Recherche à l’IRSST : Bilan 2013-2017 – Partie 2

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Selon le responsable du champ Prévention des risques chimiques et biologiques, il est à prévoir que le développement de l’intelligence artificielle entraînera davantage de miniaturisation et c’est pourquoi il faut assurer la relève en ce qui concerne la recherche sur les nanoparticules. Source:iStock

L’article Recherche à l’IRSST – Bilan 2013-2017 publié dans le numéro du printemps 2018 est subdivisé en quatre, selon les champs de recherche prioritaires de l’IRSST. Ce texte est le deuxième. Il est consacré aux champs de recherche Prévention des risques chimiques et biologiques et Réadaptation au travail. Le texte sur les champs de recherche Prévention des risques mécaniques et physiques et Développement durable et SST ont été mis en ligne le 27 février 2018.

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Selon le responsable du champ de recherche Prévention des risques chimiques et biologiques, le chercheur Joseph Zayed, « l’ensemble des objectifs du plan quinquennal 2013-2017 ont été atteints et même légèrement dépassés. La prochaine période quinquennale se situe dans la suite logique de la présente, poursuit-il. Les assises demeurent les mêmes et nous en redéfinissons d’autres, selon les problématiques émergentes des environnements de travail ».

Prévention de risques chimiques et biologiques

L’évaluation de l’exposition des travailleurs, l’estimation des risques potentiels pour leur santé, tout comme le développement de nouvelles approches d’échantillonnage et d’analyse sont au coeur de ce champ de recherche. C’est dans ce contexte qu’un professionnel scientifique de l’Institut a réalisé des études doctorales dans le domaine de l’expologie, permettant l’utilisation plus éclairée des banques de données internationales de mesure de l’exposition pour les besoins des programmes de surveillance ou d’études épidémiologiques.

Joseph Zayed prend pour exemple les recherches sur l’amiante. Les chercheurs intéressés par la présence de cette substance dans le sol ont voulu savoir si les fibres pouvaient être facilement remises en suspension pendant les travaux routiers, et ainsi inhalées pour atteindre éventuellement la région pulmonaire. De plus, l’acquisition relativement récente d’un microscope électronique en transmission par la Direction des laboratoires assoit encore davantage l’expertise de celle-ci et lui permet de répondre à de nombreuses interrogations de ses partenaires. Cela a aussi mené à une collaboration avec le National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH) des États-Unis, notamment une recherche financée par l’IRSST qui a permis à une professionnelle scientifique de réaliser des études doctorales et d’accroître ainsi le niveau de précision de l’identification des fibres d’amiante en optimisant certains paramètres d’analyse.

Par ailleurs, « en étudiant les effets des changements climatiques sur la SST, nous avons ouvert une piste importante pour les recherches sur les emplois verts », estime le responsable du champ. Certains de ces emplois ont été considérés comme prioritaires après qu’une définition du terme « emploi vert » ait amené des chercheurs à cibler les secteurs d’activité où les risques potentiels pour la santé devaient être documentés. Certains se sont intéressés aux cellules photovoltaïques utilisées dans la fabrication des panneaux solaires, qui contiennent notamment du tellure de cadmium. D’autres se sont penchés sur l’exposition des travailleurs du recyclage du matériel électronique. Une professionnelle scientifique de l’Institut réalise d’ailleurs des études doctorales dans le cadre de cette recherche. Des scientifiques du NIOSH et de l’Université Harvard se sont intéressés à cette étude et suivent de près son avancement. Un article scientifique sur le sujet, signé par des chercheurs des trois organisations, sera bientôt publié.

Il est à prévoir que le développement de l’intelligence artificielle entraînera davantage de miniaturisation. « C’est pourquoi il faut assurer la relève en ce qui concerne la recherche sur les nanoparticules », commente Joseph Zayed. Celles qui ont été menées jusqu’à maintenant dans ce domaine, tout comme dans ceux des changements climatiques et des emplois verts, ont d’ailleurs contribué à la reconnaissance de la Direction scientifique de l’Institut comme centre collaborateur de l’Organisation mondiale de la santé.

« L’expertise développée en toxicologie ainsi qu’en épidémiologie des cancers professionnels est incontournable », affirme le responsable du champ. Les recherches de l’Institut dans le domaine ont soulevé de l’intérêt tant chez les scientifiques que chez les milieux de travail et le Guide sur les cancérogènes en milieu de travail figure parmi les publications de l’IRSST les plus téléchargées. « La vulgarisation des travaux de recherche en vue de la valorisation avec les partenaires est une grande et belle distinction entre l’Institut et d’autres centres de recherche », soutient-il.

Parmi les autres faits saillants, Joseph Zayed souligne une recherche sur l’exposition des travailleurs aux sous-produits de désinfection utilisés dans les piscines publiques intérieures qui a suscité un réel engouement chez les partenaires. D’autres travaux sont d’ailleurs en cours en vue de développer les meilleures stratégies pour contrôler le niveau de contamination des piscines.

Des études menées dans le cadre de la programmation sur la ventilation et la qualité de l’air qui ont mis en évidence des lacunes associées aux normes entourant les masques N95 sont aussi notables. En effet, même si les tests de performance de ces masques, tels que réalisés par le NIOSH, montrent leur efficacité lorsqu’ils sont utilisés à débit constant, les travaux de l’IRSST ont démontré qu’en situation réelle de travail (débit cyclique), les résultats diffèrent. Il a de plus été établi que la charge électrostatique diminue la performance des masques lorsqu’ils sont utilisés dans des conditions humides. Ces résultats ont donné lieu à plusieurs communications et publications scientifiques.

Les recherches menées dans le cadre de la programmation sur les microorganismes ont permis de réaliser des études novatrices dans les centres de compostage et de biométhanisation mettant en relief les tâches qui posent les plus grands risques d’exposition aux microorganismes. Il s’agit d’un résultat important dans le contexte où le Québec entend poursuivre la réduction de l’enfouissement de matières organiques au cours des prochaines années. D’autres recherches ont également démontré la présence de norovirus (responsable de la gastroentérite nosocomiale) dans l’air à divers endroits dans les milieux de soins, même à distance des patients infectés, suggérant leur propagation par la voie des airs. Enfin, l’outil d’aide à la prise de décision du choix d’une protection respiratoire contre les bioaérosols, offert depuis 2015, figure parmi les utilitaires les plus téléchargés du site Web de l’Institut.

Dans la thématique de recherche sur les contaminants en milieu agricole, des chercheurs ont établi les profils urinaires et sanguins de métabolites de trois pyréthrinoïdes les plus utilisés chez les agriculteurs au Québec. Cela facilite la compréhension de la signification des mesures de contaminants dans des matrices biologiques. D’autres scientifiques se sont intéressés à l’exposition des producteurs de pommes aux pesticides. Dans le contexte d’une recherche multidisciplinaire menée avec des chercheurs du champ Prévention durable en SST et environnement de travail, ils ont étudié les moyens de prévention, dressé un état des lieux et proposé des actions à mener pour assurer une meilleure protection individuelle.

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Les chercheurs du champ Réadaptation au travail étudient les différents facteurs individuels, organisationnels et administratifs, ou liés au système de santé, qui facilitent ou font obstacle au bon déroulement du processus de retour et de maintien en emploi. Ils s’intéressent aussi aux modes d’intervention visant la réadaptation et la réinsertion professionnelle des travailleurs.

 

 

Réadaptation au travail

Il est reconnu qu’une faible proportion des travailleurs victimes de lésions professionnelles développent une incapacité prolongée, mais accaparent pourtant la majeure partie des débours. Une thématique de recherche vise à définir des prédicteurs de l’incapacité prolongée et à cibler les groupes les plus à risque. « La connaissance des principaux indicateurs, la relation entre eux et le développement d’outils de prédiction sont cruciaux pour contribuer à un retour plus rapide, sain et sécuritaire au travail », affirme le chercheur Christian Larivière, responsable de ce champ.

Durant la période du plan quinquennal 2013-2017, des chercheurs ont étudié l’incapacité lombaire à l’aide d’évaluations réalisées en clinique (douleur, incapacités perçues, facteurs psychologiques) et d’évaluations de nature biomédicale dites « de laboratoire » (capacités motrices et mécanismes de modulation de la douleur). Ils ont pu démontrer que les indicateurs cliniques permettent de mieux prédire l’absentéisme du travail, par comparaison aux indicateurs de nature biomédicale. « Cela confirme ce que nous avons déjà vu dans la documentation scientifique, explique Christian Larivière. Du point de vue international, les chercheurs s’entendent maintenant relativement bien sur les facteurs de risque d’absence prolongée du travail à la suite d’une première lésion. »

Des chercheurs devront commencer à étudier les facteurs qui favorisent le maintien en emploi en santé et les facteurs de risque de rechute. « Nous croyons que les facteurs de risque d’absence à la suite d’une première lésion ne sont pas exactement les mêmes que ceux d’une rechute qui survient après un retour au travail », commente Christian Larivière.

Une deuxième thématique de recherche du champ vise à apporter un soutien à l’intervention clinique. Deux bilans des connaissances de grande envergure, cofinancés par un partenariat entre l’IRSST et le Réseau provincial de recherche en adaptation-réadaptation (REPAR), ont été réalisés dans ce but.

Ces bilans des connaissances ont été conçus pour synthétiser les données probantes et formuler des recommandations sur les outils diagnostiques et l’évaluation clinique, les interventions thérapeutiques ainsi que les interventions en milieu de travail pour ces travailleurs. Pour faire suite à l’un d’eux, un guide de pratique à l’intention des professionnels de la santé est en élaboration avec l’objectif d’optimiser la prise en charge des travailleurs ayant subi une lésion à l’épaule.

Une autre retombée importante de la recherche est la validation du questionnaire Obstacles au retour au travail et sentiment d’efficacité pour les surmonter (ORTESES) destiné aux travailleurs ayant un trouble mental commun ou musculosquelettique. « ORTESES ouvre le dialogue entre l’intervenant et le travailleur pour définir les obstacles au retour et sur la capacité ressentie par le travailleur pour les surmonter, ce qui en retour oriente l’intervention auprès de lui », explique le responsable du champ.

Une vaste recherche cofinancée par l’IRSST et le Fonds de recherche en santé du Québec a permis le développement d’un programme de prise de décision partagée entre le travailleur et l’ergothérapeute en ce qui concerne les traitements et le retour au travail. Ses résultats soutiennent que lorsqu’un travailleur bénéficie d’une prise de décision partagée, il ne ressent pas de regret face à la décision prise, même si l’issue de l’intervention n’est pas favorable. La prochaine étape consiste à implanter ce programme afin de l’évaluer.

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L’influence du contexte sur le développement des incapacités prolongées prend tout son sens dans le cadre de la programmation sur le soutien des travailleurs en situation de vulnérabilité, affirme le responsable du champ Réadaptation au travail. Des programmations de recherche ont été échafaudées pour les travailleurs immigrants ou issus des minorités ethnoculturelles, pour ceux qui sont vieillissants et pour ceux qui sont vulnérables en raison de leur genre. Source:IStock

 

Une troisième thématique de recherche du champ vise le soutien aux démarches de retour et de maintien au travail en entreprise. Quelques recherches commencent à mettre en lumière l’importance de la coordination des efforts entre les acteurs du système de santé, ceux du milieu de travail et les assureurs pour favoriser la réussite du retour en emploi. « Il est clair que cette thématique n’en est qu’à ses premiers pas », précise Christian Larivière.

Un bilan des connaissances a révélé que la plupart des stratégies mises en place dans les entreprises sont orientées vers le travailleur et considèrent peu les facteurs liés à l’environnement, tels que le milieu de travail lui-même, les collègues, le syndicat et le superviseur. Un guide pour faciliter le retour au travail d’un employé à la suite d’une absence en raison d’un problème de santé psychologique produit sur la question a connu un grand succès auprès des intervenants. « Nous savons que les entreprises souhaitent en savoir plus sur ce sujet, qui intéresse également les chercheurs en réadaptation », constate le responsable du champ.

Une recherche a permis de décrire les pratiques des coordonnateurs du retour au travail (CoRAT). Ceux-ci collaborent avec les autres intervenants pour que tous travaillent dans la même direction en tenant compte des contraintes de chacun. Le portrait type du CoRAT a également été dressé.

Dans le cadre de la programmation sur le soutien des travailleurs en situation de vulnérabilité, l’influence du contexte sur le développement des incapacités prolongées prend tout son sens. Des programmations de recherche ont été échafaudées, d’abord pour les travailleurs immigrants ou issus des minorités ethnoculturelles, puis pour les travailleurs vieillissants et finalement, pour les travailleurs vulnérables en raison de leur genre.

Un portrait statistique de la maind’oeuvre immigrante québécoise a permis de documenter les caractéristiques du travail des immigrants ainsi que les risques pour leur santé et leur sécurité. Une étude de plus grande envergure a ensuite été menée pour décrire l’expérience et la perspective de chaque partie impliquée dans le processus de réadaptation et de retour au travail dans un contexte interculturel. « Cela a permis de mieux faire ressortir les contraintes, les obstacles, les facilitateurs et les besoins spécifiques de ces travailleurs », complète Christian Larivière.

La programmation sur les travailleurs en situation de vulnérabilité, qui ne fait que débuter, produira des résultats pour les trois clientèles visées dans le prochain exercice quinquennal.

Vers 2018-2022

L’évolution des contextes sociodémographique et technologique observée dans le monde du travail se poursuivra bien sûr dans les prochaines années et soulèvera d’importants enjeux, notamment sur le plan de la main-d’oeuvre, tant en ce qui concerne sa disponibilité que son vieillissement et le recours à une population croissante de travailleurs immigrants, et ce, dans un contexte où l’implantation de technologies issues de la révolution industrielle 4.0 s’intensifiera. Le plan quinquennal 2018-2022 de l’IRSST, adopté à la fin de 2017, est construit autour de ces constats.

Pour le consulter : irsst.qc.ca/institut/ organisation/plan-production