Chaud devant !

Chaud devant !
Chaud devant !

Durant l’été, au Québec ou ailleurs, les conditions météorologiques peuvent causer plusieurs problèmes à bon nombre de travailleurs. Il importe donc de connaître les mesures efficaces de contrôle, de réduction des risques et d’optimisation du confort. Voici donc un petit rappel des mesures à suivre en période de grande chaleur !

Encore aujourd’hui, de nombreux accidents liés à la chaleur surviennent dans plusieurs milieux de travail, que ce soit dans les fonderies, les cuisines commerciales, dans les mines profondes, et plus particulièrement dans un environnement de travail extérieur. Chaque année, au Québec, en moyenne 22 travailleurs sont victimes d’un malaise résultant du travail à la chaleur et de 2010 à 2014, 109 lésions professionnelles causées par une exposition à la chaleur ont été répertoriées. Aux États-Unis, selon l’Occupational Safety & Health Administration, de 2008 à 2013, une centaine de morts sont survenues à la suite d’une exposition à la chaleur sur des lieux de travail. Les experts en changements climatiques prévoient une élévation des températures et des vagues de chaleur plus fréquentes, c’est pourquoi les employeurs doivent élaborer des programmes préventifs. La Loi sur la santé et la sécurité au travail oblige d’ailleurs les employeurs à prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé et assurer la sécurité et l’intégrité physique du travailleur.

Soyez alertes aux symptômes !

Les accidents non mortels et les décès liés à la chaleur sont souvent dus à la méconnaissance des symptômes par les travailleurs ou surviennent parce que ces derniers hésitent à les rapporter à leurs supérieurs. Dans les milieux de travail à risque, il est important que chaque travailleur soit informé des dangers et des symptômes à repérer chez lui, ou chez un collègue. Un coup de chaleur peut survenir brusquement lors de l’exécution d’un travail physique en ambiance chaude. Le mécanisme de refroidissement du corps ne peut alors se débarrasser de la chaleur excessive, et la transpiration est donc inadéquate. En conséquence, la température corporelle, qui se situe normalement à 37 degrés, augmente et atteint plus de 40 degrés. Toutefois, avant qu’un coup de chaleur ne survienne, le travailleur subit d’abord ce que l’on appelle un épuisement dû à la chaleur. Crampes musculaires, frissons, maux de coeur, maux de ventre, étourdissements ou vertiges, fatigue inhabituelle et maux de tête sont des symptômes annonçant qu’un coup de chaleur est imminent. Si un tel cas se présente, le travailleur doit alors alerter un superviseur ou un secouriste, se reposer à l’ombre ou dans un endroit frais, sous surveillance, et boire de l’eau jusqu’à récupération complète. Confusion, incohérence des propos, agressivité, perte d’équilibre, perte de conscience et vomissements sont les symptômes les plus alarmants d’un coup de chaleur. Il y a alors urgence médicale et une intervention est immédiatement requise. Appelez le 911 et en attendant les secours, transportez la personne à l’ombre, retirez ses vêtements, aspergez son corps d’eau, faites le plus de ventilation possible et donnez-lui à boire de petites quantités d’eau si elle est consciente et lucide. Il est toutefois important de rappeler que les réactions d’une personne à la chaleur peuvent varier d’une journée à l’autre et d’un travailleur à un autre. Il faut d’abord se fier à votre jugement et à votre expérience.

Évaluer le risque

Afin d’évaluer les risques auxquels s’exposent ses travailleurs, l’employeur doit d’abord calculer la température de l’air corrigée, c’est-à-dire en tenant compte de l’humidité relative et de l’ensoleillement. À cet effet, la CNESST a créé un tableau qui possède quatre niveaux de risque en lien avec trois catégories de travail : léger, moyen et lourd. La zone verte correspond à un risque faible, tandis que celle en jaune signale un risque plus préoccupant. Dans cette dernière, des astérisques apparaissent et leur nombre indique que le risque augmente, donc que la durée des pauses des travailleurs doit être rallongée. D’un autre côté, la zone rouge indique une contrainte thermique élevée. Aux trois catégories inspirées du Guide to Heat Stress in Agriculture, une zone intermédiaire vert pâle a été ajoutée. Elle indique qu’il faut prendre des mesures supplémentaires pour les travailleurs non acclimatés. De plus, l’outil permet de trouver la fréquence à laquelle il faut boire un verre d’eau de 250 ml (8 oz). Par exemple, si le travailleur est exposé à une température corrigée de 42,2 degrés Celsius, il devra prendre un verre d’eau toutes les dix minutes. Pour plus d’information concernant le calcul de la température corrigée, visitez le site à cnesst.gouv.qc.ca/temperature-corrigee.

Mais comment le prévenir ?

Plus le corps est habitué à travailler dans un environnement chaud, plus il s’adapte rapidement à la chaleur ; c’est le principe de l’acclimatation. Habituellement, un travailleur n’est pas acclimaté s’il s’agit de ses premières journées d’exposition à la chaleur, si c’est le début d’une canicule, s’il revient de vacances ou d’un congé ou s’il est nouvellement embauché. Tout d’abord, avant l’arrivée des journées chaudes, des plans relatifs à la chaleur doivent être mis en place entre le 1er mai et le 30 septembre et renouvelés chaque année. Lors des journées concernées, les employeurs doivent évaluer le risque, plusieurs fois par jour, qui augmente à mesure que la température de l’air, le taux d’humidité et le taux d’ensoleillement s’élèvent. Peu importe que le risque soit élevé ou faible, des mesures préventives s’imposent, telles que boire au minimum un verre d’eau toutes les 20 minutes, même si la soif n’est pas présente. Les travailleurs devraient porter des vêtements légers, de couleur claire, pour favoriser l’évaporation de la sueur. Également, lorsqu’un travailleur est exposé aux rayons du soleil, il devrait se couvrir la tête en tout temps et sous une chaleur rayonnante intense, il est conseillé de porter des vêtements réfléchissants. À mesure que le risque augmente, le travailleur doit ajuster son rythme de travail en fonction de ses capacités physiques, prendre des pauses à l’ombre ou dans un endroit frais, toutes les heures, et celles-ci doivent être de plus longue durée à mesure que la chaleur augmente. L’employeur devrait également prévoir les tâches plus ardues et exigeantes physiquement aux périodes de la journée les plus fraîches (matin ou soir), rechercher des façons de limiter les efforts, les positions défavorables et les déplacements, prévoir des aides à la manutention, adopter des outils de travail pour une préhension plus facile et sécuritaire et aménager des zones de repos à l’ombre ou dans des endroits frais. De plus, il est impératif de former les travailleurs afin qu’ils reconnaissent les symptômes d’un coup de chaleur.

Pour en savoir plus

CNESST. Travailler à la chaleur… Attention ! 2e édition, 2014, 6 pages, http://www.csst.qc.ca/publications/100/Documents/DC100_1125web.pdf

Quelques accidents mortels…

En juillet 2015, au Texas, un travailleur de la construction de 25 ans a commencé à souffrir de symptômes de coup de chaleur. Il est amené dans un hôpital, où son décès est constaté quelques heures plus tard.

Lors d’une chaude journée d’été, le 5 juillet 2013, à Medford, au Massachusetts, un facteur de 45 ans est décédé des suites d’un coup de chaleur. L’homme faisait un quart de travail supplémentaire lorsqu’il s’est effondré durant son trajet de distribution de courrier. Il est décédé à l’hôpital le jour suivant l’accident, alors que la température de son corps atteignait les 43 degrés.

Le 12 juillet 2005, la température extérieure dépasse les 36 degrés et des travailleurs effectuent des travaux de levés géophysiques en forêt au sud de Matagami, en Abitibi-Témiscamingue. Un des travailleurs s’effondre alors qu’il transporte du matériel. Il décède des suites d’un coup de chaleur. Dans le rapport d’enquête, il a été déterminé que la gestion de la santé et de la sécurité quant aux dangers liés aux contraintes thermiques est déficiente. L’employeur n’avait transmis aucune information verbale ou écrite concernant le travail en ambiance chaude et des facteurs de risque personnels le rendaient plus vulnérable à la chaleur.

Le 13 août 2003, un travailleur au service d’une entreprise de paysagement s’effondre alors qu’il tond la pelouse à l’aide d’une tondeuse non autotractée. Il décède plus tard des suites d’un coup de chaleur. L’enquête permet de comprendre que le travailleur n'était pas acclimaté et qu’il effectuait un travail lourd en ambiance chaude sans avoir reçu de formation ni d'information sur les contraintes thermiques. Ces éléments jumelés à une planification et à une organisation du travail déficientes ont contribué à son décès.