Le travail en milieu bruyant : porter des prothèses auditives ou pas ?

Le travail en milieu bruyant
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Plusieurs travailleurs exposés au bruit s’acheminent graduellement vers la surdité. Plus de 57 000 de ces personnes ont subi une surdité professionnelle acceptée par la CNESST de 1997 à 2014. Pour les années 2009 et suivantes, c’est plus de 4 000 cas par année.1 Leurs capacités auditives s’amenuisant de façon insidieuse au fil des ans, ces travailleurs mettent ainsi leur santé et leur vie en jeu bien souvent sans le savoir.

Le fait de ne pas entendre un avertisseur sonore, une commande verbale ou une alarme de recul peut en effet donner lieu à des accidents graves, voire mortels. Le port prothèses auditives en milieu de travail bruyant réglerait-il le problème ? Peu d’études scientifiques ayant porté sur cette problématique, des chercheurs ont voulu en avoir le coeur net.

« Les travailleurs qui portent des prothèses auditives ont besoin de cet appareil pour pouvoir communiquer afin d’assurer leur sécurité dans un environnement bruyant ; toutefois, les prothèses étant des amplificateurs, le niveau de décibels peut rapidement devenir intolérable », explique le chercheur Tony Leroux, audiologiste et vice-doyen aux sciences de la santé de la faculté de médecine de l’Université de Montréal.

La recherche a révélé que les travailleurs reçoivent des conseils contradictoires de la part des professionnels qu’ils consultent, si bien qu’ils ne savent pas à quoi s’en tenir. Certains leur diront de porter leurs appareils au travail, d’autres, de ne pas le faire. « L’information est détenue par des professionnels qui ne se parlent pas entre eux », déplore M. Leroux. Par exemple, un audiologiste peut recommander une prothèse auditive et un audioprothésiste en faire l’ajustement sans qu’aucun de ces deux professionnels ne consulte l’hygiéniste ou l’infirmière en santé du travail qui connaît le milieu dans lequel évolue le travailleur.

Quatre recommandations

travail en milieu bruyant
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La première recommandation des chercheurs exige surtout de la bonne volonté de la part des professionnels en santé auditive, afin d’établir un consensus sur l’ensemble des facteurs à prendre en compte et sur les moyens à mettre en oeuvre pour offrir le meilleur soutien possible aux travailleurs malentendants qui évoluent dans un milieu de travail bruyant. « Nous avons besoin d’un guide interdisciplinaire qui permettrait de mettre en place des mécanismes de communication et définirait clairement ce dont chaque professionnel a besoin comme données pour faire son travail », affirme Tony Leroux. Le tout doit cependant se faire en collégialité. Les travailleurs doivent être partie prenante de cette démarche.

Par ailleurs, à l’heure actuelle, aucune preuve scientifique ne soutient ni n’écarte la tendance générale de décourager le port de prothèses auditives en milieu de travail bruyant dans le but de préserver l’audition résiduelle des travailleurs malentendants. De plus, il n’existe aucune méthode de mesure valide et fiable pour déterminer si un risque d’aggravation de la perte auditive est lié au port de ces prothèses dans de tels contextes. La deuxième recommandation des chercheurs porte donc sur la nécessité de réaliser une recherche visant à concevoir une méthode de mesure de l’exposition au bruit valide et que les professionnels qui interviennent auprès de travailleurs ayant besoin de prothèses auditives dans un environnement bruyant puissent utiliser facilement.

Il n’était toujours pas possible, en 2016, d’établir la contribution de l’amplification du bruit à la capacité d’exécution des tâches ou à la sécurité des travailleurs malentendants en milieu de travail bruyant. Les données ne permettent pas non plus d’affirmer que le recours à des prothèses auditives représente un risque pour la sécurité des travailleurs. C’est pourquoi la troisième recommandation des chercheurs concerne la mise au point d’un prototype numérique intraauriculaire qui combinerait les fonctions de prothèse et de protecteur, permettant la mesure directe du niveau d’exposition ou de la dose de bruit.

Enfin, la quatrième recommandation consiste, d’une part, à mesurer, sur un mannequin acoustique, les caractéristiques électroacoustiques des protecteurs actifs au rétablissement du son et, d’autre part, à produire un répertoire des produits offerts sur le marché nordaméricain. Destiné aux professionnels de la santé, ce répertoire comblerait le manque d’information sur les caractéristiques techniques des protecteurs que proposent les fabricants.

Pour en savoir plus

LEROUX, Tony, Chantal LAROCHE, Christian GIGUÈRE, Jérémie VOIX. Utilisation des prothèses auditives en milieu de travail bruyant, Rapport R-929, 125 pages.