GRANDS PRIX SST – Sur la route de la prévention

Photo : Jacynthe St-Amour, ministère des Transports du Québec
Photo : Jacynthe St-Amour, ministère des Transports du Québec

Partout au Québec, dans des usines, des magasins, des bureaux, des hôpitaux, des écoles, des ateliers en tous genres et d’autres milieux de travail, des travailleurs et leur employeur pensent et parlent prévention. Mieux encore, ils passent de la parole aux actes. Certains trouvent des solutions à des situations ayant déjà causé des problèmes. D’autres, de plus en plus nombreux, anticipent les dangers potentiels et s’ingénient à les éviter, donnant ainsi tout son sens au mot « prévention ». Le message fait son chemin.

Représentants exemplaires du changement de culture qui s’opère en santé et en sécurité du travail, les lauréats dont il est question ici remportent des palmes. Les accomplissements de tant d’autres établissements québécois seraient également dignes de mention. Tous méritent encouragements, applaudissements et, surtout, émulation, car il suffirait souvent de peu pour adapter nombre de leurs innovations à d’autres situations. De telles réussites démontrent éloquemment que prévention n’est pas nécessairement synonyme d’action d’éclat.

CATÉGORIE PETITES ET MOYENNES ENTREPRISES

Lauréat Or : Cartier Énergie Éolienne

ÉCONOMIE D’ENERGIE

Photo : Cartier Énergie Éolienne
Photo : Cartier Énergie Éolienne

Ils sont jeunes et dynamiques, occupent des emplois verts en produisant de l’énergie propre dans le panorama du fleuve, à Baie-des-Sables, dans le Bas-Saint-Laurent, où se dressent, comme des moulins à vent fusiformes, certaines des 393 structures de Cartier Énergie Éolienne. Tout va pour le mieux, donc. Eh non, justement ! Les techniciens qui entretiennent les pales des pylônes des cinq parcs éoliens de l’entreprise devaient s’échiner avant même d’entreprendre leur tâche : extirper d’un véhicule les quatre câbles d’acier de 30 kg chacun requis pour soutenir la plateforme sur laquelle ils s’installeraient, les transporter un à un dans l’éolienne, les déposer dans des sacs de levage, puis les hisser sur 80 mètres au moyen d’un treuil, pour finalement installer la plateforme. Quelle manœuvre à obstacles ! Car le treuil n’atteignant pas le sommet de la structure, ils devaient à nouveau soulever les câbles pour les placer dans la nacelle qui les y mènerait. La fin de la réparation des pales n’indiquait toutefois pas la fin de leur peine, comme l’explique le directeur des opérations, Guillaume Huet : « […] il fallait [ensuite] retirer ces quatre câbles, les rattacher [à] une corde et les laisser tomber doucement. Le travailleur dans l’éolienne devait user de la force de ses bras pour retenir la descente […] » Même chez du personnel vigoureux, dos, épaules, bras et mains pouvaient écoper.

Photo : CSST
Photo : CSST

« On a l’occasion […] d’avoir une équipe de travailleurs […] relativement jeunes, relate Luc Leblanc, directeur des affaires publiques. Dans 20 ans, on veut les garder […] » « Même si on respectait les standards, […] on voyait la possibilité de faire mieux », commente Guillaume Huet. La PME souhaite en effet être proactive pour prévenir d’éventuelles lésions, c’est pourquoi Jonathan Cloutier, technicien en transformation de matériaux composites, a conçu un treuil portatif permettant de soulever les câbles sans que quiconque s’éreinte. Un baril situé à l’extérieur du pylône sert à les y enrouler, alors qu’une perceuse électrique, détournée de son usage normal, actionne la mécanique. Un travailleur installe le treuil dans la nacelle, qui hisse les câbles au haut de l’éolienne. Grâce à ce monte-charge inédit, l’opération se fait en moitié moins de temps et sans effort humain. « On n’a pas seulement amélioré l’aspect sécurité, remarque Guillaume Huet, on a également amélioré l’efficacité. Santé et sécurité riment avec efficacité. Quand c’est sécuritaire, quand les gens ont les bons outils, les bons équipements, la bonne formation et les bonnes procédures, […] ça fonctionne bien, c’est rapide et efficace », conclut-il. Bravo à cette équipe qui a senti venir le vent !

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Lauréat Argent : Royal Nickel Corporation

SOLUTION DE POIDS

Le manche de la foreuse a été modifié.
Photo : Patrick Bourdages, CSST
Le manche de la foreuse a été modifié.

En Abitibi-Témiscamingue, à proximité d’Amos, Royal Nickel Corporation prospecte la croûte terrestre à la recherche de dépôts nickélifères. Dans un décor sauvage soumis au froid, au soleil et au vent, les foreurs de la PME regroupant quatorze personnes s’efforçaient de percer le mort-terrain, la dure couche sédimentaire qui recouvre le minerai convoité. C’est là une activité naturelle pour ces travailleurs aguerris, sauf que leurs mains s’engourdissaient sous l’effet des vibrations de la foreuse métasonique, rapporte André Morin, assistant technique en exploration. Pour qu’elle excave le sol à une vitesse satisfaisante jusqu’à atteindre le gisement de nickel, ils « étaient obligés de peser dessus », constate le géologue sénior Robert Cloutier, avec comme conséquence possible la maladie de Raynaud ou le syndrome du canal carpien. Jugeant la situation inacceptable, les membres de l’équipe de santé et de sécurité de l’entreprise ont envisagé plusieurs moyens, mais avant d’intervenir, ils ont voulu filmer les foreurs en action. « On a fait une analyse de sécurité […] pour séquencer chaque étape de la tâche, avec les idées qui avaient été soulevées », raconte Maude Gagnon, responsable en santé, sécurité et ressources humaines, pour éliminer le problème de vibration à la source. Le constat ? « Il fallait repenser la méthode de travail, explique Robert Cloutier, […] inventer un nouveau système […] » Après l’essai infructueux d’une suggestion du fabricant de la foreuse, c’est une trouvaille des travailleurs qui a retenu l’intérêt : modifier le manche de la machine de façon à y ajouter un simple plateau supportant des pesées dont le poids pourrait varier selon le type de sol à creuser. « On est très fiers de cette innovation, confie Maude Gagnon, parce que c’est une démarche qui découle […] des travailleurs. » « La culture de la santé et la sécurité, c’est à la base de tout notre travail », témoigne Robert Cloutier. Comme quoi prendre du poids peut parfois avoir du bon.

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Lauréat Bronze : Bois d’ingénierie Abitibi-LP inc.

INGENIOSITE A L’ŒUVRE

Daniel Simard et des collègues ont inventé un système de déplacement et de retenue automatique.
Photo : Bois d’ingénierie Abitibi-LP inc.
Daniel Simard et des collègues ont inventé un système de déplacement et de retenue automatique.

Dès l’entrée dans l’usine, où s’activent 55 employés, le vacarme des machines, l’entrechoquement des planches et l’odeur pénétrante du bran de scie éveillent les sens. Ici, à Larouche, à la limite du Saguenay, Abitibi-LP produit et transforme du bois d’œuvre en poutres de plancher. Pour s’assurer de la qualité du produit, les travailleurs testent la résistance de chacune des solives à l’aide d’une étireuse. Ils devaient auparavant forcer pour distendre une lourde pince servant à ajuster le bois à la longueur voulue. « […] Ça prenait une manivelle qu’il fallait tourner avec une rallonge, puis il fallait ensuite la barrer avec deux autres branches qu’on insérait dans les trous, rappelle la chef d’équipe Annie Girard. […] C’était beaucoup de forçage pour la déplacer. » Et cela représentait bien sûr beaucoup de risques de douleurs musculosquelettiques. Après une série d’essais et d’erreurs, le mécanicien Daniel Simard et des collègues se sont inspirés du principe de la corde à linge pour inventer un système de déplacement et de retenue automatique. Une simple pression sur un bouton actionne le mouvement d’une pince de levage, qui retient la solive et l’empêche de se coincer pendant qu’une courroie motorisée la déplace sur son parcours d’étirage. En prime, des jets d’air latéraux nettoient la surface de roulement, évitant ainsi l’accumulation de débris que les travailleurs devaient jusqu’alors enlever fréquemment. « […] Moins d’efforts et beaucoup plus de précision, […] ça a simplifié notre travail, c’est incroyable ! », s’exclame Annie Girard. Pour sa part, Pierre Tremblay, superviseur d’entretien et d’opération, lève son chapeau à l’équipe : « Je suis fier du travail qui s’est fait et de l’apport de tous […] pour nous permettre d’améliorer la santé et la sécurité dans nos usines ». Encore mieux qu’étirer avantageusement les planches, le nouveau système permet aux travailleurs de faire leur boulot sans être tenaillés de douleur.

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CATÉGORIE GRANDES ENTREPRISES

Lauréat Or : Héroux-Devtek

TOUR DE PREVENTION

Heroux-Devtek
Photo : Bouchaid Joulid, CSST
Un tour conventionnel a été modifié en enlevant le mandrin, en créant une pointe comportant un ressort recouvert d’une boîte qui […] permet d’en empêcher l’accès. Les techniciens ont aussi modifié la garde protectrice et installé des déflecteurs adaptables à la forme des pièces.

Dans l’aire aseptisée de l’usine lavalloise d’Héroux-Devtek, tout est lisse, rutilant et propre. Ici, précision, qualité et constance sont les mots d’ordre. Noblesse oblige, puisqu’on y fabrique des systèmes de trains d’atterrissage et des actionneurs de commandes de vol destinés à être vendus un peu partout dans le monde. Certains des 165 employés de l’entreprise aéronautique doivent polir, limer et ébavurer des pièces qui entrent dans la composition de ces produits ultra-perfectionnés. Dans ce milieu où les technologies de pointe dominent, ils utilisaient pourtant des tours conventionnels pour accomplir ces tâches. Non seulement cette façon de procéder les exposait-elle à des risques d’enroulement et d’entraînement par le mandrin, ou encore d’être heurtés ou blessés par des pièces en rotation, mais elle venait en plus d’être interdite. « Il fallait absolument trouver une solution efficace et rapide pour continuer notre production », raconte le superviseur de maintenance Marc Giroux.

La direction donna alors aux employés concernés le mandat d’explorer les moyens d’éliminer les dangers que présentaient les travaux de polissage. « Tout le monde avait son mot à dire, tout le monde soumettait de bonnes idées », témoigne le directeur des ressources humaines André Bisson. Une recherche de ce que le marché pouvait proposer ne révélant rien de concluant, l’équipe décida d’inventer sa propre solution. « On a modifié un tour conventionnel en enlevant le mandrin, en créant une pointe comportant un ressort recouvert d’une boîte qui […] permet d’en empêcher l’accès », rappelle le machiniste Guillaume Brière. Les techniciens ont aussi modifié la garde protectrice et installé des déflecteurs adaptables à la forme des pièces. Aujourd’hui, les travailleurs insèrent l’objet à polir entre les pointes, dont le ressort assure une friction minimale, limitant ainsi l’énergie motrice et éliminant les risques. À la moindre résistance, la rotation cesse. « Maintenant, avec les modifications et la nouvelle façon de faire, ce travail est très sécuritaire », note le machiniste Stephen Marchand. Saluant ce coup de maître, le superviseur de maintenance Marc Giroux partage cet avis : « Il est maintenant possible de faire du polissage de façon sécuritaire en tout temps grâce à notre innovation. »

André Brisson en rajoute, exprimant la fierté et le « sentiment extraordinaire » qui anime le groupe : « Je pense que de voir la créativité de nos employés et notre participation aux Grands Prix santé et sécurité du travail, ça ne peut qu’être bénéfique pour nos gens. » Son équipe peut aussi se féliciter d’avoir réussi un beau tour de passe-passe.

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Lauréat Argent : Alcoa – Aluminerie de Deschambault S.E.C.

CREUSET D’INNOVATION

Alcoa
Photo : Alcoa
Toute la procédure se fait automatiquement, sans l’aide de la personne au sol.

Le parc industriel de l’aluminerie Alcoa à Deschambault réunit trois usines où s’activent quelque 500 travailleurs, qui produisent annuellement environ 263 000 tonnes métriques d’aluminium. Le changement des anodes des cuves où bouillonne le métal en fusion à quelque 960 degrés Celsius s’y effectue en continu, soit près de 150 000 fois par année. Les travailleurs utilisaient une jauge et une craie placées sur la tige de ces électrodes pour les aligner sur les points inscrits sur les parois des chaudrons brûlants. Or, ce procédé comportait une foule de risques, que décrit le directeur technique Jean-Pierre Gagné : « L’opérateur devait être vraiment proche de la cuve, c’est très chaud et la moindre éclaboussure pouvait le brûler. » À cela s’ajoutaient des vapeurs de gaz nocifs. « L’opérateur devait monter dans la jauge et subir ces émanations », précise l’aide technique Dany Gauthier. De plus, le fait qu’un travailleur circulait sur un pont roulant au-dessus des cuves pendant que son collègue au sol remplaçait les anodes exposait ce dernier à la chute d’objets. Superviseurs, techniciens, opérateurs et ingénieurs ont ensemble testé plusieurs façons de régler ce problème majeur, pour finalement révolutionner complètement la méthode : trois lasers servent maintenant à prendre toutes les mesures, alors que des cellules de charge gèrent les bris, en plus d’assurer le positionnement des anodes avec une rigueur toute mathématique. L’opérateur qui se trouve sur le pont roulant dispose maintenant d’une interface lui permettant d’observer son processus de jaugeage, rapporte Jean-Pierre Gagné. Toute la procédure se fait automatiquement, sans l’aide de la personne au sol. » Le directeur général, Sylvain Poissant, se réjouit de cette innovation, d’autant plus qu’elle est « copiable-collable facilement […] dans d’autres alumineries. Ça nous motive à trouver d’autres solutions, parce qu’il y a toujours des problèmes à régler dans une usine, et ce n’est que le commencement ». D’autres alliages de sécurité en vue, donc ?

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Lauréat Bronze : Produits forestiers Résolu – scierie Mistassini

CLE DE SURETE

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Photo : Produits forestiers Résolu - scierie Mistassini
Un système qui actionne un verrou, déploie une pancarte autorisant les piétons à passer, enclenche le dispositif de retenue et bloque l’accès à la commande murale.

La nature même des activités d’une scierie comporte bien des dangers pour les personnes qui y évoluent. Parmi ceux qui guettaient les 130 travailleurs de Produits forestiers Résolu, à Mistassini, le risque d’être écrasé lors de la chute inopinée d’une des portes à guillotine des divers bâtiments de la cour à bois existait bel et bien. Pour sécuriser les lieux, « on a mis des avis d’interdiction de passer sous les portes de tous les garages où les gens pouvaient circuler », rappelle le surintendant Pierre Morin. Le hic, c’est que ces personnes n’avaient aucun autre moyen d’y transporter des matériaux ou de l’équipement trop volumineux pour franchir les portes de dimensions standards. L’entreprise cherchait donc comment éviter des accidents aux conséquences potentiellement graves, mais aucun mécanisme commercial ne convenait, compte tenu du prix à payer pour le nombre de portes à sécuriser. Prenant les choses en main, le mécanicien Martin Brassard a trouvé la clé de l’affaire. « Il fallait que ce ne soit pas compliqué, dit-il, que cela se fasse en un seul mouvement […] » Après quelques essais, il a mis au point un système qui actionne simultanément un verrou, déploie une pancarte autorisant les piétons à passer sous la porte, enclenche le dispositif de retenue de celle-ci et bloque l’accès à la commande murale située à l’intérieur. Pour ne négliger aucune possibilité d’ingérence fortuite, il a poussé l’astuce jusqu’à programmer le mécanisme pour qu’il désactive la télécommande des conducteurs de véhicules tant que le verrou est en place. Le mécanicien-soudeur Gaétan Laprise remarque que « toutes les entreprises […] munies de portes de garage et de grandes surfaces, n’importe où », pourraient s’en inspirer. Confiant que ses travailleurs sont maintenant mieux protégés, le surintendant Pierre Morin ressent une fierté renforcée du fait que cette invention soit facilement exportable. Car à la scierie, le danger que représentaient les portes de garage a été mis sous les verrous.

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CATÉGORIE ORGANISMES PUBLICS

Lauréat Or : Cégep de Saint-Laurent

PLANCHE DE SALUT

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Photos : CSST
La garde maintient le panneau en place à l’aide de quatre ressorts et la section exposée de la lame varie selon l’épaisseur du matériel.

Plus de 3 500 élèves fréquentent le campus du Cégep de Saint-Laurent, à Montréal, où certains étudient les arts plastiques. Cette discipline faisant appel à une diversité de matériaux dont ils tirent des œuvres, il leur arrive de se servir d’une scie à panneau verticale pour réaliser une pièce. Or, cet outil de coupe présentait des risques graves : reposant sur un chariot qui se déplace de haut en bas, il laissait une de ses sections accessible pendant le sciage. Pis encore, dans une zone longue de trois pouces, les matériaux plus minces avaient tendance à se déplacer pendant la coupe. Ils pouvaient donc être projetés sur l’opérateur ou sur une autre personne se trouvant à proximité. Il était par conséquent crucial de sécuriser la scie à panneau avant que quelqu’un y perde un doigt ou une main, d’autant plus que le cégep s’était doté d’un plan global de sécurisation de ses machines.

Entrent alors en scène deux enseignants de technique en génie mécanique, Charles Mercier et Laurent Sicard, que le collège a mandatés pour trouver une solution. Le marché n’offrant rien qui convenait au besoin, ils ont produit un modèle de protection de leur cru. « La garde qu’on a conçue maintient le panneau en place à l’aide de quatre ressorts, démontre Laurent Sicard, et la section exposée de la lame varie selon l’épaisseur du matériel. » Il reste donc en tout temps en contact soit avec le matériau, soit avec le bâti de la machine. Trait de scie, trait de génie ! Car le nouveau système offre une plus-value à l’atelier des arts plastiques : il évacue mieux la poussière et s’avère davantage polyvalent que l’ancien, porteur de dangers. Autre avantage : toutes ses pièces ont été entièrement fabriquées par des élèves. Selon Nicholas Dugal, gestionnaire en ressources humaines, cette expérience comporte une valeur pédagogique, puisque le collège « veut inculquer des habitudes de travail sécuritaires » à ses travailleurs et cégépiens.

« On est très fiers de cette garde […] parce que maintenant, nos élèves peuvent travailler en toute sécurité et qu’on a complètement éliminé les risques d’amputation », assure Charles Mercier. Le fait que d’autres établissements scolaires aient adopté cette innovation ajoute au contentement. Nicholas Dugal conclut que « les Grands Prix santé et sécurité du travail, c’est super intéressant, parce qu’on peut faire participer nos élèves… et nos salariés […] Ça a aussi une valeur en termes de mobilisation et d’engagement. » Et parce que les artistes en apprentissage peuvent dorénavant laisser libre cours à leur créativité sans craindre de se mutiler.

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Lauréat Argent et Coup de cœur du public : Ministère des Transports – Centre de services de Cacouna

PLATEFORME SECURISANTE

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Photo : CSST : Jacynthe St-Amour, ministère des Transports du Québec
Les travailleurs ont adapté un système hydraulique automatisé à la plateforme de la remorque.

Dans le décor bucolique du Bas-Saint-Laurent, l’équipe du Centre de services de Cacouna entretient près de 500 kilomètres de routes, dont elle doit circonscrire les zones devant faire l’objet de travaux. « Les balises, c’est pour […] limiter notre chantier […] et l’endroit où les véhicules peuvent passer, […] c’est vraiment pour nous sécuriser », commente la chef d’équipe Yvonnise April. Cette opération exigeait cependant que deux travailleurs avancent au côté de la remorque transportant les pesées et les balises, les tirent de là manuellement une à une et les déposent sur la voie. Chaque balise pesant 16 kg et le chantier pouvant s’étendre sur des kilomètres, cette besogne s’avérait tout aussi harassante que dangereuse. « Forçage pour sortir la pesée et la mettre à terre, torsion, pliage, témoigne l’ouvrier Stéphane Lefebvre, […] il y avait beaucoup d’éléments à risque de blessure. » Le passage de véhicules pouvait aussi mettre des vies en péril. Pour simplifier et sécuriser cette tâche, les travailleurs ont adapté un système hydraulique automatisé à la plateforme de la remorque. Deux d’entre eux y prennent place derrière un garde-corps et s’attachent à des ancrages qui leur évitent de tomber. Ils recueillent aisément les pesées et les balises placées sur un convoyeur muni d’un plateau mobile qui les pose sur la chaussée, et répètent la manœuvre à l’inverse pour les récupérer. Un clignotant monté sur un panneau extensible à l’arrière délimite la largeur de la plateforme et un mât empêche les travailleurs de se coincer les doigts dans la mécanique. L’équipe de Cacouna ne craint donc plus pour sa sécurité lorsqu’elle procède à du balisage et s’en trouve bien soulagée. La plateforme tractée est « devenue un outil indispensable », reconnaît Stéphane Lefebvre. Selon Yvonnise April, « appeler ça une merveille, c’est peut-être un bien grand mot, mais […] ça a éliminé beaucoup de risques d’accident et rendu le travail beaucoup plus facile pour tout le monde. »

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Lauréat Bronze : Ville de Trois-Rivières

TIROIR DE SURETE

Ville-Trois-Rivieres
Photo : CSST
Tous les batardeaux sont réunis à l’intérieur d’une sorte de tiroir surdimensionné, activé par un treuil électrique.

Alimenter une population de 132 000 personnes en eau potable, c’est la fonction de l’usine de filtration de Trois-Rivières, qui en distribue quelque 175 000 mètres cubes quotidiennement. Pour assurer la qualité de l’eau, les bassins par où elle passe doivent être entretenus régulièrement. Les travailleurs y installaient donc des panneaux d’acier pesant 11 kg chacun, appelés « batardeaux », pour stopper l’écoulement le temps de faire ce nettoyage, une tâche à la fois ardue et risquée. En plus de devoir supporter le poids des batardeaux, qui les obligeait à travailler en tandem et à forcer tout en se penchant pour les disposer, ils s’exposaient à se coincer les doigts en les manipulant, ou à basculer dans un des réservoirs. Ils risquaient aussi de dégringoler de l’escabeau où l’un d’eux devait parfois grimper pour installer un treuil. Au cours de la démarche d’amélioration continue de trois travailleurs, l’idée surgit de faire appel à l’ingéniosité du soudeur Ronald Houle, qui reconnaît d’emblée fabriquer « un peu toutes sortes de choses ». Ce bricoleur eut l’idée de réunir tous les batardeaux à l’intérieur d’une sorte de tiroir surdimensionné, activé par un treuil électrique. Des pentures permettent de déplacer le système pour le situer directement au-dessus des bassins. « Un seul employé peut le faire sans forcer, c’est comme une porte qui fait juste virer », note-t-il. « […] La sécurité est maintenant à 150 % », renchérit son collègue, l’opérateur Stéphane Ruault. Il n’y a plus « aucun risque d’échappement, aucun risque de blessure », affirme le contremaître Laurent Brousseau. Celui-ci estime que toute municipalité ou industrie qui entretient des canaux peut facilement adapter cette façon de procéder à ses propres besoins. Quant à Ronald Houle, il s’avoue fier de son innovation, comme de ses précédentes, et ajoute que « quand on a les compliments qui viennent avec, c’est fantastique ! ». Depuis l’implantation de cette digue de retenue motorisée, le nettoyage des bassins coule tout en douceur à l’usine de filtration de Trois-Rivières.

 

CATÉGORIE LEADER EN SST

Lauréate : Mélanie Lazure
Conseillère en santé et sécurité du travail, VILLE DE MONTREAL, ARRONDISSEMENT VILLERAY–SAINT-MICHEL–PARC-EXTENSION

L’EFFET MELANIE

Colorée, dynamique et pragmatique. Authentique, transparente et directe. Efficace, convaincue et convaincante. Passionnée de prévention. Les gens qui côtoient au quotidien Mélanie Lazure, conseillère en santé et sécurité du travail (SST) à l’arrondissement Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension de la Ville de Montréal ne tarissent pas d’éloges à son égard. C’est qu’en moins de dix ans, celle qu’ils qualifient de femme de cœur et de vent de fraîcheur a réussi à mobiliser le personnel autour de ce qu’elle considère comme une valeur fondamentale, « un respect pour la vie, un respect pour l’être humain ». À son arrivée en poste, alors qu’il y a tant à faire, elle persuade la direction de l’urgence d’agir et propose un plan de prévention regroupant aussi bien gestionnaires que travailleurs, pour « faire vivre la SST sur le terrain », dit-elle. Bibliothèques, parcs, installations aquatiques, centres sportifs, patinoires et voirie font tous partie de son champ d’action. Partout, elle intervient avec stratégie, doigté, écoute et persévérance. Résultat ? « Depuis plusieurs années, les statistiques d’accidents sont à la baisse », témoigne son collègue Gary Burns, représentant à la prévention. L’arrondissement est « reconnu […] comme étant un modèle et plusieurs de ses projets sont exportés ailleurs dans la ville », ajoute le directeur Stéphane Chénier. Bon nombre des initiatives attribuables à Mélanie ont été couronnées de prix, dont la sécurisation de la tête des souffleuses et de la plateforme élévatrice servant au transport de la tête vibrante, ainsi que l’amélioration de l’ergonomie dans les bibliothèques. « Ce que ça révèle, croit la conseillère, c’est […] qu’on a réussi à faire un changement de culture, […] un grand virage, et que la SST fait partie de nos opérations, et c’est ça, la grande victoire. » Avec la flamme pour la SST qui l’anime, sa capacité de transmettre cette valeur au jour le jour, à stimuler des équipes afin qu’elles la fassent vivre à tout instant, Mélanie incarne pleinement le modèle que représente un leader en prévention.

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Lauréat : André Therrien
Mécanicien d’entretien, ACELORMITTAL, EXPLOITATION MINIERE CANADA

CATALYSEUR D’UNE MUTATION DURABLE

Son allure réservée dissimule une irréductible volonté : changer les mentalités et les comportements en matière de SST pour réduire les risques que courent les travailleurs. Pendant ses 38 années chez AcelorMittal, c’est la mission que le mécanicien d’entretien André Therrien s’est acharné à remplir dans l’usine de Port-Cartier. Il y a mené tous les combats, en prenant d’abord l’initiative de créer un comité de SST en 1980, puis en s’attaquant aux chutes de hauteur et au verrouillage, en passant par la poussière, le bruit, les espaces clos... « André a été véritablement un agent de changement en SST, affirme le directeur général Jean Ouellette. Il a été le précurseur de ce changement de culture » en l’intégrant comme une valeur, et non une priorité, dans les conventions collectives. Aussi fonceur qu’engagé, ce négociateur tenace qui a toujours favorisé le consensus considère que le principe de précaution s’applique à tous, tant cadres que syndiqués. « En SST, il n’y a pas de couleurs de chapeaux, estime André, on est là pour protéger tout le monde. » « André est quelqu’un d’extrêmement sérieux, […] qui a des convictions, constate Nathalie Parent, conseillère principale en SST. Ce qui fait qu’on l’écoute, c’est justement parce qu’on sait que quand il croit à quelque chose, il ne bifurquera pas. » C’est grâce à l’inébranlable détermination de cet homme que la valeur de la prévention s’est non seulement implantée dans l’usine, mais qu’elle rayonne aussi hors des murs, André Therrien s’étant également fait l’apôtre de la santé dans sa communauté. Ses collègues et supérieurs saluent en lui un pionnier de la prévention et sont reconnaissants de l’héritage qu’il leur laisse, alors qu’il vient de prendre sa retraite. Ils savent toutefois qu’il continuera de faire œuvre utile dans son milieu de vie, car, comme l’affirme le nouveau retraité : « la passion, c’est ça dans le fond, […] transmettre ton savoir, transmettre ce que tu connais. »

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Le cadenassage au cœur de l’innovation gagnante de la catégorie Éducation à la prévention

Par Laura Pelletier

CATÉGORIE ÉDUCATION À LA PRÉVENTION

La CSST a lancé cette année une toute nouvelle catégorie dans le cadre des Grands Prix santé et sécurité du travail pour reconnaître les réalisations dans le milieu scolaire : Éducation à la prévention. Cette nouvelle initiative réunit les efforts des enseignants, des gestionnaires et des élèves et étudiants qui se démarquent par leurs engagements. C’est le Centre de formation Harricana de la Commission scolaire Harricana, en Abitibi-Témiscamingue, qui a reçu le prix, au printemps 2015, pour son projet de procédure de cadenassage simplifiée.

Le Centre de formation Harricana comprend quatorze programmes de formation et dessert une clientèle de 535 élèves. Les enseignants, tout comme les étudiants, font un peu de cadenassage, ce qui consiste à neutraliser toutes les sources d’énergie qui alimentent un équipement, un système ou une machine, afin d’éliminer le risque de tout démarrage accidentel. Notant un manque de structure dans l’application du cadenassage dans ses écoles et un problème dans l’identification de l’équipement, la commission scolaire a lancé un projet de simplification et d’uniformisation de la procédure de cadenassage, appliquée aux 27 écoles.

Les guides de procédures de cadenassage typiques sont complexes et comptent souvent plusieurs pages. Les experts du Centre de formation Harricana ont donc créé de nouvelles petites affiches à placer près des machines exigeant du cadenassage. Sur ces affiches, appelées « fiches visuelles », on peut lire des indications de cadenassage simplifiées et imagées. « Sur chaque fiche est bien indiquée la source du courant pour pouvoir cadenasser à cet endroit. Et on a toutes les méthodes de cadenassage : si la machine projette de l’air, si elle fonctionne à l’électricité », informe André Belzile, électricien à la commission scolaire. La quantité de texte a été réduite. « Les pictogrammes ont grossi. On a mis des flèches et des photos aux endroits appropriés », précise Ignace Speybrouck, ingénieur à la commission scolaire. Chaque fiche est donc devenue plus facile à lire. Les panneaux électriques ont été les premiers accessoires à être identifiés par ces nouvelles fiches, puis toutes les machines en ont bénéficié.

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Photo : CSST

L’innovation a été mise en place avec l’aide des étudiants, d’enseignants, de la direction de l’institution et d’un partenaire externe, en raison de l’ampleur du projet. Les enseignants ont agi à titre de spécialistes dans la connaissance des machines utilisées durant la formation afin de valider ou non l’application sécuritaire de la procédure pour chacune des machines des différents programmes. Les élèves ont suivi la formation sur le cadenassage, en plus de devoir se soumettre à un examen théorique ainsi qu’à un exercice pratique, qui ont confirmé leur compréhension de l’application de toute la nouvelle procédure mise en place.

Tous les entrepreneurs qui viendront travailler à la commission scolaire recevront désormais une formation dans laquelle ils apprendront quelles sont les étapes de cadenassage dans l’institution de formation. Tous les enseignants actuellement en poste ont également été formés. De plus, la nouvelle procédure est intégrée à la formation des élèves et devient obligatoire dans tous les programmes enseignés qui en requièrent l’utilisation, et ce, même si le ministère de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ne l’intègre pas dans le programme. L’apprentissage de cette procédure est devenu obligatoire pour l’obtention de leur diplôme.

Rappelons que la catégorie Éducation à la prévention s’adresse aux établissements publics et privés d’enseignement primaire et secondaire, formation professionnelle et collégiale (préuniversitaire et technique) et universitaire, mais aussi aux commissions scolaires et aux regroupements du milieu de l’éducation (ex. : communautés de praticiens, comités de travail, regroupements d’enseignants).

Pour avoir plus d’information, consultez le site csst.qc.ca/asp/innovation/education_1.html .

Visionner la capsule vidéo du Centre de formation Harricana de la Commission scolaire Harricana

 


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