Absence de cellules éosinophiles dans les bronches - Indicateur utile pour le pronostic de l'asthme professionnel ?

asthme professionnel

L'asthme est une maladie inflammatoire des bronches qui se traduit par une respiration sifflante, de la toux et de la difficulté à respirer. L'inflammation qui la caractérise correspond la plupart du temps à la présence dans les bronches de cellules appelées éosinophiles. Toutefois, une partie des personnes qui souffrent d'asthme professionnel ne présente pas d'inflammation de type éosinophilique lorsqu'elles sont exposées à la substance à laquelle elles sont allergiques.

Catherine Lemière, pneumologue à l'Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal, a beaucoup étudié l'asthme professionnel et s'intéresse particulièrement aux phénomènes inflammatoires. « Notre étude, précise-t-elle, s'inscrit dans la suite d'une autre, où nous avions suivi des patients pendant quatre ans. Nous avions alors trouvé que les personnes dont l'asthme semblait moins bien évoluer étaient celles qui n'avaient pas d'éosinophiles au moment du diagnostic. Nous avions cependant très peu de patients ; il nous en fallait davantage pour étudier l'évolution de l'asthme sur une plus longue période après un premier diagnostic et arriver à une conclusion. Parce qu'il faut dire que l'asthme professionnel n'a pas un très bon pronostic. Les deux tiers des personnes atteintes continuent à avoir de l'asthme même quand elles ne sont plus exposées à l'agent qui l'a causé au départ. »

Au Québec, pour établir un diagnostic d'asthme professionnel, les spécialistes font, entre autres, subir au travailleur un test de provocation bronchique spécifique. Celui-ci consiste à lui faire inhaler l'agent allergène présent au travail, puis à mesurer diverses réactions physiologiques liées à son asthme. L'une de ces mesures comporte la collecte d'un échantillon d'expectoration, avant et après la provocation, qui est ensuite analysé pour déterminer la présence et la quantité de cellules éosinophiles et neutrophiles.

Cellules éosinophiles et recherche

Le projet de recherche avait pour but d'évaluer si l'absence d'éosinophiles dans l'expectoration récoltée au moment du diagnostic constitue un indicateur de la gravité de l'asthme et d'un moins bon pronostic à long terme.

Catherine Lemière explique : « Les éosinophiles sont des cellules qu'on retrouve dans le sang, mais aussi dans les bronches et les poumons. Il y en a plus chez les personnes qui font de l'asthme. Généralement, moins l'asthme est contrôlé, plus il y a d'éosinophiles. Quant aux neutrophiles, ce sont des cellules qui, normalement, combattent les infections ; on les rencontre aussi dans d'autres pathologies. Elles peuvent nous fournir d'autres pistes, car les mécanismes physiologiques qui provoquent leur apparition sont différents. La détection de ces deux types de cellules était déjà une pratique d'évaluation d'aide au diagnostic, pour constater la présence d'inflammation durant les tests de provocation spécifique. On le fait de façon systématique dans ces cas-là. »

Les travailleurs qui ont reçu un diagnostic d'asthme professionnel établi par un test de provocation bronchique spécifique, il y a environ cinq ans, ont fait l'objet d'une nouvelle évaluation. Les chercheurs voulaient comparer la gravité de l'asthme des sujets qui avaient eu une réponse inflammatoire éosinophilique durant ce test à celle des personnes dont la réponse était non éosinophilique.

Les différences observées entre les deux groupes sont significatives, autant sur le plan statistique que clinique. Cette étude semble d'ailleurs être la première à démontrer qu'une réponse non éosinophilique à une exposition à l'agent responsable de l'asthme professionnel est associée à un mauvais pronostic. Cependant, les résultats restent à confirmer avant qu'il soit possible de les appliquer en pratique clinique.

Pour un retour dans l'histoire 

Au fil des ans, l'IRSST a mené ou financé plusieurs recherches sur l'asthme professionnel.

La première décennie (1980-1990) a permis de former des équipes et de créer des outils de diagnostic, dont les chambres d'inhalation.

Au cours des 15 années suivantes, le développement des connaissances a conduit à de nouvelles approches de prévention et de gestion des cas d'asthme au travail. Les travailleurs, les employeurs et les intervenants de première ligne en santé et en sécurité du travail disposent maintenant de nouveaux outils pour surveiller l'apparition de ces cas, grâce aux efforts constants des chercheurs pour mieux comprendre, guérir et surtout, prévenir les maladies regroupées sous l'expression « asthme au travail ».

Trois articles ont été publiés dans Prévention au travail sur l'histoire de la recherche au service de la prévention et du traitement de l'asthme professionnel.

Recherche québécoise sur l'asthme professionnel – S'unir pour inventer des outils de diagnostic, d'échantillonnage et d'analyse

Recherche québécoise sur l'asthme professionnel – L'expansion et le partage des connaissances

Asthme en milieu de travail – Des outils de prévention

À lire également, un dossier complet sur le sujet :

Asthme professionnel –Travailler à s'en couper le souffle

Retombées majeures

L'un des résultats importants de cette recherche, outre la publication de ceux qui contribuent à l'avancement des connaissances, est la démonstration du bien-fondé de mener un suivi plus serré des patients non éosinophiliques afin d'optimiser leur prise en charge.

« En fait, précise Catherine Lemière, si les patients n'ont pas de réaction inflammatoire durant le test, cela veut dire qu'on devrait les suivre de plus près et peut-être intensifier leur médication, effectuer une prise en charge plus serrée, parce qu' a priori leur asthme a moins de chance de s'améliorer que celui des autres. »

Cette récente étude vient donc confirmer les résultats de la précédente, avec un plus grand nombre de patients. « Même si nous avons vraisemblablement le plus grand nombre de ce type de données au monde, il faudrait que nos résultats soient confirmés avec encore plus de patients et de statistiques, mais ce sera difficile à faire. Très peu de chercheurs ont étudié cette question et peu de centres font ce type de test de provocation bronchique spécifique. Nous le pratiquons au Québec, mais pas dans le reste du Canada ni aux États-Unis, et seulement quelques centres en Europe le font. Seulement une dizaine de centres au monde effectuent ces tests. »

Les résultats de l'équipe de la Dre Lemière ont été publiés dans l'une des meilleures revues de ce domaine médical, ce qui démontre un intérêt certain du milieu. Ils ont également été présentés à un congrès international, où ils ont été très bien reçus.

Et pour la suite

Les résultats seront principalement utiles aux chercheurs et aux médecins spécialistes qui pratiquent des tests de provocation bronchique. Ils pourraient aussi éventuellement servir à la prise en charge de l'asthme non professionnel puisque ce type de test est tout de même déjà bien connu et utilisé dans le monde.

« C'est sûr qu'on aimerait continuer la recherche pour voir s'il y a des traitements de l'asthme qui fonctionnent mieux dans ces cas que dans les autres, etc., mais en ce moment, rien n'est prévu, commente la chercheuse. On envisage aussi que le mécanisme physiopathologique sous-jacent est différent pour les deux groupes de patients, l'asthme non éosinophilique menant à une détérioration plus importante de la fonction pulmonaire, même après le retrait de l'exposition à l'agent en cause. Ce serait à étudier également. »

Pour en savoir plus

LEMIÈRE, Catherine, Lucie BLAIS. L'absence d'éosinophilie bronchique est-elle un facteur de mauvais pronostic de l'asthme professionnel ?, Rapport R-809, 27 pages.