Pour mieux circonscrire les dangers de l’amiante

Rendu célèbre au Québec par d’impressionnantes mines pour l’extraire, par des grèves très dures et par le grand nombre de travailleurs atteints de maladies pulmonaires parce qu’ils en ont respiré la poussière, l’amiante n’a plus besoin de présentation.

Toutefois, l’adoption d’un règlement portant sur la gestion sécuritaire de l’amiante dans les établissements où l'on trouve des travailleurs et en vigueur depuis le mois de juin 2013 remet l’amiante sur le fil de l’actualité. Voici donc un dossier complet sur ce qu’est l’amiante, ses conséquences sur la santé, les méthodes de travail sécuritaires, l’analyse des échantillons, le nouveau règlement et son application et, pour terminer, un cas concret de gestion sécuritaire de l’amiante.


« Amiante » est un terme commercial qui désigne un silicate de magnésium et de calcium. Ses cristaux d’aspect feutré se présentent en fibres, qui peuvent ensuite être tissées. L’amiante est soit serpentine (chrysotile), soit amphibole (crocidolite, amosite, actinolite, anthrophyllite ou trémolite). Sa résistance aux températures élevées, à l’attaque des substances chimiques, à la traction, à la flexion et à l’usure en fait un produit convoité. Mélangé à divers matériaux, l’amiante en accroît la solidité et la résistance, d’où son énorme popularité. On ne compte plus aujourd’hui les matériaux qui en contiennent. Sauf qu’à toute médaille il y a un revers. Les travailleurs exposés aux poussières d’amiante peuvent subir d’importants dommages aux poumons, et même développer des maladies mortelles. L’amiante tue encore chaque année. Pour preuve, en 2012, 211 dossiers de décès de travailleurs ont été acceptés par la CSST. Sur ce nombre, 115 concernent une maladie professionnelle reliée à l’amiante. En 2011, sur 204 dossiers de décès, on en reliait 116 à l’amiante. En 2010, 90 des 213 dossiers de décès au travail de l’année s’expliquaient par l’amiante. Et ainsi de suite. « Ces chiffres parlent vraiment et disent qu’on n’en a pas fini avec l’amiante », indique le conseiller expert en inspection-prévention à la CSST, Alain L’Épicier. « Il faut toutefois comprendre que des cas de dossiers acceptés en 2012 peuvent découler d’expositions qui datent de quelques dizaines d’années », nuance-t-il.

Photo : Shutterstock
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Les poumons détestent l’amiante

La poussière d’amiante trouve facilement son chemin jusque dans les poumons. Elle peut engendrer plusieurs manifestations pulmonaires et des conditions plus sérieuses comme l’amiantose.
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La poussière d’amiante trouve facilement son chemin jusque dans les poumons. Elle peut engendrer plusieurs manifestations pulmonaires et des conditions plus sérieuses comme l’amiantose.

La poussière d’amiante trouve facilement son chemin jusque dans les poumons. Plus on est exposé longtemps à une quantité importante de poussière d’amiante, plus le risque pour la santé est grand. En plus, des études montrent que le type d’amiante y est pour quelque chose. Les amphiboles représentent un plus grand danger que les serpentines, même si les deux provoquent les mêmes maladies pulmonaires. Sauf exception, il est interdit d’utiliser les amphiboles de type crocidolite ou amosite au Québec depuis 1990. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’en reste pas aujourd’hui dans certains matériaux avec lesquels ont été construits les immeubles commerciaux, industriels, publics et résidentiels partout dans la province.

Être exposé à l’amiante peut engendrer plusieurs manifestations pulmonaires. La plus fréquente est la formation de plaques pleurales, qui n’entraînent habituellement ni symptômes ni anomalies fonctionnelles. « L’enveloppe du poumon devient plus épaisse par endroits et c’est bénin », indique le pneumologue André Cartier, de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal et membre d’un comité des maladies pulmonaires professionnelles.

Mais l’amiante engendre aussi des conditions beaucoup plus sérieuses comme l’amiantose, le mésothéliome, le cancer du poumon, parfois du larynx, les atélectasies rondes avec épaississement diffus de la plèvre et, enfin, les épanchements pleuraux bénins.

L’amiantose est une forme de fibrose pulmonaire qui rend le poumon plus rigide et moins efficace pour assurer les échanges gazeux, ce qui peut entraîner une insuffisance respiratoire et même le décès. Elle est très invalidante dans environ un quart des cas. Les personnes atteintes d'amiantose sévère ne peuvent se laver ou s’habiller sans être essoufflées. Les travailleurs souffrant d’amiantose légère ne subissent toutefois aucun effet fonctionnel. L’amiantose évolue la plupart du temps lentement, mais elle est irréversible.

Quant au mésothéliome, qui désigne un cancer de la plèvre ou du péritoine, il s’agit d’une maladie mortelle encore en croissance au Canada. La poussière d’amiante déclenche aussi des cancers du poumon, parfois du larynx, particulièrement chez les fumeurs.

Les épanchements pleuraux bénins se manifestent comme une pleurésie qui rentre dans l’ordre spontanément. Ils sont parfois récidivants et peuvent laisser des séquelles radiologiques et fonctionnelles, comme une atélectasie ronde ou un épaississement diffus de la plèvre, entraînant alors un certain degré d’incapacité.

« Les maladies reliées à l’amiante dépassent annuellement l’asthme professionnel dans les causes de réclamation à la CSST », confirme André Cartier.

Sorti de la mine, l’amiante est partout !

De très nombreux mineurs d’Asbestos et de Thetford Mines ont souffert des maladies reliées à l’inhalation des poussières d’amiante, de même que les travailleurs d’entreprises connexes qui fabriquaient des matériaux industriels contenant de l’amiante. Leurs maladies professionnelles ont largement été publicisées au Québec. Ces milieux ont depuis été assainis, si bien que les cas d’amiantose reliés à ces activités industrielles sont aujourd’hui en diminution considérable.

De très nombreux mineurs ont souffert des maladies reliées à l’inhalation des poussières d’amiante. Sur la photo, une mine d’amiante de Thetford Mines, vers 1918.
Photo : © Musée McCord, MP-0000.25.587
De très nombreux mineurs ont souffert des maladies reliées à l’inhalation des poussières d’amiante. Sur la photo, une mine d’amiante de Thetford Mines, vers 1918.

Sauf qu’on n’est pas libéré des problèmes de santé qu’engendre l’amiante pour autant. « Vers le début des années 2000, ce n’étaient plus des mineurs qu’on voyait atteints d’amiantose, mais des concierges et des travailleurs de la construction », soutient Normand Paulin, directeur général de la prévention-inspection et du partenariat à la CSST. « Il n’y avait presque plus de réclamations en lien avec les mines, mais une explosion de réclamations provenant des secteurs du commerce, des bâtiments et des travaux publics », ajoute Carmel Laflamme, vice-présidente en santé et sécurité au travail au Conseil du patronat du Québec.

Ce qui s’explique assez facilement : on a introduit de l’amiante dans une impressionnante panoplie de matériaux de construction, si bien que toutes les bâtisses, particulièrement celles érigées avant 1980, dans la province peuvent en contenir, y compris les ouvrages de génie civil.

Par exemple, il peut y avoir de l’amiante dans les flocages (isolants projetés), la bourre des fours, les canalisations, les chauffe-eau, les appareils frigorifiques, les panneaux d’isolation, les joints d’étanchéité de fours ou de chaudières, les portes et les cloisons coupe-feu, le plâtre, les crépis décoratifs et les composés à joints, les gaines de fils électriques, le ruban isolant, le stuc, les tuiles de faux plafond, les carreaux en vinyle, les conduits de ventilation, les colles à plancher, les matériaux d’insonorisation, les patins de freins d’ascenseurs, les enrobés bitumineux, les panneaux et les tuyaux en fibrociment, les calorifuges, les bardeaux et les cartons bitumés de toiture, les cloisons de panneaux électriques, etc.

Flocage au plafond 
Flocage au plafond

Tuyaux recouverts de calorifuge
Tuyaux recouverts de calorifuge

En fait, les seuls matériaux réputés ne pas en contenir sont le bois, le marbre, la pierre naturelle, le grès, le verre, les plastiques et les métaux, et certains autres matériaux fabriqués après le 1er janvier 1980. Cependant, certaines roches peuvent contenir de la silice cristalline, un autre agresseur pour le poumon.

Tous les travailleurs des milieux de la démolition, de la rénovation, de l’entretien des bâtiments, ainsi que les plombiers, les soudeurs, les tuyauteurs, les ferblantiers, les électriciens, les calorifugeurs, les frigoristes, les mécaniciens en protection des incendies, les poseurs d’appareils de chauffage, les manœuvres, les chaudronniers et les câbleurs sont aujourd’hui susceptibles d’être exposés à l’amiante. Le problème est donc sorti de la mine pour s’inviter un peu partout ; c’est pourquoi on entend aujourd’hui parler de présence d’amiante entre autres dans les écoles et les hôpitaux.

Si les milieux de la construction sont déjà bien encadrés par la règlementation pour travailler en sécurité en présence d’amiante (Code de sécurité dans les travaux de construction, ou CSTC), ce qu’on appelle les « établissements » ne l’étaient pas. « C’est surtout pour réglementer le secteur des établissements qu’on a écrit le nouveau règlement, explique Isabelle Lalonde, inspectrice de la CSST à la Direction régionale de Montréal-2. Le législateur s’attend clairement à ce que les employeurs repèrent la présence d’amiante et prennent les mesures nécessaires pour protéger leurs travailleurs. »

L’amiante encapsulé et prisonnier dans un matériau inerte ne pose aucun problème. Mais quand des matériaux qui en contiennent se dégradent, ou quand des ouvriers les coupent, les scient, les fendent ou les démolissent, des particules d’amiante se remettent en circulation dans l’air. Puisqu’on ne savait pas toujours qu’ils contenaient de l’amiante, on travaille encore sans protection.

« Nous avons réalisé qu’il y avait une lacune du côté des établissements, explique Normand Paulin. Notre parc industriel et immobilier a beaucoup été construit dans les années 70 et 80, à l’époque où il se produisait et s’utilisait beaucoup d’amiante dans la province. » Aujourd’hui, tour à tour, ces ouvrages subissent des rénovations. L’amiante peut se remettre en circulation.

Le temps était donc venu pour se mettre d’accord sur une nouvelle stratégie de lutte à l’amiante dans les milieux de travail autres que les mines.

Travaux du comité pour aboutir au nouveau règlement

Avant de jeter un mur par terre, il faut se demander s’il contient de l’amiante. Sur la photo, on mouille en profondeur un flocage avant de l’enlever.
Photo : CSST
Avant de jeter un mur par terre, il faut se demander s’il contient de l’amiante. Sur la photo, on mouille en profondeur un flocage avant de l’enlever.

C’est en l’an 2000 qu’ont commencé les premiers travaux pour aboutir à un règlement encadrant mieux l’amiante, avec des représentants des employeurs et des syndicats, de l’IRSST et du secteur minier. « En 2002, le gouvernement a pris position pour une utilisation sécuritaire et accrue de l’amiante chrysotile et a confié à la CSST l’aspect sécuritaire », précise Normand Paulin.

D’entrée de jeu, on ne s’entendait pas. Le reste du Canada avait décidé de caractériser, ce qui veut dire vérifier et recenser systématiquement la présence d’amiante dans tous les bâtiments existants. Un travail colossal entraînant des contraintes et des coûts importants sans résultat sur la prévention à la hauteur des efforts. Les employeurs du Québec ont dit non. Les travaux sont restés sur la glace environ trois ans.

Mais ils ont repris en 2010 pour aboutir avec l’entrée en vigueur, le 6 juin 2013, d’une nouvelle réglementation qui fait consensus. « Celle-ci stipule notamment qu’avant que soient entrepris des travaux susceptibles d’émettre de la poussière, il faut une vérification de la présence d’amiante dans les matériaux et les produits susceptibles d’en contenir. De plus, elle mentionne que les flocages, les calorifuges et les revêtements intérieurs doivent faire l’objet d’une correction lorsqu’ils sont en perte d’intégrité », résume Alain L’Épicier.

« C’est en respirant des fibres d’amiante dans l’air que des travailleurs sont tombés malades, ajoute Normand Paulin. En s’attaquant donc à ce processus-là, notre proposition réglementaire rejoint ce qui était recherché par la caractérisation systématique. Syndicats et employeurs ont accepté de nous suivre dans cette voie-là. Les employeurs ont compris que les coûts rattachés aux nouvelles dispositions réglementaires sont beaucoup moins importants qu’une caractérisation systématique. »

« Ce fut un dossier lourd, se rappelle Carmel Laflamme. Essayer de tout prévoir mur à mur et de tout contrôler en ciblant les lieux où se trouve l’amiante en analysant tous les matériaux et toutes les bâtisses, c’est trop difficile. Il a fallu tenir compte de la capacité des employeurs à se soumettre à un règlement d’une telle ampleur », précise-t-elle.

« Ce sur quoi on s’est entendu, c’était de protéger les travailleurs, poursuit-elle. Il faut donc que l’employeur détermine et sache où il y a de l’amiante et qu’en présence de ce matériau, il fournisse aux travailleurs les moyens de se protéger. » Puisque l’amiante encapsulée et prisonnière d’un matériau rigide ne pose pas de problème, il a été convenu que c’est lors de travaux qu’on s’en soucierait. « Avant de jeter un mur par terre, je dois me demander s’il contient de l’amiante, ajoute-t-elle. Ce qu’on voulait, c’était donc de circonscrire le problème et d’intervenir là où il risquait d’y avoir un problème. » En faisant analyser les matériaux à démolir, puis en protégeant adéquatement les travailleurs si ces matériaux contiennent de l’amiante, en plus d’adopter les méthodes sécuritaires de travail en présence d’amiante, les employeurs pensent pouvoir circonscrire le problème.

« Pour les syndicats, il était très important qu’on assainisse et qu’on atteigne des conditions de travail sécuritaires dans les autres secteurs, pas uniquement dans les mines, explique Andrée Bouchard, conseillère à la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et représentante de la partie syndicale au comité qui a travaillé sur la nouvelle réglementation. Un règlement tel que celui-là fait en sorte que les obligations sont claires pour tout le monde. »

« L’expérience m’a appris qu’on avance mieux avec un règlement, qui devient une obligation légale de mettre de l’ordre et de gérer d’une façon plus sérieuse, ajoute-t-elle. C’est un levier qui nous permet de discuter avec l’employeur parce que ses obligations sont claires et figurent dans un règlement qui précise concrètement ce qu’il y a à faire. »

Pour Mme Bouchard, « même si le nouveau règlement n’est pas parfait, il fallait commencer en quelque part. » Le fait que beaucoup de consultations expertes aient été entendues lors des discussions des dernières années en a rassuré plus d’un.

Les grandes lignes du nouveau règlement

Les travailleurs doivent être pourvus de tout l’équipement de protection nécessaire si les travaux sont susceptibles d’émettre de la poussière d’amiante.
Photo : Yves Beaulieu
Les travailleurs doivent être pourvus de tout l’équipement de protection nécessaire si les travaux sont susceptibles d’émettre de la poussière d’amiante.

Tout ce qu’il faut savoir sur les nouvelles dispositions réglementaires, qui modifient le Règlement sur la santé et la sécurité du travail (RSST) et le CSTC, se trouve dans le guide Gestion sécuritaire de l’amiante, prévenir l’exposition des travailleurs à l’amiante, produit par la CSST.

Les employeurs doivent désormais inspecter les bâtiments pour localiser les flocages dans les bâtisses construites avant le 15 février 1990 et les calorifuges dans celles construites avant le 20 mai 1999. À ce moment, ils doivent vérifier l’état de ces matériaux. Ils doivent ensuite consigner dans un registre le résultat de l’inspection (date, localisation, état du matériau). « Car le concierge âgé, qui sait qu’il y a de l’amiante dans tel matériau, doit pouvoir passer l’information au jeune de 22 ans qui le remplacera quand il partira à la retraite », illustre Isabelle Lalonde.

Mme Bouchard rappelle que « le registre doit notamment signaler la présence et le type d’amiante ou son absence dans les matériaux et les produits qui ont fait l’objet d’une vérification de la présence de cette substance. Il doit également spécifier la nature et la date des travaux effectués sur tout matériau ou produit contenant de l’amiante. Ce qui oblige l’employeur à élaborer ou à mettre à jour son registre aussitôt que de telles vérifications ou de tels travaux sont effectués. »

« Je crois que l’obligation de tenir un registre renforcera encore davantage la sensibilisation à l’amiante, indique Pedro Barcena, inspecteur de la CSST pour la Direction régionale de Montréal-1. Vu qu’il y a des coûts additionnels reliés à la présence d’amiante lors de travaux, chacun voudra voir ce registre avant d’entreprendre quoi que ce soit et avant même de louer un immeuble. »

Bien que tous les articles du règlement sont en vigueur, les milieux ont deux ans pour se conformer à cette obligation d’inspecter le bâtiment pour localiser les flocages et les calorifuges. « La vérification de l’état de conservation de ces matériaux sera ensuite à refaire tous les deux ans, puisqu’ils sont susceptibles de s’effriter avec le temps, les vibrations et les accidents, surtout que ça ne prend pas un gros impact pour les abîmer », rappelle Alain L’Épicier. En cas d’effritement, l’amiante se remet en suspension dans l’air. Les flocages et les calorifuges peuvent contenir un type d’amiante (amphibole) plus dangereux. S’ils détiennent la preuve que les flocages et les calorifuges ne contiennent pas d’amiante, les employeurs peuvent sauter la vérification de leur état tous les deux ans. L’employeur doit mettre ce registre à la disposition des travailleurs et de leurs représentants.

La situation doit être corrigée si un flocage, un calorifuge ou un revêtement intérieur contenant de l’amiante est en perte d’intégrité, en respectant le CSTC. Avant d’entreprendre tout travail pouvant émettre des poussières, les employeurs doivent vérifier la présence d’amiante dans les matériaux et les produits susceptibles d’en contenir, par exemple en faisant analyser des échantillons de ces matériaux. Et comme toujours, ils doivent sécuriser la zone des travaux et pourvoir les travailleurs de tout équipement de protection nécessaire si les travaux sont susceptibles d’émettre de la poussière d’amiante (voir l’encadré).

Par ailleurs, les employeurs ont l’obligation d’informer et de former les travailleurs qui manipuleront des matériaux et des produits contenant de l’amiante sur les risques, les méthodes de prévention et les méthodes de travail sécuritaires. Et pas n’importe comment. Sur les chantiers de construction, le programme de formation minimal doit correspondre à ce qu’exige l’article 3.23.7 du CSTC : effets de l’amiante sur la santé, normes applicables, échantillonnages à effectuer, droits et obligations de l’employeur et des travailleurs, moyens de protection individuelle et collective, tâches, outils, méthodes de travail sécuritaires, contrôle et prévention. De plus, toute personne qui planifie ou qui va effectuer un travail susceptible d’émettre de la poussière d’amiante doit en informer tous les travailleurs susceptibles d’être exposés à celle-ci de façon indirecte.

Les inspecteurs continueront d’avoir l’amiante à l’œil et d’intervenir. « Et puisqu’ils ont été sensibilisés par une formation de base, ils seront encore plus vigilants pour détecter les matériaux abîmés susceptibles de contenir de l’amiante », ajoute Isabelle Lalonde, qui se réjouit de cette gestion préventive et sécuritaire de l’amiante. Selon elle, le règlement simplifie et uniformise le travail de l’inspecteur et facilite la compréhension des employeurs parce que les attentes sont claires. « On veut maintenant que les employeurs soient proactifs, ajoute l’inspectrice. Ce qui veut dire que l’exercice d’identification ait déjà été fait avant même que l’inspecteur soit sur les lieux. »

Depuis la fin de l’été 2012, tous les inspecteurs du Québec ont reçu une formation de base sur l’amiante. Chaque direction régionale possède un répondant sur l’amiante, qui a été formé plus en profondeur et est chargé de transmettre à son tour les connaissances essentielles aux inspecteurs de sa région.

Des fibres de chrysotile observées sur un microscope en lumière polarisée.
Photo : IRSST
Des fibres de chrysotile observées sur un microscope en lumière polarisée.

Isabelle Lalonde rappelle que si l’établissement fait partie d’un groupe prioritaire ayant l’obligation d’avoir un programme de prévention, l’amiante devra y être intégré. « Si l’inspecteur découvre qu’il peut y avoir de la poussière d’amiante dans l’air et que les méthodes de travail ne correspondent pas à ce qu’il y a de prévu dans le CSTC, il peut interdire les travaux et l’accès au lieu. »

« Actuellement, nous n’avons pas de blitz prévu pour le respect de la nouvelle réglementation, ajoute Alain L’Épicier. Ce sera fait au cours des interventions normales. Mais il est clair que l’inspecteur sera plus à l’affût des travaux susceptibles de remettre de l’amiante en suspension. »

L'analyse

L’une des exigences de la nouvelle réglementation consiste à vérifier la présence d’amiante dans tout matériau susceptible d’en contenir qu’on s’apprête à démolir, à fendre, à couper, à scier, bref à modifier, et ce, par exemple par une analyse sur un ou plusieurs échantillons.

L’analyse des échantillons ne peut être faite n’importe comment ni par n’importe qui. Le laboratoire doit utiliser la méthode IRSST 244-3, soit par microscopie à lumière polarisée (MLP), ou une méthode jugée équivalente ou supérieure. Pour les tuiles à plancher, par exemple, le microscope électronique à transmission permet de voir et d’identifier des fibres qui sont au-delà de la limite de la MLP.

Le laboratoire doit participer à un programme de contrôle de qualité interlaboratoire pour prouver qu’il a les compétences scientifiques et techniques suffisantes, en plus de démontrer qu’il maintient ses compétences dans le temps. « L’analyse repose en grande partie sur le jugement professionnel et technique d’un analyste, donc d’un être humain, précise Martin Beauparlant, chimiste et hygiéniste industriel certifié (ROH, CIH) de l’IRSST. Cet analyste qui porte un jugement doit maintenir et développer ses compétences. »

QUAND ON TRAVAILLE AVEC DE L’AMIANTE, IL FAUT SE PROTÉGER.

La présence d’amiante en concentration égale ou supérieure à 0,1 % dans un matériau qu’on s’apprête à dégrader ou à désagréger oblige à prendre des mesures de protection adéquates, définies dans le CSTC. La méthode de travail doit limiter la propagation de fibres d’amiante dans l’air. On peut par exemple mouiller les matériaux en profondeur, utiliser des outils munis de systèmes d’aspiration à la source avec filtres haute performance, se munir d’une protection respiratoire adéquate et utiliser des vêtements de protection de façon à laisser les vêtements de ville exempts de poussière.
 
« Ça peut même aller jusqu’à l’utilisation de deux vestiaires, explique Alain L’Épicier : un pour les vêtements de ville, un autre pour les vêtements de travail, les deux séparés par une douche. C’est ce qu’on utilise dans les chantiers de construction dits "à risque élevé". En sortant de l’aire de travail contaminée, le travailleur doit enlever ses vêtements de travail et prendre une douche avant de remettre ses vêtements de ville, dans l’autre vestiaire. »
 
« Même si les milieux de travail avancent dans la bonne direction, les inspecteurs trouvent encore des non-conformités à la réglementation », ajoute Alain L’Épicier.
 
Mais la situation ne peut que s’améliorer avec tous les efforts actuellement déployés.
Schéma d’un vestiaire double contigu à une zone de travail contaminée : le travailleur enlève ses vêtements de travail dans un p 
Schéma d’un vestiaire double contigu à une zone de travail contaminée : le travailleur enlève ses vêtements de travail dans un premier vestiaire, prend ensuite une douche et remet ses vêtements de ville dans un second vestiaire.
 


Les fibres sont sélectionnées et montées dans des liquides d’indices de réfraction, ensuite identifiées selon leur morphologie et leurs propriétés optiques. L’œil du technicien pour les identifier est comparable à celui d’un microbiologiste pour reconnaître virus et bactéries. Son jugement est crucial.

Pour s’assurer de la qualité de l’analyse, le gestionnaire indépendant du programme de qualité interlaboratoires envoie des échantillons à l’aveugle. Si on lui rapporte le bon type d’amiante à la bonne concentration, le laboratoire se voit remettre un certificat qui reconnaît ses compétences. « À l’IRSST, nous nous engageons à suivre les résultats des certificats émis aux laboratoires et à afficher sur notre site Internet (http://www.irsst.qc.ca/intro-amiante-cq-vrac.html Site
externe) les laboratoires ayant les compétences requises pour effectuer cette analyse », précise Martin Beauparlant.

On peut aller encore plus loin et faire analyser l’échantillon par un laboratoire accrédité ISO-17025, « ce qui assure un haut degré de performance et de compétence professionnelle et des procédures d’assurance qualité, d’enregistrement et de déclaration des résultats », ajoute Martin Beauparlant.

Dès que la concentration en amiante dans un matériau est d’au moins 0,1 %, il faut prendre les mesures de sécurité appropriées figurant dans le CSTC.

Il n’y a pas des laboratoires dans toutes les régions du Québec, mais la province ne part pas de zéro. « L’expertise technique est déjà présente au Québec et le service d’analyse, offert depuis plusieurs années », précise Martin Beauparlant. Les échantillons voyagent normalement par courrier. Puisqu’il faut prévoir un certain délai (par exemple, à l’automne 2012, cinq à huit jours étaient nécessaires pour un important laboratoire) avant la réception du rapport, cette étape doit désormais figurer dans la planification des travaux. La Société immobilière du Québec (SIQ), qui fait analyser les matériaux des immeubles sous sa gouverne depuis longtemps, indique que le résultat arrive par exemple en une semaine pour les échantillons d’une petite pièce, et après quelques mois pour les échantillons de toute une aile d’un centre de détention. On peut prévoir que la demande d’analyses prendra de l’ampleur avec l’application du nouveau règlement.

Un cas concret : la Société immobilière du Québec

La SIQ gère un parc d’environ 375 immeubles : les palais de justice, les postes de la Sûreté du Québec, les établissements de détention, des espaces à bureau, des laboratoires, etc.

Avec l’amiante, la SIQ n’a pas lésiné. Dans les années 90, elle a caractérisé tous les matériaux des immeubles construits avant 1985. « Il a fallu deux années pour en faire le tour et tous les matériaux pouvant contenir de l’amiante ont été consignés dans un registre », explique Isabelle Verret, porte-parole pour la SIQ.

La SIQ a ensuite élaboré des plans de gestion préventifs de l’amiante et l’information a été communiquée à tous les locataires des immeubles. L’an dernier, à l’automne 2012, informée de l’apparition du nouveau règlement de la CSST, la SIQ a commencé à caractériser les flocages et les calorifuges des immeubles construits entre 1985 et 1999, soit d’une trentaine de bâtisses, puis à mettre ses registres à jour.

« Avant d’entreprendre des travaux, nous avons toujours fait analyser les matériaux susceptibles de contenir de l’amiante, parce qu’il peut y en avoir presque partout. Nous procédons ainsi pour assurer la sécurité de tous les intervenants », ajoute Martin Roy, de la Direction des communications de la SIQ.

La SIQ avait deux options : effectuer tous les travaux en condition d’amiante, ce qui représentait des coûts substantiels, ou caractériser avant les travaux, pour enlever la présomption de présence d’amiante. « Pour réduire les coûts, nous avons opté pour la caractérisation préalable aux travaux », précise Isabelle Verret. En présence d’amiante, la SIQ initiait une phase du projet de rénovation uniquement en mode désamiantage. « De cette façon, on diminue énormément les risques d’exposition de tous les travailleurs, car seul le spécialiste en désamiantage se trouve sur les lieux avec son équipement de protection. »

Avec l’entrée en vigueur du nouveau règlement, la SIQ s’affaire à transmettre à ses locataires, soit ministères et organismes, les registres qu’ils ont désormais la responsabilité de tenir à jour.

Le palais de justice de Montmagny fait l’objet d’un important projet d’agrandissement et de rénovation. Avant d’entreprendre les travaux, la SIQ a réalisé un désamiantage complet de l’édifice.
Photo : Société immobilière du Québec
Le palais de justice de Montmagny fait l’objet d’un important projet d’agrandissement et de rénovation. Avant d’entreprendre les travaux, la SIQ a réalisé un désamiantage complet de l’édifice.

Même s’il n’y a aucune obligation légale de caractériser globalement un parc d’immeubles, il peut y avoir un avantage économique à le faire. « Un employeur qui veut gérer de façon efficace a intérêt à le faire, croit Andrée Bouchard, sinon il aura l’obligation de recommencer les analyses chaque fois qu’il entreprendra un travail, et ça peut devenir fastidieux. » Elle cite la Ville de Gatineau qui, en collaboration avec le syndicat, a également décidé de repérer tous les matériaux contenant de l’amiante afin de mieux gérer le risque pour ses travailleurs.

Communiquer, le nœud de la guerre !

Tout le monde est réputé avoir entendu parler d’amiante au Québec, mais tous ne connaissent pas l’existence d’une nouvelle réglementation pour mieux circonscrire les risques pour la santé de ce produit très répandu. Tous ne savent pas non plus que quantité de matériaux de construction en contiennent ; c’est pourquoi la CSST a consacré une portion de son site Internet à l’amiante [http://www.csst.qc.ca/amiante]. Le lecteur y trouve entre autres la nouvelle réglementation, une foire aux questions et le Guide explicatif sur les nouvelles dispositions réglementaires sur la gestion sécuritaire de l’amiante, un outil mis à la disposition des employeurs pour les aider à mieux comprendre la réglementation. Y est aussi incorporé un exemple de ce que pourrait être un registre conforme, pour aider les employeurs à bâtir le leur. Il est actuellement prévu que les employeurs reçoivent aussi un dépliant les informant de leurs nouvelles responsabilités et obligations concernant la gestion sécuritaire de l’amiante.

Un autre document intitulé Amiante, on se protège ! a été mis à jour et est intégré à la section « Amiante ». Cet outil contient l’essentiel de ce que les travailleurs et les employeurs doivent savoir sur les dangers que comporte l’exposition à l’amiante et sur les mesures de prévention. « La section de l’amiante est évolutive, explique Christine Bureau, conseillère en communication à la CSST. On y ajoutera au fur et à mesure d’autres outils afin qu’elle devienne une référence regroupant tout ce qui concerne l’amiante et la nouvelle réglementation. »

La CSST compte également sur les associations sectorielles paritaires pour relayer l’information auprès de leurs membres.