Déséquilibres alimentaires et troubles du sommeil : Les méfaits

Déséquilibres alimentaires et troubles du sommeil : Les méfaits
Photo IStock

Le sommeil influence les comportements alimentaires et donc, le maintien d’un poids santé. On soupçonne aussi que les problèmes à cet égard, dont le syndrome d’apnée du sommeil (SAS),entraîneraient une résistance à la perte de poids. Pour explorer ce phénomène, la diététiste-nutritionniste Marie-Lou Filiatrault a contribué à une étude appelée CAO, ou Conduite Apnée Obésité, menée à l’Université Laval.

L’étude a recruté 17 camionneurs professionnels répartis ainsi : un groupe de personnes obèses souffrant du SAS et un deuxième groupe, atteint également d’obésité, mais non apnéique. « Les camionneurs représentent beaucoup d’intérêt puisque 25 % d’entre eux souffrent du SAS et que 45 % ont des problèmes de surpoids ou d’obésité », signale la diététiste. Or, une grande part des décès attribuables à des accidents routiers implique des conducteurs de métier. En fait, le risque accidentel d’une personne souffrant d’apnée est de deux à sept fois plus élevé que celui de la population en général : les perturbations répétitives du repos nocturne causent de la fatigue, dont découle la somnolence diurne. En combinant un traitement diététique variant de 15 à 30 semaines à un traitement par ventilation en pression positive continue (PPC), l’équipe de recherche visait à diminuer les symptômes d’apnée des camionneurs pour faciliter leur perte de poids et, ultimement, réduire leurs risques de subir un accident routier au travail.

À leur première rencontre avec une diététiste, les camionneurs ont reçu un plan alimentaire adapté à leurs caractéristiques anthropométriques, leur âge et leur niveau d’activité physique. Ce plan était réduit en énergie et tenait compte de leurs préférences alimentaires. Les camionneurs recevaient aussi un livret indiquant le nombre de portions d’aliments allouées selon l’apport calorique quotidien prescrit. « Comme ces gens sont sur la route, nous voulions un outil très pratique pour pouvoir suivre leur adhésion au traitement et pour qu’ils puissent eux-mêmes consigner le nombre de portions qu’ils mangeaient chaque jour, précise Marie-Lou Filiatrault. Ils n’avaient qu’à cocher ce qu’ils consommaient.» À leurs rendez-vous bimensuels avec leur diététiste, les camionneurs pouvaient se voir proposer des substituts d’aliments plus sains. S’ils se limitaient au pain blanc, par exemple, leur apport en fibres devait être augmenté. « Le traitement finissait lorsqu’ils rencontraient un ‘plateau‘ soit trois semaines consécutives sans perte de poids, ce qui signifie qu’ils avaient atteint un point d’équilibre.»

L’effet réparateur du sommeil

« Les résultats ont confirmé que les problèmes de sommeil peuvent nuire grandement à la perte de poids parce qu’ils influent notamment sur les comportements alimentaires, la réponse au stress et la régulation des hormones de l’appétit, constate la spécialiste. Lorsqu’on souffre d’apnée du sommeil, la glycémie et les concentrations d’hormones qui gèrent l’appétit sont altérées par rapport à celles d’une personne qui dort bien. Les camionneurs qui ont reçu le traitement par PPC disaient qu’ils ne se passeraient plus de cet appareil. » L’étude a néanmoins démontré que ces personnes perdaient plus difficilement leur surpoids, en raison des processus métaboliques qui déclenchent une résistance à cet égard. Marie-Lou Filiatrault a entrepris ses études doctorales avec une seconde recherche sur le sujet, s’intéressant cette fois aux infirmières qui exercent de nuit en travaillent la nuit ont souvent des problèmes de poids parce qu’elles mangent à des heures où les hormones et le métabolisme fonctionnent au ralenti, ce qui peut augmenter les risques de maladies chroniques, comme des maladies cardiovasculaires, le diabète et certains cancers. » Le programme d’intervention qu’elle bâtit pour ces infirmières vise à changer des comportements alimentaires, d’activité physique et de sommeil. Les résultats de tels travaux contribueront à prévenir des problèmes de santé de nombreux travailleurs soumis à des horaires irréguliers et à améliorer leur qualité de vie.

Marie-Lou Filiatrault

Marie-Lou Filiatrault est boursière de l’IRSST. Diététiste-nutritionniste professionnelle, détentrice d’un certificat en kinésiologie et d’une maîtrise spécialisée dans le traitement de l’obésité reliée aux perturbations du sommeil, elle poursuit un doctorat en sciences biomédicales au Centre d’études avancées en médecine du sommeil de l’Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal, sous la direction de la Dre Marie Dumont, elle-même ancienne boursière de l’Institut. « Je veux contribuer au développement de programmes en santé publique adaptés à diverses clientèles, car, dit-elle, il est impératif de sensibiliser la population à l’influence des habitudes de sommeil sur le maintien d’une bonne santé physique et mentale. »