Immigration et SST : la pertinence d'une table de concertation sectorielle

Immigration et SST : la pertinence d'une table de concertation sectorielle
IStock

Dans son plan stratégique 2010-2014, la CNESST affirmait que, selon une estimation, presque 50 % des travailleurs de l’île de Montréal touchés par une lésion professionnelle seraient issus de l’immigration. Cette proportion pourrait même être plus élevée, car on observe un grave problème de sous-déclaration chez les immigrants.

 

Les travaux auprès de petites entreprises multiethniques montréalaises auxquels la doctorante Gabrielle Legendre a contribué à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) depuis 2008, tant à titre d’adjointe de recherche que dans le contexte de sa maîtrise, ont permis d’en arriver à la conclusion que les responsabilités concernant la SST des personnes nées à l’étranger devaient être partagées entre les différents acteurs concernés, par exemple les organismes en SST, en santé publique, en immigration, en employabilité ainsi que les milieux communautaire, syndical, patronal et universitaire. Ce constat a mené à la mise sur pied, en 2013, de la Table de concertation pour l’amélioration de la santé et la sécurité au travail des travailleurs issus de l’immigration.

Cette Table a pour mission de sensibiliser, de mobiliser et d’outiller les acteurs concernés par la SST de ce segment de la population. Réunissant des chercheurs, des intervenants et des décideurs de la CNESST, de la santé publique de Montréal, de l’IRSST, du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, d’Emploi-Québec, des centrales syndicales (FTQ, CSN), de la Fédération canadienne des entreprises indépendantes (FCEI), de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), de l’Alliance pour l’accueil et l’intégration des immigrants (ALAC), etc., elle a parfois donné lieu à des partenariats inusités. Par exemple, « la CNESST, n’a pas l’habitude d’avoir pour partenaires des organismes communautaires qui oeuvrent auprès de travailleurs immigrants », souligne la boursière de l’IRSST.

Les trois sous-groupes de travail de la Table, soit 1) travailleurs immigrants et employeurs, 2) professionnels de la SST et 3) instances publiques – ont réalisé divers projets en partenariat. Par exemple, par sa participation aux rencontres de la Table et au sous-groupe travailleurs immigrants et employeurs, la CNESST a pu consulter les partenaires de ce sous-groupe alors qu’elle élaborait son plan de communication visant cette clientèle. Elle a aussi subventionné et collaboré au développement d’un projet de formation destiné aux immigrants récents et aux intervenants de la TCRI. D’autres projets en partenariat ont aussi été élaborés par les autres sous-groupes de travail, par exemple : un projet de formation destiné aux professionnels de la SST et un rapport sur le cumul des précarités à l’intention des instances publiques.

La création d’une table de concertation intersectorielle misant sur la réalisation de projets en partenariat est-elle une stratégie de transfert des connaissances pertinente et bénéfique ? Pour le démontrer, Gabrielle Legendre compte sur les résultats de sa thèse de doctorat intitulée Immigration et santé et sécurité au travail : évaluation d’une action intersectorielle. « Les stratégies de transfert de connaissances comme celles de la Table de concertation font rarement l’objet d’une évaluation, dit-elle. Mon projet de doctorat a précisément pour but d’en évaluer la pertinence, l’implantation et les effets. » Actuellement à l’étape de validation du modèle logique de la Table, elle veut s’assurer que ses questions de recherche sauront réellement répondre aux besoins des divers partenaires. La doctorante espère en outre que les résultats – qui devraient normalemen être disponibles d’ici trois ans – pourront aussi inspirer des chercheurs et intervenants d’autres milieux à mettre sur pied une table de concertation intersectorielle calquée sur celle qui vise à améliorer la SST des travailleurs issus de l’immigration.

Gabrielle Legendre

Titulaire d’un baccalauréat et d’un MBA de recherche en administration des affaires (profil gestion des ressources humaines) de l’Université du Québec à Montréal, Gabrielle Legendre s’intéresse à la santé et la sécurité au travail des travailleurs issus de l’immigration. Adjointe de recherche à son alma mater depuis 2008, elle y est aussi auxiliaire d’enseignement et chargée de cours. Elle a également été coordonnatrice adjointe au Réseau de recherche en santé et en sécurité du travail du Québec. Gabrielle Legendre a reçu un nombre impressionnant de bourses de 2009 à 2015. Les plus récentes, la bourse de formation de doctorat du Fonds de recherche du Québec – Santé (FRQS) et le supplément de bourse de doctorat de l’IRSST, lui permettent de consacrer une partie de son emploi du temps à son doctorat interdisciplinaire en santé et société. En 2014, elle a reçu le prix ACFAS-IRSST-Doctorat, qui souligne l’excellence d’un dossier universitaire et encourage les étudiants à poursuivre leur carrière en recherche.