Pêche semi-hauturière - Réduire le mouvement, améliorer la sécurité

On peut facilement imaginer la difficulté de travailler sur une plate-forme glissante, remuée par la mer et les risques que cela comporte. C'est à cette réalité que font face tous les jours les pêcheurs semi-hauturiers du Québec.

L'IRSST a mandaté des chercheurs du Centre d'innovation de l'aquaculture et des pêches du Québec, Merinov, pour évaluer l'efficacité des systèmes d'amortissement du roulis de leurs embarcations. Après avoir inventorié les systèmes utilisés au Québec, les scientifiques ont comparé la performance des plus répandus : le système à paravanes et celui à ailerons à charnières.

Système à charnière
Système à ailerons à charnières

Le système à paravanes est apparu, au début des années 1980, sur les navire en fibre de verre qui éprouvaient des problèmes de stabilité lorsqu'ils étaient lèges. Il a été développé ou adapté par des architectes navals, construit et installé sur des bateaux, puis modifié par des capitaines.

Le système d'amortissement du roulis à ailerons à charnières a commencé à être implanté au milieu des années 2000. La tige de retenue fixée au bout de l'aileron le retient en place lorsqu'il est déployé. L'aileron agit ainsi en retenue et en support. L'ensemble assure la rigidité du système grâce à sa forme triangulaire.

La stabilité de l'embarcation, la sécurité et le confort des équipages ainsi que la consommation de carburant préoccupent particulièrement les pêcheurs et les organismes de réglementation du secteur.

Tests en mer

Système à paravanes
Système à paravanes

À l'été 2010, les chercheurs mènent des essais en mer, à bord de deux crabiers identiques, l'un équipé de paravanes, l'autre d'ailerons à charnières. Ils étudient trois variables : la position des systèmes d'amortissement (à la verticale, semidéployés et immergés), la vitesse du bateau en fonction de situations réelles et sa position selon la direction du vent. Durant les essais, les conditions climatiques sont favorables et la mer est peu agitée.

Dans ces circonstances, l'amplitude du roulis enregistrée pendant les mouvements latéraux des deux crabiers demeure à l'intérieur d'une plage sécuritaire, malgré des différences mineures. Le système à ailerons à charnières, lorsqu'ilest pleinement déployé, montre des effets intéressants, notamment lorsque le bateau se déplace à pleine vitesse, ce qui se produit entre le port d'attache et le lieu de pêche. L'énergie nécessaire au déplacement de l'embarcation équivaut à la pleine vitesse. Le bateau consomme également moins d'essence à demivitesse.

Les chercheurs n'ont pu déterminer si un des deux systèmes est supérieur ou inférieur à l'autre. Le crabier équipé d'ailerons à charnières a bien manifesté des accélérations plus brusques pouvant être ressenties plus fortement par les équipages et qui augmentent les risques de chute. Cependant, le redressement rapide du navire signifie qu'il peut être moins porté à chavirer.

De 2003 à 2010, les pêcheurs des bateaux équipés de paravanes sont plus nombreux à rapporter des incidents et des accidents. Toutefois, l'implantation des ailerons à charnières est plus récente. Le temps et l'expérience permettront de mieux juger cet aspect.

Autre argument en leur faveur, les ailerons à charnières sont plus simples et plus faciles à déployer que les paravanes.

Enfin, un questionnement important aux yeux des pêcheurs est celui de la consommation de combustible. En condition de pêche, soit à demi vitesse, le crabier ayant déployé un seul aileron, pour simuler la situation qui permet de manipuler aisément les casiers, se trouve désavantagé par rapport à celui dont les espars sont déployés symétriquement, sans immersion des paravanes. Par ailleurs, au cours de la navigation à pleine vitesse, entre le port d'attache et le lieu de pêche, la consommation d'énergie des deux crabiers est similaire, surtout lorsque leur système d'amortissement du roulis est complètement immergé.

La grande majorité des capitaines qui ont installé un système d'amortissement du roulis de type ailerons à charnières sur leur bateau s'en disent satisfaits.

Inventaire des navires

L'inventaire a révélé qu'au Québec, la moitié des 292 navires de plus de 15 tonneaux de jauge sont équipés d'un système à paravanes. Le système à ailerons à charnières est présent sur 11 % des bateaux.

Une enquête réalisée à la fin d'octobre 2010 auprès de 53 % des 30 capitaines propriétaires qui avaient fait équiper leur bateau d'ailerons à charnières a révélé un taux de satisfaction élevé sur tous les plans : facilité de manutention, confort, sécurité et performance générale en mer.

 

Pour en savoir plus

Hélène FOURNIER, Aurem LANGEVIN. Évaluation de systèmes d'amortissement du roulis sur les bateaux de pêche semihauturière du Québec, Rapport R-811, 67 pages.

www.irsst.qc.ca/bateau