Matières dangereuses : cinq étapes pour un entreposage sécuritaire

Au quotidien, les travailleurs peuvent avoir à manipuler toutes sortes de produits sur leur lieu de travail, dont des matières dangereuses.

En plus de les manipuler de façon sécuritaire, il faut s’assurer de les entreposer adéquatement, car le mélange accidentel de deux produits incompatibles peut mener à de graves conséquences.

 Photo : Denis Bernier
Photo : Denis Bernier 

Lors du Grand Rendez-vous santé et sécurité du travail, Guylaine Laperrière, conseillère à la Direction générale de la prévention-inspection et du partenariat de la CSST, a présenté une conférence portant sur l’entreposage des matières dangereuses. L'assistance était nombreuse et diversifiée, puisque cette problématique est présente dans la plupart des milieux de travail. Se retrouver parmi les normes et les règlements peut sembler complexe ; cependant, cette connaissance est nécessaire afin de prévenir des situations potentiellement à l’origine de blessures graves, de sinistres ou même de catastrophes environnementales. Afin d'éviter ces situations malheureuses provoquées par des réactions chimiques non contrôlées, Mme Laperrière a présenté une méthode d’entreposage de matières dangereuses en cinq étapes. Cette démarche méthodique respecte les dispositions prescrites par le Règlement sur la santé et la sécurité du travail (RSST).

1. L’inventaire

Cette étape est fondamentale, puisqu’elle permet d’identifier les produits présents sur les lieux de travail et leur quantité. Ils pourront être classés ultérieurement par catégories. De plus, l'inventaire permettra finalement d’évaluer le nombre et le volume des espaces qui seront nécessaires à l’entreposage. « C’est aussi le moment de faire du ménage ! », lance Mme Laperrière, qui explique qu'à cette étape, on élimine les produits inutilisés, périmés ou non identifiés.

2. La classification

À cette étape, on ajoute à l’inventaire des produits chimiques et les catégories des produits considérés. Les critères de classification sont établis par le Règlement sur les produits contrôlés (DORS/88-66). Ces derniers sont ceux utilisés par le Système d’information sur les matières dangereuses utilisées au travail (SIMDUT). L’étape de classification permet d’appliquer par la suite les pratiques réglementaires et normatives en fonction de chacune des catégories de produits contrôlés.

Pour ce faire, les fiches signalétiques et les étiquettes peuvent être consultées afin d'obtenir ces renseignements. Par exemple, les pictogrammes du SIMDUT présents sur l’étiquette indiquent les catégories du produit.

La section X du RSST utilise la classification établie par le Règlement sur les produits contrôlés (DORS/88-66). Parallèlement, il existe d’autres types de classifications : la classification du transport de matières dangereuses (TMD), auquel le Code national de prévention des incendies fait aussi référence, et les classifications spécifiques de la National Fire Prevention Association (NFPA). Ces renseignements additionnels peuvent contribuer à préciser les mesures de prévention.

Les produits appartiennent souvent à plusieurs catégories. Un ordre de priorité est défini pour celles-ci quant à la dangerosité associée à leur entreposage. On hiérarchise donc les catégories en débutant par les gaz comprimés, puis on poursuit avec les matières instables, les comburants et les matières inflammables et les corrosifs, pour terminer avec les produits toxiques. Ainsi, pour des fins d’entreposage, l’acétone classée à la fois B2 (liquide inflammable) et D2B (matière toxique ayant d’autres effets toxiques), sera prioritairement associée à la catégorie des liquides inflammables.

3. L’identification (étiquetage)

Cette étape consiste à vérifier que les contenants sont correctement étiquetés, et en conformité avec le SIMDUT lorsque cela s’applique. Il faut repérer les étiquettes qui sont décollées ou abîmées et les remplacer. De plus, les produits périmés, non identifiés ou encore dont les étiquettes sont absentes ou illisibles et qui nous auraient échappé lors de l’inventaire doivent être éliminés.

4. Les incompatibilités

Il s’agit de séparer ou d’isoler des matières dangereuses qui, en se mélangeant, sont susceptibles de libérer des gaz inflammables ou toxiques et de provoquer un incendie ou une explosion. En effet, des dispositions réglementaires sont à respecter selon la catégorie à laquelle appartiennent les matières dangereuses.

Les articles 77 à 99 du RSST comprennent des dispositions portant sur les incompatibilités entre les catégories. Par exemple, les matières inflammables, les matières corrosives et les matières toxiques doivent être tenues à l’écart des matières comburantes. Cependant, la distance à respecter entre les produits incompatibles n’est pas précisée dans le RSST. « D’où l’importance de faire une analyse de risques, qui permettra d'établir l'ampleur des précautions à prendre », explique Mme Laperrière.

Les substances présentent également des incompatibilités qui leur sont propres. Celles-ci sont liées aux réactivités intrinsèques des produits considérés. On peut trouver ces renseignements principalement dans les fiches signalétiques, dans la section portant sur la réactivité. Les étiquettes, les fiches de renseignements du Répertoire toxicologique, la documentation technique du fabricant, le site Internet Cameo Chemicals et différentes publications scientifiques sont aussi des outils qui peuvent nous fournir de l'information pertinente.

5. L’aménagement des lieux

L’aménagement des lieux se fait en conformité avec la réglementation et les incompatibilités respectives des produits. Des espaces spécifiques peuvent être déterminés pour l’entreposage.
Photo : Denis Bernier
L’aménagement des lieux se fait en conformité avec la réglementation et les incompatibilités respectives des produits. Des espaces spécifiques peuvent être déterminés pour l’entreposage.

L’aménagement des lieux se fait en conformité avec la réglementation et les incompatibilités respectives. Faire une analyse des besoins permet de déterminer l’espace qui convient à chaque catégorie et type de contenants, le nombre d’emplacements nécessaires pour respecter les incompatibilités et la façon de séparer les différents emplacements (distances, murs, isolement).

Des espaces spécifiques peuvent être déterminés pour l’entreposage, telles les armoires de stockage. Cette dernière option est intéressante pour entreposer par exemple de petites quantités de liquides inflammables et combustibles.

Pour cette catégorie, ces armoires de stockage doivent respecter différents critères, notamment en ce qui concerne l’épaisseur des parois, l’étanchéité des joints, le verrouillage et le seuil surélevé. Des exigences s’appliquent aussi relativement au nombre d’armoires permises et aux quantités maximales de liquides qui y sont entreposés. Bien que la ventilation de ces armoires n’est pas obligatoire, elle peut s’avérer nécessaire dans certaines conditions. Elle doit alors respecter les exigences définies à la norme NFPA30-96. Par ailleurs, l’inscription « Inflammable – Tenir loin du feu » doit être apposée sur ces armoires de stockage.

Bien que cette démarche établisse les bases pour un entreposage sécuritaire quant aux incompatibilités entre les matières dangereuses, d’autres aspects ne doivent pas être négligés. Par exemple, toute bouteille de gaz comprimé doit être entreposée debout, avec les soupapes dirigées vers le haut, et solidement retenue en place ; les matières comburantes doivent être entreposées à l'écart d’une matière facilement oxydable, y compris une surface en bois ; les matières toxiques doivent être entreposées dans des endroits frais et bien ventilés ; etc. Il faut donc s’assurer de respecter toutes les dispositions réglementaires prévues à la section X : « Entreposage et manutention de matières dangereuses du RSST ».