Utilisation sécuritaire des isocyanates : un nouveau guide axé sur la pratique

L'IRSST vient de publier une toute nouvelle version, revue, mise à jour et enrichie, du Guide de prévention pour une utilisation sécuritaire des isocyanates, qui se présente aujourd'hui comme une démarche complète d'hygiène du travail, avec exemples à l'appui.

Brigitte Roberge, responsable du projet à l'Institut, explique. « L'ancien guide datait de 2000. Il avait été rédigé dans la foulée d'un colloque sur les isocyanates, en rassemblant diverses parties écrites par plusieurs intervenants du milieu, afin de mettre en valeur les connaissances accumulées au fil des ans, notamment par des professionnels de l'Institut. »

Mais les avancées technologiques réalisées depuis ce temps, autant du côté des produits que des procédés, rendaient une mise à jour nécessaire. « De plus en plus d'applications comportant des isocyanates sont développées, poursuit Brigitte Roberge, malgré le fait que ces substances soient un sensibilisant reconnu et une cause majeure d'asthme professionnel. Les isocyanates sont difficiles à remplacer dans certains procédés parce qu'ils présentent énormément d'avantages. Si l'on a, depuis 10 ou 15 ans, des peintures d'auto avec de belles textures et des couleurs qui ne changent pas, c'est grâce aux isocyanates. On veut aussi des isolants efficaces ; pensons à la mousse giclée ou à la mousse rigide, qui contiennent toutes deux des isocyanates (respectivement du MDI et du TDI). Un autre exemple : les panneaux de particules de bois. Avant, on utilisait des liants contenant du formaldéhyde ; maintenant, les liants à base de MDI sont utilisés de plus en plus fréquemment en raison de leur faible tension de vapeur, réduisant le risque d'exposition du travailleur. »

Contenu actualisé, contenant amélioré

Sur un chantier de construction, des travailleurs appliquent de la mousse isolante à base d’isocyanates sur les parois d’un bâtiment. Ce procédé consiste à pulvériser deux composants (isocyanates et copolymère) qui réagissent pour former une mousse de polyuréthane rigide. Photo: Pierre Charbonneau

Le guide aide à bien comprendre le risque chimique lié aux isocyanates et à prendre des décisions éclairées quant aux moyens de prévention à mettre en place pour diminuer l'exposition. On peut maintenant consulter la nouvelle version dans un format PDF, facile à imprimer pour apporter sur le terrain. Le graphisme a été refait et des hyperliens utiles renvoient à d'autres sections du guide ou à des documents d'organismes externes. Pour répondre aux demandes des utilisateurs, des références bibliographiques récentes (depuis 2000) ont aussi été ajoutées à la fin de chaque section. Surtout, l'ancien contenu a été remanié et mis à jour en fonction des connaissances actuelles. « Nous avons poussé plus loin les explications concernant l'évaluation environnementale, poursuit Brigitte  Roberge, et nous avons apporté des exemples pratiques de la démarche pour des procédés incontournables en matière d'isocyanates – pulvérisation de peinture automobile, application de mousse isolante, fabrication de mousse polyuréthane, application de colle, dégradation thermique des isocyanates et relocalisation des travailleurs sensibilisés. Cette section d'exemples est totalement nouvelle. »

« La première partie a été révisée pour la rendre plus accessible et la section relative à la toxicologie a été enrichie, poursuit Mme Roberge. Nous y traitons notamment de l'exposition par contact cutané, car aujourd'hui, il y a une préoccupation importante à ce sujet. La section sur la réglementation collige les articles du RSST qui se rapportent directement ou indirectement à l'évaluation des facteurs de risque. De plus, on y fait le lien entre facteur d'exposition et secteur d'activité. »

Le rôle clé du comité de suivi

Les tâches réalisées sur la carrosserie des automobiles dans les ateliers de débosselage, telles que le coupage, le meulage et le soudage, provoquent une forte augmentation de la température du produit fini, soit la peinture, qui est à base d’isocyanates (polyuréthane). Photo: Pierre Charbonneau

Johanne Dumont, chimiste et conseillère experte à la Direction générale de la prévention-inspection de la CSST, faisait partie du comité de suivi du projet. « L'inquiétude des gens est surtout de savoir comment se protéger en cas d'exposition à des isocyanates. Mais souvent aussi, ils ne trouvent pas évident de savoir s'ils y sont exposés ou non. C'est une des choses que je souhaitais voir améliorées dans le guide. C'était aussi essentiel d'ajouter de l'information sur les risque à la sécurité, dont l'incendie e la déflagration, compte tenu que les produits qui contiennent des isocyanates contiennent aussi souvent des solvants inflammables.

Elle poursuit en mentionnant que « le choix des participants du comité de suivi était bien éclairé. On y trouvait des représentants de Santé Canada, d'industries de la fabrication des isocyanates et de la construction, de la CSST, des associations sectorielles paritaires pour la santé et la sécurité du travail de la construction, de l'automobile et de la fabrication ; la représentativité autour de la table était intéressante pour bien connaître et définir les besoins de nos clients. Nous avons eu des échanges très productifs, toujours dans le souci de bien les servir. »

Marie-France d'Amours, conseillère en valorisation des résultats de la recherche à l'IRSST, a coordonné la formation et le travail du comité de suivi. « Toute cette consultation a permis de concevoir l'outil comme une démarche d'hygiène du travail. Donc, un intervenant en SST peut prendre le guide et le suivre étape par étape pour effectuer son analyse du milieu, faire une évaluation complète et mettre en place des moyens de maîtrise concrets. La dernière section, qui est nouvelle, est aussi importante ; elle présente des exemples propres à des procédés particuliers qui permettent à l'utilisateur de se familiariser avec la démarche et ses outils. Les gens voulaient un outil facile à consulter qui soit aussi un document de référence le plus complet possible. » 

Exemples pratiques - Application de mousse isolante de polyuréthane  

Anticipation et identification

Des travailleurs appliquent de la mousse isolante à base d'isocyanates sur les parois d'un bâtiment. Deux produits sont pulvérisés en même temps et réagissent ensemble très rapidement pour former la mousse. Ce procédé implique généralement la présence de monomères et d'oligomères de MDI (voir la fiche de données de sécurité), en plus de solvants, d'agents de gonflement, etc., dont il faudra aussi tenir compte. Le procédé génère principalement des aérosols, la forme vapeur sera sans doute d'importance moindre à cause de la tension de vapeur du MDI . Risque d'exposition par inhalation et contact cutané. Risque d'incendie et d'explosion. 

Évaluation environnementale

Les caractéristiques des produits et des procédés déterminées précédemment permettent de choisir une stratégie de prélèvement : l'utilisation d'une méthode par barboteur (IRSST 376) est préconisée, puisqu'elle permet de dissoudre et de dériver in situ les aérosols et les vapeurs. La granulométrie déjà documentée des particules révèle qu'il n'est pas nécessaire de placer une cassette avec filtre imprégné en aval du barboteur. 

Maîtrise des risques

Puisque le travailleur se trouve en présence d'aérosols, il faut mettre en place plusieurs moyens de prévention :

  • Appareil de protection respiratoire à adduction d'air.
  • Survêtements de travail étanches avec capuchon Tyvek® ou Barricade® et des gants, une pièce faciale complète ou des lunettes de protection à coque.
  • Formation des travailleurs sur la protection respiratoire et sur les risques liés aux isocyanates.
  • Zone d'exclusion signalée par une affiche annonçant les travaux et le port obligatoire de protection respiratoire et oculaire.
  • Aucun travail à chaud à proximité.
  • Enlèvement du survêtement pour manger et pour les déplacements, etc.
  • Aucun abri fermé sur l'équipement de levage (échafaudage, plateforme, etc.). 

On trouve dans le guide un autre exemple intéressant, soit celui d'une exposition aux isocyanates causée par la dégradation thermique, notamment celle du revêtement automobile pendant des réparations comme le sablage, le meulage, le soudage. « Bien que les concentrations soient faibles, dit Brigitte Roberge, un travailleur sensibilisé à la suite de son exposition aux isocyanates ne doit pas aller à un poste de travail où il y aurait présence d'isocyanates, car cela peut déclencher une crise d'asthme. »

 

La démarche du guide

Dans une démarche d'hygiène du travail, les étapes préparatoires de l'anticipation et de l'identification (sections 1 et 2 du guide) permettent de colliger les informations pertinentes sur les composants des mélanges utilisés et sur les produits intermédiaires et finaux (caractéristiques physiques et chimiques, toxicité, valeurs d'exposition, effets sur la santé, réglementation, etc.). L'évaluation environnementale (section 3) a pour but de déterminer les facteurs du risque d'exposition dans un milieu donné. Elle tient compte de l'utilisation des isocyanates, du procédé et de l'équipement, des conditions environnementales (chaleur, humidité, ventilation), des voies d'exposition (cutanée ou respiratoire), de la forme du produit (vapeurs ou aérosols) ainsi que des modes de prélèvements et d'analyse permettant d'évaluer l'exposition. La section 4 présente pour sa part les moyens permettant de maîtriser les facteurs de risque ; substitution, élimination, ventilation, moyens administratifs, équipements de protection individuelle. L'entreposage et les mesures d'urgence sont également passés en revue.

Pour en savoir plus

ROBERGE, Brigitte, Simon AUBIN, Claude OSTIGUY, Jacques LESAGE.
Guide de prévention pour une utilisation sécuritaire des isocyanates – Démarche d'hygiène du travail, Guide technique RG-764, 94 pages
Guide for Safe Use of Isocyanates – An Industrial Hygiene Approach, Technical Guide RG-773, 94 pages