », souligne Louis Trudel, aussi de l'Université Laval.

Des principes qui vont de soi ?

Les formateurs ne transmettent pas uniquement des notions théoriques. Ils s'investissent auprès des résidents qui présentent des atteintes cognitives rendant ardue la prestation de soins d'hygiène. « Je donne des bains et change des culottes d'incontinence, explique Julie Bleau. Pendant ce temps, les intervenants m'observent. Ils sont toujours étonnés de constater à quel point les soins se déroulent dans le calme et se terminent souvent par un sourire de la part de résidents habituellement considérés comme agressifs. Je ne fais pas de magie. Ce que je réussis à faire, ça s'enseigne, il y a une façon d'intervenir. » La recherche a d'ailleurs permis de montrer ces comportements positifs des résidents et les chercheurs ont conçu, avec l'ASSTSAS, un outil qu'ils nomment l'Inventaire des comportements positifs (ICP) pour les documenter.

Fondée sur la bulle relationnelle que le soignant entretient tout au long du soin, l'ARS n'est pas centrée sur les déficits de la personne, mais plutôt sur son histoire de vie, ses préférences et ses capacités. Le résident est invité à participer à ses soins d'hygiène et le soignant doit être sensible à ses réactions. « L'ARS implique des dimensions affectives de respect, de compassion et de tendresse pour alimenter la relation par des qualités autres que des gestes techniques, énumère Louis Trudel. Nous nous faisons parfois dire que tout cela devrait aller de soi, mais ça ne va pas de soi, parce que les dimensions techniques du travail, les notions de productivité et les limites matérielles sont en compétition avec la dimension relationnelle. »

En plus de souligner que cette approche est bénéfique pour les résidents, Marie Bellemare insiste sur les avantages pour les soignants : « Ce qui est particulièrement intéressant, c'est que nous avons ici un exemple de prévention intégrée au coeur même du travail. En visant la relation de soins, on se trouve à agir pour améliorer à la fois la qualité des soins et la santé des travailleurs, notamment sur le plan psychologique, parce qu'ils sont plus satisfaits au travail. »

La recherche n'a pas démontré que les comportements jugés négatifs des résidents disparaissent lorsque l'ARS est  utilisée lors d'un soin. Par contre, elle a mis en évidence la présence de comportements  positifs (sourire, marque de reconnaissance) de leur part lorsqu'elle est mise en oeuvre. « D'habitude, explique Marie Bellemare, ce type de recherche évalue les comportements négatifs, mais pas ceux qui sont positifs. Notre  façon de faire est une nouvelle manière d'appréhender les effets des approches  de soins centrées sur la personne. »

Contenu de la formation à l’approche relationnelle de soins
Visee de formationPrincipaux contenus
Adopter une posture relationnelle

Connaissances  déclaratives

  1. Principe de l’humanitude, c’est-à-dire préserver dans le soin ce qui est propre à la nature humaine, incluant la posture debout
  2. Valeurs dans le soin : tendresse, dignité, autonomie, respect des besoins et des préférences

Réaliser un soin relationnel

Connaissances  déclaratives

  1. Processus de traitement de l’information chez les résidents (traitement des informations tactiles, mémoire, etc.)
  2. Principes et effets de la communication
  3. Effet Pygmalion (influence des attentes d’une personne sur le comportement d’une autre personne)

Habiletés pratiques

  1. Mettre en œuvre l’approche initiale, c’est-à-dire entrer en relation dès le début du soin (se présenter, toucher, regarder la personne dans les yeux)
  2. Stratégies verbales (annoncer ses gestes et les décrire au fur et à mesure; donner des consignes claires et positives; éviter la communication paradoxale, offrir des choix réalistes; faire du renforcement verbal)
  3. Stratégies tactiles (toucher doux; abandon des prises en pince; techniques de massage pour les rétractations musculaires)
  4. Stratégies permettant de demeurer centré sur le résident lors du travail en équipe

Favoriserlautonomie du résident

Connaissances  déclaratives

  1. Bienfaits du maintien de la capacité à tenir debout, même quelques minutes par jour
  2. Principe d’adaptabilité, c’est-à-dire, s’adapter aux besoins, aux préférences et aux capacités des résidents

Habiletés pratiques

  1. Définir, en équipe, la manière de prodiguer les soins en fonction des capacités et des besoins des résidents
  2. Tenir compte des rétroactions des résidents lors des soins
  3. Encourager les résidents à participer à leurs soins, dans la mesure de leurs capacités

 

Pour en savoir plus

BELLEMARE, Marie, Louis TRUDEL, Anabelle VIAU-GUAY, Johanne DESROSIERS, Isabelle FEILLOU, Anne-Céline GUYON, Marie-Josée GODI. L'approche relationnelle de soins dans les CHSLD : mieux comprendre son implantation et explorer son impact, Rapport R-857, 125 pages.

GUYON, Anne-Céline. « L'approche relationnelle de soins : qu'en pensent les soignants ? », Objectif Prévention, vol. 34, no 4, ASSTSAS, 2011.

www.asstsas.qc.ca/documents/Publications/Repertoire%20de%20nos%20publications/OP/op344012.pdf