Risques biologiques – Des capsules vidéo à l'intention des intervenants en sécurité publique

Source : Benoit Renaud, Ville de Québec
Source : Benoit Renaud, Ville de Québec

Les intervenants en sécurité publique – policiers, agents correctionnels, pompiers, agents de protection de la faune et autres agents de la paix – sont préoccupés, car ils sont parfois exposés à du sang ou à des liquides biologiques susceptibles de contenir des agents infectieux dans le cadre de leurs fonctions.

Risquent-ils réellement d’être exposés aux virus de l’immunodéficience humaine (VIH), de l’hépatite B (VHB) ou de l’hépatite C (VHC)? À la lumière des plus récentes connaissances scientifiques, la CNESST vient de produire une série de capsules vidéo visant à rassurer ces intervenants tout en les incitant à la prudence.

À la fin des années 1980, les statistiques entourant le décès de personnes atteintes du sida faisaient régulièrement les manchettes. Les travailleurs risquant d’être exposés au virus de l’immunodéficience humaine (VIH) craignaient pour leur vie. Les syndicats de policiers et d’agents correctionnels ont longtemps revendiqué que les personnes exposant les travailleurs à des liquides biologiques soient forcées de dévoiler si elles étaient infectées par le VIH. « Cette mesure n’est pas vraiment efficace pour se protéger ou pour décider de prendre une prophylaxie postexposition, car les personnes infectées pourraient ne pas avoir encore développé d’anticorps au moment du test, qui serait négatif pendant cette période fenêtre », observe Richard Cloutier, agent de recherche et de planification au Service de lutte contre les infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Elle irait aussi à l’encontre de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec.

Les intervenants en sécurité publique ne savaient pas non plus que le risque d’être infecté par le VIH dans le cadre de leurs fonctions était très faible et que le taux de mortalité lié au sida au Québec était huit fois moins élevé en 2010 qu’en 1995*, notamment grâce à l’apparition des médicaments antirétroviraux. Le partage des connaissances avec les intervenants en sécurité publique n’avait pas suivi cette évolution.

Par conséquent, la meilleure approche était de toujours présumer qu’une personne qui exposait un travailleur à des liquides biologiques était potentiellement infectée, et d’agir en conséquence en adoptant des mesures de prévention avant et après l’exposition.

« Les outils de communication publiés dans les années 1990 n’avaient pas été mis à jour et n’étaient que peu utilisés », dit Richard Cloutier. Six capsules vidéo produites et réalisées par la CNESST viennent enfin combler cette lacune. Elles sont le fruit d’une collaboration avec le ministère de la Sécurité publique, le MSSS, l’Institut national de santé publique du Québec, l’Association des directeurs de police du Québec, des organismes paritaires en santé et sécurité du travail ainsi que des syndicats de policiers et d’agents correctionnels.


* Source : Ministère de la Santé et des Services sociaux. Portrait des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) au Québec – Année 2011 (et projections 2012), le Ministère, coll. « Analyses et surveillance », nº 43, p. 57 et 64
Repéré à http://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/fichiers/2012/12-329-01W.pdf.

Risque faible, mais jamais nul

Au cours des 30 dernières années, aucun cas d’acquisition professionnelle d’infections par le VIH, le VHB ou le VHC n’a été signalé chez les intervenants en sécurité publique au Québec. Les rares cas d’infections professionnelles documentés dans le monde ont été principalement répertoriés chez des travailleurs de la santé, par exemple des chirurgiens ou du personnel infirmier qui se sont coupés avec un instrument tranchant ou piqués avec une seringue.

« Bien que le risque d’infection soit très faible chez les intervenants en sécurité publique, il n’est pas nul pour autant », insiste Saida Boudannaoui, conseillère experte en prévention-inspection à la CNESST. « Ils doivent donc rester vigilants, appliquer en tout temps les mesures de prévention de base et considérer le sang et les liquides biologiques teintés de sang de toute personne comme possiblement contaminés, ce que leur rappelle à maintes reprises le narrateur dans les capsules vidéo. »

Le risque de transmission

La capsule d’introduction précise que le risque de transmission est lié à une exposition significative qui comporte deux conditions : d’une part, la présence de sang dans tout liquide biologique – salive, selles, urine – ; d’autre part, une porte d’entrée, soit une blessure, une morsure, une plaie non cicatrisée ou une maladie de la peau, qui permettrait au VIH, au VHB ou au VHC de pénétrer. Les muqueuses – la bouche, la surface des yeux et l’intérieur du nez – peuvent également constituer des portes d’entrée pour les agents infectieux. Les diverses mesures de prévention visant à bloquer ces portes d’entrée sont détaillées dans la capsule d’introduction : protection d’une plaie non cicatrisée, port de gants jetables, d’une visière et d’un masque. D’autres mesures de prévention sont aussi très importantes : lavage des mains, adoption de méthodes de travail sécuritaires, vaccination préventive contre le VHB (lorsque l’exposition occupationnelle est jugée suffisamment importante), etc.

Malgré toutes ces mesures de prévention, si une exposition significative aux liquides biologiques survenait, les étapes à suivre sont passées en revue, depuis les premiers soins à donner dans les quelques minutes qui suivent l’exposition jusqu’à la consultation d’un médecin. « Certains messages ont évolué, souligne Saida Boudannaoui. Par exemple, on recommandait autrefois, en cas de piqûre ou de blessure, de faire saigner la plaie. Or, on sait actuellement que lorsqu’on appuie sur une plaie, on risque d’endommager davantage les tissus. Les capsules tiennent compte des nouvelles connaissances scientifiques. »

Dès que le travailleur arrive à l’urgence, il doit indiquer à l’infirmière au triage qu’il a été exposé à des liquides biologiques. Il doit, en effet, être traité dans les deux heures après une exposition significative. « Le médecin évaluera le risque réel de transmission et, s’il y a lieu, prescrira des médicaments antirétroviraux (contre le VIH) ou administrera des immunoglobulines (contre le virus de l’hépatite B), explique Richard Cloutier. Les médecins offrent rarement maintenant la prophylaxie postexposition contre le VIH aux intervenants en sécurité publique, parce que c’est exigeant de suivre ce traitement, alors que les risques d’infection sont jugés très faibles. »

Cas hypothétiques pour illustrer cinq thématiques

Outre la capsule d’introduction, cinq capsules abordent autant de thématiques.

Que faire en cas de crachat?
Que faire en cas de crachat?
Que faire lors d'éclaboussures?
Que faire lors d'éclaboussures?
  • Que faire en cas de morsure?
  • Que faire lors d'une coupure?
  • Que faire lors d'une piqûre avec une aiguille?
  • Que faire en cas de crachat?
  • Que faire lors d'éclaboussures de sang?

Ces capsules sont constituées de mises en situation qui décrivent des cas hypothétiques auxquels les intervenants en sécurité publique peuvent être confrontés dans le cadre de leur travail.

Le même message revient systématiquement dans toutes les capsules : y a-t-il une porte d’entrée par laquelle un agent infectieux peut s’infiltrer? Le liquide biologique est-il du sang ou un autre liquide visiblement teinté de sang? « La répétition du message a pour but de sensibiliser les travailleurs tout en les rassurant, souligne Saida Boudannaoui. Le risque d’exposition est lié à une exposition significative. »

En outre, les capsules proposent des mesures préventives propres aux divers métiers exercés par les intervenants. Par exemple, avant de procéder à une fouille, un agent correctionnel devrait demander au prévenu de vider ses poches, pour éviter de se piquer sur l’aiguille d’une seringue. Et l’on conseillera au pompier de porter des gants protecteurs avant de se servir des pinces de désincarcération pour se protéger contre toute coupure, qui pourrait être contaminée durant son travail, par exemple en sortant une personne d’un véhicule accidenté.

« Les capsules vont aider les intervenants en sécurité publique à apprendre comment réagir face à certaines situations. Quand on sait distinguer une exposition significative d’une autre qui ne l’est pas, on est mieux outillé pour prendre les mesures appropriées », conclut Saida Boudannaoui.

Les capsules seront utiles non seulement aux travailleurs, mais aussi aux employeurs ainsi qu’aux étudiants qui veulent faire carrière comme intervenants en sécurité publique.

Pour en savoir plus : cnesst.gouv.qc.ca/risquesbiologiques