L’efficacité des programmes de mieux-être au travail, ça se mesure !

L’efficacité des programmes de mieux-être au travail, ça se mesure !
Photos : Shutterstock

Pour répondre notamment aux préoccupations de santé de leurs employés, plusieurs employeurs offrent à leurs travailleurs des programmes de mieux-être en entreprise. Ces programmes, qui visent l’amélioration d’un ou de plusieurs paramètres de santé, ont un coût, et dans la plupart des cas, on ne sait pas si l’argent et le temps qu’on y consacre fournissent un retour sur investissement. Une première étude canadienne s’est penchée sur le sujet et fournit des pistes pour chiffrer concrètement ce qui d’ordinaire se mesure difficilement.

On en doit l’initiative à la Financière Sun Life, qui a mandaté le chercheur Michael Rouse, professeur associé, stratégies et organisations, et chercheur principal à la Ivey Business School de London, en Ontario. Le chercheur a présenté ses résultats préliminaires lors du Rassemblement pour la santé et le mieux-être en entreprise, qui s’est tenu les 6 et 7 avril 2016 au Palais des congrès de Montréal.

Une première canadienne

Selon Michael Rouse, son étude sur le rendement du capital investi (RCI) est une première canadienne. Si des calculs avaient été faits ailleurs dans le monde, aucune donnée nationale fiable n’existait pour le Canada, indique le chercheur. Cette étude voulait donc établir un indice de référence canadien sur le RCI et permettre la découverte des meilleures pratiques pour aider les organismes et entreprises à maximiser la valeur de leur stratégie de mieux-être.

Michael Rouse a tout d’abord réalisé durant deux ans une méta-analyse mondiale des programmes de mieux-être au travail, une première phase maintenant terminée. « Nous avons découvert une forte corrélation entre les programmes de mieux-être et l’absentéisme, indique-t-il. Au Canada, l’absentéisme oscille entre 4,7 et 11,2 jours par année par employé. En dehors des États-Unis, nous avons constaté que les programmes de mieux-être en entreprise préviennent environ 1,5 jour d’absentéisme par employé par année, soit une économie annuelle d’environ 251 $ par employé. » Une méta-analyse semblable faite à Harvard concluait à 1,7 journée de moins d’absentéisme par année par employé, soit une économie annuelle de 274 $ générant un RCI de 2,73 $ par dollar investi dans le mieux-être.

Ensuite, pour la seconde phase, Michael Rouse a étudié les retombées d’un programme exhaustif de mieux-être au travail durant 2 ans, dans 6 entreprises privées ou organismes gouvernementaux, en 28 lieux, et auprès de 820 participants de divers secteurs d’emploi : administration, gestion, service à la clientèle, techniciens, manutention, fabrication, assemblage, inspection. Il a dû trouver des entreprises acceptant qu’il y ait un programme de mieux-être pour certains des employés et que d’autres en soient exclus, au moins pour la durée de l’étude. La rigueur de la démarche tient au recours à des groupes de contrôle. Cela veut dire que, dans chaque établissement, le chercheur a mesuré les effets sur trois groupes distincts de travailleurs. Ainsi, le groupe expérimental avait droit à un sondage sur le mieux-être, à des séances d’évaluation biométrique, à un encadrement individuel, à des séances d’information, à des programmes de modification des habitudes de vie et à un site Web sur le mieux-être. Le groupe de contrôle 1 n’a eu droit qu’à un sondage sur le mieux-être et le groupe de contrôle 2 a bénéficié du même sondage doublé de séances d’évaluation biométrique.

Plutôt que de se concentrer sur un indicateur global, le chercheur a choisi de mesurer plusieurs paramètres individuels, comme l’engagement envers la culture du milieu de travail, l’alimentation, le stress, l’activité physique, la consommation d’alcool et de tabac qui, tous, concourent à déterminer « l’indice de mieux-être organisationnel », un nouvel outil mis au point par l’équipe de recherche pour mesurer le mieux-être dans une entreprise ou un organisme.

La compilation des résultats finaux n’est pas encore terminée. Les résultats préliminaires révèlent que le groupe expérimental a obtenu des scores supérieurs pour chaque paramètre mesuré. Par exemple, le groupe expérimental et les groupes témoins ont respectivement amélioré leur alimentation de 6,1 % et de 5,4 %, puis leur niveau d’activité physique de 25,6 % et de 3,4 %. L’indice de mieuxêtre organisationnel a fait un bond de 6,8 % dans le groupe expérimental et de 2,7 % chez les groupes témoins.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, les maladies chroniques peuvent souvent être prévenues. Si des facteurs de risque associés à ces maladies sont éliminés par l’exercice, l’alimentation saine, le contrôle du poids et l’élimination de la cigarette, environ 80 % de toutes les maladies cardiaques, de tous les cas de diabète de type 2 et de tous les accidents vasculaires cérébraux peuvent être évités. L’élimination des mêmes facteurs de risque prévient également 40 % des cancers. On sait, par exemple, que le sport repousse la maladie cardiaque, de même qu’une alimentation saine.

« Si un programme de mieux-être en entreprise favorisant par exemple l’activité physique fait en sorte que les employés font plus de sport, il y a un lien direct avec la prévention des maladies cardiovasculaires », illustre Michael Rouse. Il ajoute avoir découvert que presque 40 % des employés ignoraient au moins l’un de leurs facteurs de risque de maladie cardiovasculaire. Ces mêmes individus étaient moins susceptibles de faire suffisamment d’activité physique, moins enclins à manger assez de fruits et de légumes tous les jours et plus sujets à se régaler de repas rapides une fois par semaine. Selon lui, il y a une corrélation entre la conscience de son risque cardiovasculaire et les comportements préventifs en santé.

Son étude a permis de montrer que, dans les entreprises ayant un solide programme de mieux-être, les employés ont apporté des changements concrets favorisant leur santé. Par exemple, 22 % des employés sont devenus physiquement actifs pour la première fois, tandis que 53 % ont affirmé avoir augmenté leur niveau d’activité physique. Par ailleurs, 23 % des employés ont affirmé avoir élevé leur niveau d’énergie au travail, 51 % ont rapporté avoir amélioré leur alimentation, 16 % ont dit mieux gérer leur stress et 23 % ont perdu du poids.

Au début de l’expérience du Dr Rouse, les employés étaient nettement plus nombreux qu’à la fin de l’étude à estimer que certaines barrières les empêchaient de maintenir un mode de vie sain. En d’autres mots, plus le temps passait, plus ces barrières (par exemple, le manque de ressources, de connaissances, de motivation, d’énergie, de temps ou d’accès à un gymnase ou à de la nourriture saine au travail) s’estompaient.

La stabilité comme gage de réussite

Michael Rouse a également découvert qu’un programme de mieux-être instauré sur une base saine, c’est-à-dire dans une entreprise solide et stable, produit de meilleurs résultats que dans une entreprise ayant connu des changements organisationnels considérables, comme un grand mouvement de personnel et d’importantes restructurations. L’entreprise qui montre un engagement ferme envers ses objectifs de santé obtient des résultats nettement meilleurs. Ainsi, en comparant deux entreprises ayant participé à l’étude, le chercheur a découvert que l’entreprise stable atteignait un indice de mieux-être organisationnel de 16,2 % contre un indice de -1,5 % dans l’entreprise instable.

Quels sont donc les éléments clés du succès ? Les résultats préliminaires du chercheur indiquent qu’ils sont au nombre de cinq : une équipe de direction qui s’engage envers la santé et le mieux-être, des politiques et des pratiques organisationnelles qui reflètent une culture de santé et de mieux-être, un programme efficace bâti autour des risques pour la santé les plus urgents au sein du personnel et qui motive les employés à adopter des comportements sains, enfin, une communication de la part de la direction et des ressources humaines qui fait du mieux-être une préoccupation prioritaire.

La Sun Life, qui s’est livrée de son côté à une analyse de trois années de données collectives sur le mieux-être, a constaté que les travailleurs peuvent améliorer leur santé quand ils connaissent les risques et les façons de les prévenir et qu’ils ont à leur disposition les outils nécessaires pour s’améliorer. Ainsi équipés, ils peuvent faire les premiers pas vers un mode de vie plus sain.