Réguler l'inflammation pulmonaire des travailleurs atteints de maladies respiratoires

Travailluers agricoles
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Les travailleurs agricoles qui présentent des problèmes pulmonaires seraient-ils affectés par Methanosphaera stadtmanae (MSS), un microorganisme de type archées présent dans les intestins des animaux et, par conséquent, dans l’air des bâtiments de ferme ?

Les résultats des travaux d’Emilie Bernatchez, boursière de l’IRSST, pourraient ouvrir une bonne piste aux chercheurs qui voudraient approfondir la question. « Plusieurs recherches cliniques devront être menées dans le but d’établir un lien fort entre la présence d’archées et la maladie pulmonaire chez l’homme d’une part, et de préciser quel type de réponse inflammatoire elles génèrent d’autre part. Cependant, selon l’état actuel des connaissances, nous recommandons l’adoption de mesures préventives dans les environnements où l’on sait qu’il y a de grandes concentrations de ces microorganismes. »

Ces moyens de prévention sont une meilleure ventilation et le port d’un masque, deux mesures que les travailleurs agricoles trouvent difficiles à appliquer, concède Emilie Bernatchez. Et même si aucune étude clinique n’a encore établi de lien entre MSS et une réponse inflammatoire pulmonaire d’hypersensibilité, dont les symptômes pourraient s’apparenter à ceux de la pneumopathie d’hypersensibilité, une personne qui en présenterait des signes serait avisée de cesser de travailler dans un bâtiment de ferme. « Ce qui entraînerait des conséquences socioéconomiques graves, tant pour les personnes atteintes que pour le système de santé. »

Pourquoi invoquer la possibilité d’une réponse d’hypersensibilité ayant des conséquences importantes ? Parce que les travaux que la chercheuse a menés en laboratoire ont démontré que des souris exposées à MSS par voie intranasale trois fois par semaine pendant trois semaines présentaient des signes d’inflammation de type 4, dès quatre jours après leur dernière exposition. « Or, l’alvéolite allergique extrinsèque est précisément une hypersensibilité mixte de types 3 et 4, contre laquelle aucun traitement efficace n’existe, contrairement à l’asthme allergique, qui est de type 1 et pour laquelle des traitements soulagent au moins les symptômes, à défaut de guérir la maladie, explique la chercheuse. Nos travaux fournissent un indicateur de plus aux études antérieures des chercheurs Caroline Duchaine et David Marsolais, comme quoi les archées peuvent représenter un danger potentiel pour les travailleurs. C’est pourquoi il faut continuer de faire de la recherche, notamment des études cliniques », conclut Emilie Bernatchez.

Emilie Bernatchez

C’est la curiosité scientifique qui a incité Emilie Bernatchez à s’intéresser aux maladies pulmonaires alors qu’elle faisait son baccalauréat en microbiologie à l’Université Laval. Le règlement des études de cet établissement prévoit que les aptitudes à la recherche ou l’excellence des résultats scolaires d’un étudiant puissent accélérer son cheminement vers la maîtrise ou le doctorat. C’est précisément le cas d’Emilie Bernatchez, qui obtiendra son diplôme de maîtrise en même temps que son doctorat en microbiologie-immunologie, réalisé sous la direction de Marie-Renée Blanchet et David Marsolais, de la faculté de médecine de l’Université Laval. Déposée cette année, sa thèse s’intitule « Mécanisme de régulation de l’inflammation pulmonaire par le CD103 dans l’asthme ». Pendant ses études, elle a effectué un stage au Biomedical Research Centre de l’Université de Colombie-Britannique sur l’apprentissage de l’utilisation de souris transgéniques et sur la réponse pulmonaire aux archées. De 2013 à 2016, elle a reçu plusieurs prix et bourses, dont un Research Skills Award d’AllerGen et un AAI Travel Award de l’American Association of Immunologists, ainsi qu’un supplément de bourse de doctorat de l’IRSST.