Développer un comportement préventif lors d’une formation professionnelle

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Quand je travaillais comme ergothérapeute clinicienne, je voyais beaucoup de jeunes travailleurs qui se blessaient. Je savais que je faisais un bon travail en réadaptation avec eux, mais je me disais qu’on pouvait faire plus pour favoriser la prévention et avoir moins de blessures. » Pour son doctorat, Alexandra Lecours a donc voulu savoir comment on peut aider les élèves à développer des comportements de prévention pendant leur formation professionnelle.

Bien qu’on entende partout qu’il faille agir de façon préventive, qu’est-ce que cela veut dire concrètement ?

Dans son article « Preventive behaviour at work – A concept analysis », publié dans le Scandinavian Journal of Occupational Therapy, récompensé par le Fonds de recherche du Québec — Société et culture, la chercheuse définit les cinq facteurs essentiels à un comportement préventif :

  1. se conformer aux règles et aux procédures de sécurité ;
  2. être proactif, s’impliquer et prendre des initiatives en matière de prévention ;
  3. maintenir les lieux de travail en bon état ;
  4. se préoccuper de l’environnement social et communiquer avec ses pairs ;
  5. bien réfléchir et analyser les situations avant de s’y engager.

La deuxième partie de la recherche partait d’ailleurs de cette base théorique. « J’ai besoin de savoir quoi, puis d’acquérir quoi, avant d’être capable d’agir de façon préventive dans mon travail ? Nous avons élaboré des formations qui avaient pour objectif de développer ces cinq comportements. Nous les avons adaptées en fonction du métier et du milieu de travail, pour quatre programmes de formation dans des écoles de métier. Donc, la formation n’était pas la même en secrétariat, en cuisine, en coiffure et en réalisation d’aménagements paysagers. Les ateliers étaient donnés au poste de travail, dans l’action, par moi et un enseignant du milieu. »

« Les enseignants ont beaucoup d’intérêt pour la prévention, ils trouvent que c’est important. Par contre, ils font face à plusieurs défis au quotidien, notamment le manque de formation et de matériel pédagogique. Nous avons aussi découvert que les élèves qui reçoivent une formation de prévention spécifique à leur métier ont plus de chance (par rapport à un groupe témoin qui n’a reçu que l’enseignement traditionnel) de développer un comportement préventif. C’est vrai autant au début de la formation professionnelle qu’à la fin, un an plus tard. Nos ateliers leur ont permis de maintenir leurs acquis tout au long de la formation professionnelle. »

La démarche de conception des ateliers de formation est bien détaillée dans la thèse de doctorat d’Alexandra Lecours. Ainsi, les responsables de programmes de formation professionnelle, peu importe le domaine, pourraient l’utiliser et l’appliquer pour mettre au point leur propre enseignement. « Quant aux outils que nous avons élaborés, poursuit la chercheuse, les enseignants de partout au Québec pourront les utiliser s’ils le désirent. »

Alexandra Lecours commençait en septembre 2017 un nouveau projet de postdoctorat à l’Université de Sherbrooke, pour lequel elle reçoit une bourse de l’IRSST. Elle étudie les façons d’adopter un comportement préventif, cette fois, pour préserver la santé psychologique au travail.

Alexandra Lecours

Après avoir terminé son baccalauréat en ergothérapie en 2006, Alexandra Lecours travaille comme ergothérapeute clinicienne à la réadaptation de travailleurs accidentés. Très vite, elle se passionne pour la recherche où elle excelle, cumulant prix, bourses et mentions. Elle poursuit ses études et la recherche, en parallèle avec son travail d’ergothérapeute, jusqu’en 2014. Depuis, elle se consacre entièrement à la recherche et à l’enseignement. Son principal souci : que les résultats de ses travaux aient des retombées concrètes pour améliorer le quotidien des gens. Elle obtient, en 2011, une maîtrise en sciences de l’activité physique à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). En 2017, elle termine son doctorat en sciences biomédicales, une étude conjointe entre l’Université de Montréal et l’UQTR, sur le développement du comportement préventif au travail des élèves en apprentissage d’un métier, pour laquelle elle a reçu une bourse de l’IRSST. Alexandra Lecours enseigne à l’UQTR et est chercheuse au postdoctorat dans l’Équipe sur les organisations en santé de l’Université de Sherbrooke.