Centres hospitaliers : Les savons « verts » ou « bio » sont-ils totalement inoffensifs?

Centres hospitaliers : Les savons « verts » ou « bio » sont-ils totalement inoffensifs
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Parce que les effets néfastes de la subtilisine sur la santé sont connus, sa présence dans les savons enzymatiques, utilisés entre autres pour la préstérilisation des instruments chirurgicaux, a soulevé des interrogations chez plusieurs intervenants du milieu de la santé. La subtilisine est une enzyme de la famille des protéases qui peut causer une sensibilisation pulmonaire susceptible de se transformer en asthme professionnel. En fait, les premiers cas de réactions allergiques pulmonaires liées à une exposition aux enzymes protéolytiques présentes dans les produits nettoyants remontent à 1969.

Divers milieux de la santé ont demandé à l’IRSST d’élaborer des méthodes d’échantillonnage et d’analyse pour déterminer leur présence en milieu de travail et pour évaluer le risque qui y est associé. Les travaux de l’Institut ont mené à la mise au point d’une méthode d’analyse d’un grand groupe d’enzymes, permettant de détecter si des protéases sont présentes ou non dans les savons ou dans l’air d’un milieu de travail.

Dans un premier temps, lors d’interventions en milieu hospitalier, des tests ont été effectués sur les savons enzymatiques pour y détecter la présence de protéases. Des analyses ont révélé que ceux que le fabricant prétend être « sans subtilisine » en contiennent parfois. Dans les cas où l’analyse des tests généraux des savons révélait la présence de protéases, des tests plus spécifiques étaient réalisés à l’Institut Armand-Frappier pour déterminer s’il s’agissait effectivement de la subtilisine ou d’une autre enzyme. « Si la réponse était positive dans les savons, une évaluation du milieu de travail concerné était effectuée afin de vérifier si la concentration dans l’air respecte le Règlement sur la santé et la sécurité du travail. Le maximum permis est de 60 ng/m3 », précise Geneviève Marchand, microbiologiste et chercheuse à l’IRSST. Autrement dit, en l’absence de protéases, il est inutile d’entreprendre des analyses plus poussées ; si les savons ne contiennent pas de subtilisine, il est inutile de prélever des échantillons en milieu de travail.

Lorsque l’intervention en milieu de travail démontrait des concentrations élevées de protéases dans l’air, il fallait poser davantage de questions. Pourquoi une telle concentration dans l’air ? Y avait-il eu un déversement, un entretien négligé, une mauvaise utilisation ? Était-il possible d’envisager de substituer un autre produit ? En cette matière, Geneviève Marchand recommande la prudence : « Il faut d’abord s’assurer que le produit de substitution ne contient pas d’autres enzymes qui pourraient également provoquer des effets sur la santé.  »

D’autres recherches devront être réalisées pour, dans un premier temps, optimiser une méthode de spécification de la subtilisine dans les échantillons à faibles concentrations. Par la suite, dans une optique de prévention, la méthode permettra de suivre les concentrations de subtilisine sur les surfaces et dans l’air afin d’éviter qu’elles ne deviennent trop élevées.

Pour en savoir plus

MARCHAND, Geneviève, Yves CLOUTIER, Annie CASTONGUAY, Carole PÉPIN, Rym BARAFANE, Jacques LAVOIE, Nicolas DOUCET, François LÉPINE. Méthode d’analyse des protéases de type subtilisine et évaluation des concentrations de l’air ambiant de cinq centres hospitaliers, Rapport R-927, 68 pages.