Gants de protection : Mieux comprendre l’effet des fluides de coupe sur la résistance

Gants de protection

Les travailleurs des secteurs de la fabrication et de l’usinage du métal doivent fréquemment porter des gants de protection pour accomplir leurs tâches. Si trouver un gant capable de résister aux agresseurs chimiques et physiques est une chose, le faire adopter par les employés en est une autre.

Recommander le bon modèle de gants de travail était l’un des objectifs de l’équipe de recherche de l’IRSST. Porter des gants de protection permet de réduire les blessures aux mains, notamment dans le secteur de la fabrication des produits métalliques. Selon les données de la CNESST, les blessures aux mains, aux doigts et aux poignets représentent en moyenne 16 % des lésions acceptées de 2013 à 2015. Si l’on considère uniquement le secteur de la fabrication des produits métalliques, ce chiffre grimpe à près de 28 %.

Le risque pour les travailleurs est donc double : à la fois un risque mécanique lors de la manipulation de pièces de métal (coupures et lacérations) et un risque chimique pouvant causer des lésions cutanées par l’exposition aux fluides de coupe. Sans compter que ces derniers peuvent altérer la résistance mécanique des gants. De là, l’importance de trouver le bon gant de travail !

Se coller sur la réalité terrain

Dans une précédente recherche exploratoire publiée en 2011, il avait été question d’observer les effets des contaminants sur la résistance mécanique des gants de protection. Des diminutions de la résistance à la coupure et à la perforation allant respectivement jusqu’à 38 % et 59 % avaient été mesurées à la suite de certains traitements de contamination en laboratoire.

Chantal Gauvin, ingénieure et professionnelle scientifique à l’IRSST, a participé aux deux études. « Notre hypothèse, cette fois-ci, était que les fluides de coupe peuvent modifier le polymère des gants et les rendre moins résistants aux coupures et aux perforations », explique-t-elle.

Dans sa démarche, l’équipe de recherche a d’abord identifié les postes de travail, les gants et les fluides de coupe qu’utilisent deux entreprises partenaires.

« On a fait des tests sur des paires de gants neufs et des fluides de coupe utilisés dans les entreprises. On a exposé les gants aux fluides de coupe en laboratoire. Cette étape était importante pour valider s’il valait la peine d’aller sur le terrain », justifie Ludovic Tuduri.

Une fois contaminés, les gants ont été soumis à des tests de coupure et de perforation. Dans 18 cas sur 24, les fluides de coupe ont modifié la résistance à ces deux caractéristiques mécaniques.

Tester de nouveaux gants en milieu de travail

Avant de faire les tests sur le terrain, l’équipe de recherche devait sélectionner des gants que les travailleurs porteraient. Sachant que les fluides de coupe peuvent modifier la résistance aux coupures et à la perforation, le choix du polymère qui enduit les gants devait être fait avec minutie.

« Nous avons réalisé des expériences de gonflement des matériaux en faisant tremper des morceaux provenant de six polymères différents dans des fluides de coupe. Nous avons ensuite regardé la prise de volume. Plus un polymère gonfle sous l’effet de l’exposition aux fluides de coupe, moins il est résistant », explique le chercheur.

Les gants recouverts de butyle ou de latex ont ainsi été éliminés d’emblée (le latex a même gonflé de 300 % dans un cas, soit 4 fois plus que son volume d’origine !). Le polyuréthane et le nitrile se sont révélés être les deux polymères les moins altérés par les fluides de coupe. Le néoprène et le PVC présentaient des gonflements intermédiaires.

L’équipe de recherche a par la suite choisi des gants directement sur les sites Web des fabricants, puis a présenté différents modèles aux deux entreprises participantes. Les travailleurs ont alors pu donner leurs premières impressions avant même de commencer les tests sur le terrain.

« Les travailleurs veulent vraiment être productifs. L’adhérence et la dextérité des gants sont des critères importants. Si un gant les empêche de faire leur travail, ils ne le porteront pas », souligne Chantal Gauvin.

Sept paires de gants ont ainsi été sélectionnées. Les participants en ont testé trois paires chacun durant quatre jours, lors d’une série d’essais. Ils ont ensuite répondu à un questionnaire et les gants ont été retournés en laboratoire.

Est-ce que les travailleurs ont apprécié les gants ? « Certains ont été appréciés et d’autres, pas par tous, alors que les résultats étaient partagés pour d’autres gants », indique Chantal Gauvin.

Qu’un gant soit percé, coupé ou déchiré n’était pas nécessairement la principale raison de son abandon en cours de route. « Des travailleurs ont rapporté que les gants devenaient trop sales ou imbibés d’huile rapidement. Dans d’autres cas, ils étaient trop glissants, pas assez souples, trop chauds ou inconfortables », relate l’ingénieure.

« Nos résultats mettent bien de l’avant la difficulté de recommander un gant de protection au-delà du niveau de résistance mécanique. On peut faire tous les tests en laboratoire que l’on voudra, il faut avant tout comprendre les activités de travail des gens qui portent les gants », ajoute Ludovic Tuduri.

Autrement dit, le gant universel n’existe pas. L’équipe de recherche recommande que le choix du type de gant soit fait en fonction de chaque poste de travail auquel un seul modèle est attribué. Une des deux entreprises a réussi à déterminer que deux types de gants testés pouvaient remplacer ceux qu’elle utilisait jusqu’alors.

Pour en savoir plus

NGUYEN-TRI, Phuong, Ennouri TRIKI, Ludovic TUDURI, Chantal GAUVIN, Toan VU-KHANH. Effet des fluides de coupe sur la résistance à la coupure et à la perforation des gants de protection, R-987, 109 pages.

DOLEZ, Patricia, Toan VU-KHANH, Chantal GAUVIN, Jaime LARA. Effet des contaminants sur la résistance mécanique des gants de protection – Analyse préliminaire, R-683, 47 pages.