Contamination des sources d’eau : détecter plus rapidement la Legionella

 Legionella

En 2012, une éclosion de légionellose dans la ville de Québec fait les manchettes. Après enquête, le Directeur de la santé publique formule plusieurs recommandations dont celle qu'une méthode d'analyse soit mise au point pour qu'on puisse, à l'avenir, déterminer plus rapidement la source d'une telle éclosion.

C'est dans ce contexte que l'IRSST donne le feu vert à une recherche devant mener à l'élaboration d'une telle méthode.

La Legionella

La bactérie du genre Legionella est responsable de deux maladies, la fièvre de Pontiac, une infection pulmonaire qui ressemble à une grippe, et la maladie du légionnaire, une pneumonie grave. Ces deux maladies sont largement sous-déclarées, notamment parce que les tests diagnostiques et les traitements antibiotiques à large spectre sont administrés sans que la bactérie responsable soit identifiée. Selon le Centre canadien d'hygiène et de sécurité au travail (CCHST), les personnes les plus à risque de contracter ces maladies sont les travailleurs des édifices hermétiques et ceux qui sont chargés de l'entretien des tours de refroidissement. Des cas de légionellose ont également été rapportés chez des travailleurs qui utilisent des circuits de refroidissement à l'eau dans l'industrie des plastiques et de la métallurgie ainsi que chez d'autres qui se servent de jets d'eau à haute pression. Les phénomènes de contamination surviennent principalement dans des réservoirs artificiels où les températures de l'eau sont maintenues entre 25 et 42 °C et où une certaine stagnation des dépôts, des biofilms ou des amibes sont présents. Les baignoires à remous, les piscines, les condensateurs d'évaporation et les brumisateurs sont également des sources potentielles d'éclosion de légionellose.

La source de 2012

Lors de l'épisode de 2012, 181 cas de Legionella ont été déclarés, dont 73 % des personnes affectées ont été hospitalisées. Treize d'entre elles en sont décédées. L'eau responsable de cette éclosion provenait d'une tour de refroidissement. L'enquête épidémiologique de la Direction de la santé publique a révélé la présence de Legionella dans plus de la moitié des 32 tours avoisinantes vérifiées. Dans sept d'entre elles, les concentrations atteignaient des niveaux préoccupants pour la santé publique.

La méthode de détection par culture microbienne sur des milieux gélosés qu'utilisent actuellement les laboratoires est compliquée et exige des périodes d'incubation pouvant durer jusqu'à 10 jours. C'est la microbiologiste Geneviève Marchand, de l'IRSST, qui a entrepris de mettre au point une méthode rapide pour analyser, par réaction de polymérisation en chaîne (PCR), la bactérie Legionella dans les échantillons d'eau provenant de tours de refroidissement et de systèmes d'eau chaude.

Trois systèmes de quantification par détection moléculaire de la bactérie dans des échantillons d'eau ont ainsi été implantés. Tous se sont avérés très efficaces pour caractériser soit le genre (Legionnella spp), l'espèce (Legionnella pneumophila), ou encore le sérotype 1 de l'espèce caractérisée.

Geneviève Marchand est très satisfaite de l'approche de détection et de quantification par PCR qu'elle et son équipe ont mise au point pour l'analyse de Legionella dans les échantillons d'eau, car elle détecte 100 % des échantillons positifs que la méthode traditionnelle par culture dépiste, mais beaucoup plus rapidement. Des résultats peuvent en effet être obtenus en 24 ou 48 heures.

« Cette approche peut être appliquée pour faire une analyse rapide et spécifique directement des échantillons d'eau prélevés. Nous pouvons aussi l'utiliser pour confirmer les souches de Legionella isolées avec la méthode de culture traditionnelle, explique Geneviève Marchand. Pour l'instant, l'approche de détection et de quantification élaborée ne peut remplacer la méthode par culture, qui est malheureusement la seule reconnue par le Règlement sur l'entretien d'une installation de tour de refroidissement à l'eau de la Régie du bâtiment du Québec, en vigueur depuis juillet 2014. Lors de situations critiques, la méthode par PCR peut certainement fournir des résultats beaucoup plus rapidement et permettre de cibler des sources potentielles, poursuit la microbiologiste. De plus, pour certains échantillons, elle nous permet de produire des résultats d'analyse que la méthode traditionnelle ne permettait pas. »

Pour en savoir plus

Marchand, Geneviève, Nancy Lacombe. Détection moléculaire des bactéries du genre Legionella dans l'eau des tours de refroidissement et de consommation, Rapport R-887, 96 pages.