Premiers indicateurs annuels de lésions professionnelles : accidents et maladies ne suivent pas la même courbe

Premiers indicateurs annuels de lésions professionnelles : accidents et maladies ne suivent pas la même courbe

Depuis la fin des années 1980, le nombre global de lésions avec perte de temps attribuées au travail a diminué au Québec et ailleurs au Canada, mais un peu plus au Québec. Le portrait ne s’améliore pas pour autant sur tous les plans.

En effet, si le nombre d’accidents du travail diminue, celui des maladies professionnelles indemnisées suit la courbe contraire. C’est ce qui ressort du plus récent rapport statistique de l’IRSST, qui dresse le portrait de la situation pour la période allant de 2007 à 2012. C’est la première fois que les auteurs tiennent compte de l’évolution des lésions professionnelles sur une base annuelle.

De 2007 à 2012

Le nombre global de lésions acceptées par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) est passé de près de 113 000 en 2007 à moins de 91 000 en 2012. Si l’on considère seulement les lésions avec perte de temps indemnisé (PTI), celles-ci sont passées d’un peu plus de 86 000 à un peu plus de 67 000, soit une diminution annuelle moyenne de 5 %. En y regardant de plus près encore, on constate que le nombre d’accidents du travail a diminué de 4,8 % en moyenne annuellement, tandis que le nombre de maladies professionnelles a augmenté de 2,7 %.

2016 11 lesion 2007 2012
Évolution du nombre de lésions professionnelles acceptées selon la catégorie de la lésion, 2007-2012
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Tableaux et graphiques à l’appui, le rapport fournit des informations détaillées sur l’évolution des lésions professionnelles selon leur type, leur gravité et leur durée, ainsi que selon les catégories professionnelles et les secteurs industriels touchés. Le site Web Statistiques sur mesure présente un dossier sur le sujet et y expose les données de façon schématisée. Voici quelques faits saillants tirés du rapport.

Faits saillants

  • Les lésions les plus graves, en matière de jours indemnisés, d’incapacité permanente ou de coût, sont celles qui ont le moins diminué, tant en nombre qu’en taux de fréquence.
  • Le coût moyen des lésions acceptées, qui comprend les coûts financiers et humains, a augmenté en moyenne de 4,7 % par année, en dollars constants de 2012, passant de 28 014 $ en 2007 à 34 869 $ en 2012, alors que les coûts globaux se sont maintenus. Les lésions professionnelles étaient donc moins nombreuses, mais plus coûteuses en 2012 qu’en 2007.
  • L’analyse de l’évolution des trois taux de fréquence en équivalent à temps complet (ETC), soit ceux des lésions avec PTI, des cas de plus de 90 jours indemnisés et des lésions acceptées les plus coûteuses, ne montre pas de différences statistiquement significatives selon le sexe et l’âge des travailleurs en cause.
  • Les indicateurs de fréquence ETC des lésions avec PTI, des lésions ayant nécessité plus de 90 jours indemnisés et des lésions les plus coûteuses ont moins diminué chez les travailleurs non manuels que chez les travailleurs mixtes et manuels.
  • Le taux de fréquence ETC des accidents traumatiques avec PTI a moins baissé (- 4,8 %) que celui des troubles musculosquelettiques (TMS) avec PTI (- 7,7 %).
  • Le nombre de lésions coûteuses s’est maintenu ou a légèrement augmenté dans le cas des accidents de transport, de l’exposition à des substances nocives et des accidents survenus alors que le travailleur se penchait, grimpait ou s’étirait.
  • Pour cinq industries-catégories professionnelles, les trois indicateurs de fréquence ont moins diminué que la catégorie ayant connu la meilleure évolution (catégorie de référence), de manière statistiquement significative. Dans certains cas, ils ont même augmenté. Il s’agit des travailleurs manuels et mixtes des administrations publiques locales, municipales et régionales ; des travailleurs manuels des établissements de soins infirmiers et de soins pour bénéficiaires internes, des services de soins ambulatoires et de l’assistance sociale ; des travailleurs manuels des services d’hébergement et de ceux des magasins de fournitures de tout genre. Ce ne sont pas nécessairement les regroupements dont le taux de fréquence ETC de lésions se classe parmi les plus élevés, mais ceux où il a connu l’évolution la moins favorable.
  • Les lésions aux oreilles – généralement des cas de surdité professionnelle – constituent l’un des rares types de lésions à avoir augmenté durant la période 2007-2012. Cette augmentation touche autant le nombre total de lésions acceptées que celui des lésions les plus coûteuses.
  • Les lésions acceptées au coude sont celles qui ont le plus rapidement diminué, avec un rythme annuel moyen de - 8,5 %.
  • La variation annuelle moyenne du nombre de lésions acceptées qui montre la plus grande amélioration selon les genres d’accidents ou d’expositions est associée aux mouvements répétitifs, avec une diminution de - 12,5 %. Les cinq genres dont l’évolution s’est le moins améliorée sont l’exposition au bruit, les frottements, abrasions et frictions, les actes violents, les accidents de transport et le fait de se pencher, grimper ou s’étirer.
  • Les outils à main mécaniques constituent l’agent causal ayant connu la plus forte amélioration de la variation annuelle moyenne du nombre de lésions acceptées. Les cinq agents causaux ayant le plus grand écart statistiquement différent de ce groupe de référence sont, dans l’ordre, le bruit, les autres agents causaux, les escaliers, les personnes, les structures et autres surfaces.
ÉVOLUTION DU NOMBRE DE LÉSIONS PROFESSIONNELLES ACCEPTÉES POUR LES CINQ SIÈGES DE LÉSION  AYANT LES VARIATIONS ANNUELLES MOYENNES LES MOINS FAVORABLES, QUÉBEC, 2007-2012
Évolution du nombre de lésions professionnelles acceptées poru les cinq sièges de lésion ayant les variations annuelles les moins favorables, Québec, 2007-2012
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ÉVOLUTION DU NOMBRE DE LÉSIONS PROFESSIONNELLES ACCEPTÉES POUR LES CINQ GENRES D’ACCIDENT OU D’EXPOSITION  AYANT LES VARIATIONS ANNUELLES MOYENNES LES MOINS FAVORABLES, QUÉBEC, 2007-2012
Évolution du nombre de lésions professionnelles acceptées pour les cinq genres d'accident ou d'exposition ayant des variations anuelles moyennes les moins favorables, Québec, 2007-2012
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Se doter d'indicateurs annuels

L’IRSST produit des indicateurs statistiques quinquennaux de santé et de sécurité du travail (SST) depuis plus de 30 ans. Pour obtenir des indicateurs annuels fiables, les chercheurs ont dû adapter leur méthode de cueillette et d’analyse des données.

Réduire le délai

Puisque trois années environ sont nécessaires avant que des données détaillées sur les effectifs de travailleurs soient disponibles et une autre encore pour les analyser, il y a généralement un décalage de quatre ans entre la survenue d’une lésion indemnisée et la publication des indicateurs quinquennaux de SST que l’Institut produit. Ces indicateurs quinquennaux de fréquence et de gravité des lésions professionnelles indemnisées servent à établir les différences de risque et de gravité selon l’activité économique, la catégorie professionnelle, le genre ou l’âge. Ils sont cependant moins utiles pour suivre l’évolution à court et à moyen termes en raison des délais de production et des difficultés de comparaison liées aux différences méthodologiques entre chaque portrait statistique.

La période de maturité des données, soit la période écoulée entre la date de survenue d’une lésion et celle de la dernière mise à jour, est un aspect important à considérer dans la production d’indicateurs annuels. L’étude a déterminé que la moyenne devait être de 18 mois et de 36 mois dans le cas des indicateurs quinquennaux. Ces périodes conduisent à des données suffisamment fiables et stables pour produire des indicateurs pertinents. La principale limite de ces derniers est qu’ils ne reflètent que la situation captée par les lésions déclarées et acceptées à la CNESST, et non la situation de l’ensemble des lésions professionnelles qui surviennent au Québec.

Additionner les sources

Les données de la CNESST, malgré leurs limites, constituent la source d’information récurrente la plus complète sur les lésions professionnelles au Québec, et l’IRSST les utilise depuis ses toutes premières études statistiques. Connaître les effectifs annuels de main-d’oeuvre est également nécessaire pour le calcul de certains indicateurs annuels. L’IRSST a utilisé et adapté les données sur les lésions professionnelles acceptées et sur les lésions avec PTI de la CNESST et celles sur la main-d’oeuvre tirées de l’Enquête sur la population active (EPA) de Statistique Canada dans le contexte de cette étude statistique. L’utilisation de ces données ne constitue pas une approbation des résultats de cette étude par l’un ou l’autre de ces organismes.

Définir les indicateurs

Pour le calcul des indicateurs quinquennaux, les auteurs ont considéré quatre indicateurs, soit le taux de fréquence en équivalent temps complet (ETC) :

  • des lésions professionnelles acceptées ;
  • des lésions avec perte de temps indemnisée (PTI) ;
  • des lésions ayant nécessité plus de 90 jours indemnisés par la CNESST ;
  • des lésions les plus coûteuses. Les deux derniers sont utilisés uniquement pour le calcul des indicateurs annuels, à titre d’indices de l’importance des lésions les plus graves.

Pour en savoir plus

DUGUAY, Patrice, Marc-Antoine BUSQUE, Alexandre BOUCHER, Martin LEBEAU, Pascale PRUD’HOMME. Évolution des indicateurs annuels de lésions professionnelles indemnisées au Québec de 2007 à 2012, Rapport R-922, 111 pages.

Conférence de Patrice Duguay, Statistiques sur les maladies professionnelles au Québec.

Les informations contenues dans le rapport de recherche ont fait l’objet d’un dossier sur le site Web Statistiques sur mesure : Au Québec, le portrait des lésions professionnelles s’améliore-t-il au fil des ans ?

 DUGUAY, Patrice, Marc-Antoine BUSQUE, Alexandre BOUCHER. Indicateurs annuels de santé et de sécurité du travail pour le Québec – Étude de faisabilité, Rapport R-725, 115 pages.