Contamination microbienne : La vraie nature du compost

compost
Source : iStock

Après l’adoption du bac pour le recyclage du papier, du carton, du verre et du métal, le bac brun pour la collecte des résidus alimentaires a fait son apparition dans plus de 300 municipalités québécoises. La raison est simple : le gouvernement a l’objectif de bannir les matières organiques des sites d’enfouissement d’ici à 2020.

De nouveaux centres de traitement des matières organiques seront donc construits. Une quarantaine de sites de compostage étaient déjà dénombrés à l’échelle de la province en 2010. À pareille date, on comptait également une trentaine de lieux de compostage situés sur des fermes, pour traiter les résidus des activités agricoles. Le nombre de travailleurs appelés à intégrer ce nouveau secteur d’activité augmentera dans les prochaines années.

La valorisation industrielle des résidus alimentaires n’a rien à voir avec le compost que l’on peut trouver dans la cour arrière de M. et Mme Tout-le-Monde. « Il y a une différence seulement en ce qui a trait à la quantité : on parle de montagnes de compost ! », indique Geneviève Marchand, microbiologiste et chercheuse à l’IRSST. Elle s’intéresse tout particulièrement aux problématiques reliées aux microorganismes en milieu de travail et s’est penchée sur l’exposition des travailleurs à des agents chimiques et biologiques.

Travailler avec les microorganismes

Le compostage est un processus de biodégradation qui accélère la décomposition naturelle des résidus organiques. Le compost, par sa nature, implique la présence de microorganismes. Les travailleurs des centres de traitement des matières organiques ou des sites de compostage, par exemple, peuvent ainsi être exposés à des agents biologiques présents dans la matière ou dans l’air, tels que des bioaérosols (des particules en suspension contenant des organismes vivants, par exemple des moisissures ou des bactéries) ou des composées gazeux (par exemple, du dioxyde d’azote). « Lors de l’étude, on cherchait à savoir si l’exposition des travailleurs à ces substances était toujours la même, peu importe les matières compostées », précise Geneviève Marchand.

Des échantillons ont été prélevés dans trois sites de compostage traitant des matières organiques différentes, soit des résidus triés à la source, le fumier d’une ferme de bovins laitiers ainsi que des carcasses et des tissus d’animaux d’une ferme porcine. Des dénombrements microbiens et des tests de biologie moléculaire ont été effectués.

Beaucoup de moisissures

Les résultats ont démontré une présence élevée de moisissures. « Peu importe le type de matière organique, on était toujours au-dessus des niveaux recommandés par l’IRSST et d’autres organisations », révèle la microbiologiste. Les concentrations moyennes de moisissures mésophiles dépassaient d’environ 10 fois le niveau maximal recommandé pour les résidus organiques triés à la source. Les concentrations détectées au centre de compostage de carcasses et de tissus animaux y étaient même plus de 70 fois supérieures (niveau maximal), ce qui représente les concentrations les plus élevées mesurées durant l’étude.

Présence détectée de bactéries du genre Legionella

Grâce à une approche innovatrice utilisant la biologie moléculaire, l’équipe de recherche a également démontré la présence de Legionella spp dans l’air. Cette bactérie avait été rapportée dans des études australiennes et françaises sur le sujet, mais jamais au Québec. « Nous avons trouvé dans quelques sites l’espèce Legionella pneumophila, habituellement responsable de la légionellose, mais d’autres types de légionelles peuvent aussi être occasionnellement pathogènes. Il y avait également beaucoup de Mycobactérium spp et de Saccharopolyspora rectivirgula, un actinomycète thermophile relié à des maladies respiratoires d’hypersensibilité, qui ont été détectés par la méthode de biologie moléculaire », fait valoir Geneviève Marchand.

Pour ce qui est des composés gazeux, leurs concentrations moyennes ne dépassaient pas leur valeur limite d’exposition, sauf dans le cas de l’ammoniaque détectée à des niveaux supérieurs à la norme au centre de compostage de fumier.

Le port d’un masque conseillé

« Puisque les microorganismes font partie intrinsèque du milieu des travailleurs du compost et qu’on ne peut les éliminer à la source, le port d’une protection respiratoire pourrait être souhaitable. Même si la durée de l’exposition est limitée dans la majorité des cas, les travailleurs affectés au triage dans les centres de compostage font exception puisqu’ils sont exposés quotidiennement pour une période de huit heures », précise la responsable de l’étude. Cette exception justifierait d’ailleurs l’objet d’autres études, laisse-t-elle entendre.

Pour en savoir plus

MARCHAND, Geneviève, Laetitia BONIFAIT, Marc VEILLETTE, Carole PÉPIN, Yves BEAUDET, Éric LÉGARÉ, Jacques LAVOIE, Caroline DUCHAINE, Yves BERNARD, Yves CLOUTIER. Évaluation des bioaérosols et des composés gazeux émis lors des compostages de résidus agroalimentaires et résidentiels, R-960, 87 pages.