Regard sur le rôle des coordonnateurs du retour au travail

Regard sur le rôle des coordonnateurs du retour au travail
Photo : iStock

Chaque année, nombreux sont les travailleurs qui s’absentent de leur poste en raison de problèmes de santé physique ou mentale. Y revenir après une longue absence n’est pas facile, et le soutien des employeurs est souvent nécessaire. « Si l’employeur n’est pas présent et proactif lors des retours au travail, ça ne marche pas », soutient Marie-José Durand, professeure titulaire à l’École de réadaptation de la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke, dont l’affirmation s’appuie sur une quinzaine d’années de recherche en réadaptation et en gestion de l’invalidité.

Dans d’autres pays, tel que l’Australie, les autorités ont compris qu’un soutien spécifique est primordial pour les personnes qui reprennent le travail après de longues absences. Si bien que, là-bas, pour agir comme coordonnateur de retour au travail (CoRAT) une formation est obligatoire. ll s’agit même d’un titre d’emploi réservé. Au Québec, la réalité est tout autre. Ce titre de CoRAT n’existe pas officiellement, pas plus que l’exigence de formation. C’est le constat que fait la chercheuse, à la lumière des résultats colligés après avoir interviewé 195 personnes exerçant des fonctions associées à la coordination des retours au travail dans de grandes organisations privées et publiques québécoises.

L’enquête visait trois grands objectifs :

  1. Décrire les personnes affectées à la coordination du retour au travail et les organisations pour lesquelles elles travaillent.
  2. Décrire les tâches et les activités qu’elles effectuent et établir les qualités et les aptitudes requises, en plus d’identifier les acteurs avec lesquels elles sont appelées à collaborer.
  3. Explorer les leviers et les obstacles à l’accomplissement de leurs tâches et de leurs activités, ainsi que ceux qui sont liés au retour au travail.

Le CoRAT québécois type

Même si personne n’en porte le titre, nous appellerons « CoRAT » ceux – ou plutôt celles – qui ont la responsabilité de coordonner le retour au travail. En effet, le portrait type du CoRAT québécois est une femme, âgée de 35 à 54 ans, titulaire d’un diplôme universitaire, active dans cette sphère depuis près de 13 ans.

Les personnes qui composent l’échantillon de l’étude travaillent dans une proportion de 57,9 % dans des organisations privées. Dans l’ensemble, les organisations les mieux représentées sont celles des secteurs des soins de santé et de l’assistance sociale (22,1 %), de la fabrication (16,4 %), des services d’enseignement (8,2 %), du commerce de détail (8,2 %) et des services professionnels, scientifiques et techniques (8,7 %). Des pratiques variées

La formation de base des personnes interrogées est très variée : ressources humaines, relations industrielles, administration ou études en santé ou en santé et sécurité du travail. Les résultats révèlent que les pratiques qu’adoptent les personnes ayant une formation en santé ou en santé et sécurité du travail divergent un peu de celles du reste des répondants et paraissent basées sur une vision plus globale du travailleur. Les personnes sondées sont actives dans les quatre grandes compétences que le sondage proposait, soit :

  • l’adaptation de leurs pratiques aux besoins et aux capacités du travailleur absent et en processus de retour au travail ;
  • la mise à contribution des acteurs concernés du milieu de travail et des ressources externes appropriées au processus de retour au travail d’un employé ;
  • le développement de pratiques qui cadrent avec les lois, règlements, conventions et procédures liés aux absences et au retour au travail ;
  • la remise en question de ses pratiques et de ses conceptions en ce qui a trait aux absences et à la santé au travail, tant par les CoRAT que par les divers acteurs du milieu de travail.

De plus, les CoRAT jugent que pour exercer leurs fonctions, ils doivent être en mesure d’établir des relations interpersonnelles de qualité. Ils doivent faire preuve d’un large éventail de qualités et d’aptitudes : par exemple, avoir du tact, offrir une bonne écoute, gagner la confiance des travailleurs, être positifs, empathiques, flexibles et croire en la valeur de chacun.

Les leviers et les obstacles au retour

L’environnement de travail et les conditions d’exercice des fonctions relatives à l’accompagnement des travailleurs sont, dans l’ensemble, jugés favorables par les CoRAT. Ceux-ci rapportent toutefois éprouver plus de difficulté à gérer les cas de troubles de santé mentale que ceux de troubles musculosquelettiques. Parmi les leviers et les obstacles au retour au travail, les CoRAT soulignent le rôle clef du supérieur immédiat dans le processus. « Bien que l’on reconnaisse maintenant que le supérieur est au coeur du processus, il faut aujourd’hui se questionner à savoir s’il possède les connaissances, les outils et les conditions pour accompagner les travailleurs, note la chercheuse. La question reste, comment le supérieur peut-il concilier les enjeux de productivité avec ceux du soutien des travailleurs ? »

Place à la réflexion

L’étude dirigée par Marie-José Durand a permis de décrire les pratiques des personnes appelées à coordonner le retour au travail dans de grandes organisations, une première au Québec. De façon globale, ces pratiques semblent relativement homogènes et l’ensemble des tâches et des activités décrites dans le rapport de recherche pourrait servir d’inventaire pour l’évaluation de la gestion de l’invalidité et la coordination des retours au travail en entreprise.

Cette étude aura aussi permis de souligner encore une fois que la gestion des troubles de santé mentale semble plus difficile que celle des troubles musculosquelettiques, que le supérieur ou le gestionnaire immédiat joue un rôle essentiel pour favoriser un processus fluide et que des efforts sont encore nécessaires pour intégrer des actions concertées dans la coordination des retours au travail. Par conséquent, en fonction des difficultés qu’elle a soulevées, il apparaît que les CoRAT et les supérieurs immédiats pourraient être soutenus par de la formation continue, directement axée sur leurs besoins. D’autres réflexions sur les structures requises et sur le  niveau d’engagement des acteurs pour l’accompagnement des travailleurs dans la reprise de leur travail sont également souhaitables afin d’optimiser le processus.

« Cette étude reflète des pratiques dans des organisations en bonne santé et qui ont des ressources dédiées à la coordination des retours au travail. Il serait souhaitable maintenant d’explorer ce qui se passe dans les petites et moyennes entreprises, qui vivent certainement des réalités différentes et qui comptent le plus grand nombre de travailleurs au Québec », croit Marie-José Durand.

Suivez les guides pour un retour au travail après une incapacité physique

Contribuer à la réadaptation des travailleurs victimes d’accidents du travail ou de maladies professionnelles fait partie de la mission de l’IRSST. Des chercheurs étudient les différents facteurs individuels qui influencent le bon déroulement du processus de retour au travail ainsi que les modes d’intervention visant la réadaptation et la réinsertion professionnelle. Au fil des années, l’Institut a publié plusieurs guides et autres documents issus de leurs travaux.

En voici quatre :

Pour en savoir plus

DURAND, Marie-José, Marie-France COUTU, Iuliana NASTASIA, Michael BERNIER. Pratiques des grandes organisations au Québec en regard de la coordination du retour au travail, Rapport R-934, 126 pages.