Alarmes de recul : Rechercher une utilisation optimale

alarme recul

Une précédente étude avait révélé que la nouvelle génération d’avertisseurs sonores de recul large bande, qui émettent un son de type « pshit-pshit » plutôt que le classique « bip-bip » des alarmes tonales, offrait des avantages notables. Leur son, moins agressant et plus facile à localiser dans l’espace, suscite moins de plaintes parmi les citoyens.

Comme ce type de signal demeure peu associé à la notion de danger tant chez les travailleurs que dans la population, les chercheurs avaient formulé des recommandations pour que leur implantation se fasse en milieu contrôlé, associée à une solide formation des travailleurs et à la sensibilisation du public. Pour faire suite à ces travaux, une nouvelle étude vient répondre à des questions pratiques soulevées en chemin.

Des aspects plus complexes

Hugues Nélisse, chercheur à l’IRSST, a participé aux deux recherches. « Dans l’étude initiale, menée en laboratoire, les sujets étaient assis, sans bouger. Dans un contexte de travail réel, le travailleur bouge, effectue ses tâches et peut entendre, par exemple, plusieurs alarmes en même temps. En somme, il est occupé à exécuter son travail plutôt qu’à se concentrer à réaliser une tâche expérimentale. Nous sommes donc allés un peu plus loin cette fois, en évaluant, d’une part, la localisation de deux signaux d’alarme simultanés et, d’autre part, en faisant effectuer une tâche cognitive aux sujets, toujours en laboratoire. » Par ailleurs, la recherche a permis d’étudier plus en détail le niveau sonore minimal que pouvait générer une alarme dans le bruit ambiant pour être détectée et reconnue comme un signal de danger. Elle a aussi permis d’examiner les effets de la position de l’alarme de recul sur le véhicule d’un point de vue acoustique. Une vidéo de sensibilisation, produite après la première étude, présentait le nouveau type d’alarme large bande.

Une deuxième vidéo porte sur l’importance de la position des alarmes sur la propagation du signal derrière les véhicules.

Des alarmes trop bruyantes

« Les alarmes tonales sont à la source de beaucoup de plaintes de citoyens. Cela crée de réels problèmes pour de nombreuses entreprises, poursuit Hugues Nélisse. Nous soupçonnions notamment que le volume des alarmes pourrait être trop fort en général. Nous avons donc voulu étudier cet aspect. »

Ce signal ne dérange d’ailleurs pas que le voisinage. Trop fort et trop fréquent, il devient agressant au point que certains travailleurs désactivent les alarmes. « Il y a aussi un phénomène d’habituation au signal qui peut entrer en jeu dans ce cas ; le cerveau finit par couper la perception pour ne plus être dérangé. »

Les chercheurs voulaient aussi mieux comprendre le fonctionnement d’alarmes de recul autoajustables offertes sur le marché, car l’idée semble intéressante pour pallier le problème de la nuisance sonore. Leur volume s’adapte automatiquement en fonction du bruit ambiant. « Mais les résultats sont très mitigés, dit Hugues Nélisse, et ça ne semble pas fonctionner aussi bien sur le terrain que le prétendent les fabricants. En pratique, elles finissent souvent par émettre le signal au niveau maximal et faire autant de bruit que les alarmes conventionnelles, même dans une ambiance sonore pas si bruyante. »

alarme
Pour mesurer le niveau sonore généré par l’alarme derrière le véhicule, un système de balayage microphonique automatisé a été mis au point. Celui-ci consistait en un microphone qu’un moteur déplaçait sur un rail d’une longueur de quatre mètres.

Des constats majeurs

Selon l’étude, les deux types d’alarmes sont audibles à des niveaux sonores bien inférieurs à celui du bruit ambiant en laboratoire et provoquent la réaction de retrait hors de la zone de danger souhaitée à des niveaux sonores comparables à celui du bruit ambiant qui existerait sur les lieux du travail. « On pense que le niveau sonore des alarmes pourrait être beaucoup plus bas que ce qu’il est actuellement, tout en demeurant sécuritaire. Mais avant, il faut aussi étudier ce qui se passe lorsque des travailleurs portent des protecteurs auditifs (bouchons, coquilles) et un casque de sécurité. On soupçonne, par exemple, que le casque et les protecteurs interfèrent avec les ondes sonores et qu’ils nuiraient à une bonne localisation du signal. C’est un des sujets de la troisième étude, qui est en cours. »

Les avertisseurs large bande ont fait preuve d’une performance supérieure sous plusieurs aspects. Au cours des essais effectués, les sujets pouvaient beaucoup plus facilement déterminer la provenance du signal de type « pshit-pshit » que celle du « bip-bip » tonal classique. De plus, lorsqu’il s’agit de déterminer la provenance de deux alarmes simultanées ou quasi simultanées, l’alarme large bande offre encore une fois un net avantage.

alarme
Les chercheurs ont placé une alarme autoajustable dans une salle semi-anéchoïque en présence d’un bruit de fond provenant d’un haut-parleur servant à générer différents scénarios de bruits afin d’étudier le comportement de l’alarme.

Quelques recommandations clés

La lecture du rapport sera particulièrement utile aux responsables de la SST et aux personnes qui doivent déterminer le type d’alarme à installer sur des véhicules, à quelle position et à quel niveau sonore, qu’ils appartiennent au domaine de la construction, du transport, de l’exploitation, de l’approvisionnement ou de l’entretien.

  • Emplacement. Installer l’alarme à l’arrière du véhicule, face à la zone de recul, à une hauteur de un à deux mètres (visible par un travailleur situé dans la zone de danger).
  • Niveau sonore de l’alarme. Utiliser la norme ISO 9533, en incluant toutes les sources de bruit autour du véhicule, pour déterminer le bruit ambiant.
  • Limite de vitesse. Respecter une vitesse de recul maximale de 12 km/h, qui laisse un délai d’au moins deux secondes pour s’écarter du danger.
  • Type d’alarme. Privilégier les alarmes large bande lorsque plusieurs véhicules effectuent des manoeuvres de recul simultanément de manière à pouvoir mieux déterminer la provenance de leur signal sonore.
alarme
Source : iStock

Pour en savoir plus

NÉLISSE, Hugues, Chantal LAROCHE, Christian GIGUÈRE, Véronique VAILLANCOURT, Jérôme BOUTIN. Performance acoustique des alarmes de recul tonales et large bande en milieu ouvert en vue d’une utilisation optimale, R-977, 92 pages.
VAILLANCOURT, Véronique, Hugues NÉLISSE, Chantal LAROCHE, Christian GIGUÈRE, Jérôme BOUTIN, Pascal LAFERRIÈRE. Sécurité des travailleurs derrière les véhicules lourds — Évaluation de trois types d’alarmes sonores de recul, R-763, 111 pages.
Vidéo Les alarmes de recul : comment les différencier ?
Vidéo Alarme de recul — Une utilisation optimale