Poussières de bois : conscientiser les apprentis

Les ébénistes et les charpentiers-menuisiers connaissent bien la poussière, mais beaucoup en minimisent les risques pour la santé, notent des experts

qui visitent des ateliers et des usines. Une exposition de longue durée à une forte concentration en poussières de bois sans protection peut entraîner une conjonctivite, une dermatite, une inflammation de l’intérieur du nez (rhinite), de l’asthme professionnel, et même un cancer du nez. Durant les deux dernières années, un comité de travail montréalais s’est attaqué au problème en allant à la source de l’apprentissage des métiers du bois : les centres de formation professionnelle et les établissements d'enseignement collégial.

 

Photo : Irène Bauknecht, École des métiers du meuble de Montréal
Photo : Irène Bauknecht, 
École des métiers du meuble de Montréal

Le comité de travail était composé de représentants de différentes institutions scolaires ayant des programmes d’ébénisterie et de charpenterie-menuiserie, d’une infirmière et d’un technicien en hygiène du travail de l’équipe du programme de santé au travail du Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de la Pointe-de-l’Île et d’une conseillère en prévention jeunesse de la CSST, Jo Anne Cyr. « C’est un projet clé en main pour les enseignants. Nous leur avons fourni tous les outils nécessaires pour parler de ce risque », explique cette dernière. Une étude environnementale a été faite dans trois des écoles participantes dans le but de dresser un portrait de l’exposition aux poussières de bois dans ces institutions. « Je suis allé prendre des échantillons d’air ambiant dans les ateliers des écoles pour déterminer à quelle concentration de poussières de bois étaient exposés les enseignants et les étudiants chaque jour, selon les machines utilisées », explique Stéphane Raymond, technicien en hygiène du travail du CSSS de la Pointe-de-l’Île. Les résultats variaient entre 3 et 16 mg/m3, alors que la norme établie par le Règlement sur la santé et sécurité du travail pour les concentrations maximales de poussières de bois dans l’air est de 5 mg/m3. « Même les professeurs, qui n’utilisent pas les machines, sont exposés à environ 2 mg/m3 de poussières de bois, en raison de la présence de ces poussières dans l’air ambiant ! », a observé Stéphane Raymond. La machine qu’il a ciblée comme étant la plus problématique est la sableuse portative. « Je fais le même constat dans les milieux de travail. Peu de gens savent qu’on peut relier la sableuse à un système d’aspiration à filtre HEPA1 et installer des tables aspirantes », explique le technicien. Pour rendre plus sécuritaires les activités de sablage dans son institution, Gérald Guérin, directeur de l’École des métiers du meuble de Montréal (EMMM), a fait installer une table aspirante dans chacun de ses ateliers. « Nous avons dépensé environ 30 000 $ dans l’achat de tables aspirantes et 10 000 $ pour installer le bon branchement. Maintenant, nous avons réglé le problème, car la poussière est aspirée à la source », indique ce dernier. À ses yeux, cette dépense était essentielle pour que la sensibilisation fonctionne. « Il faut agir si on veut que nos élèves prennent ce qu’on leur dit au sérieux. »

De plus, pour les écoles concernées par le projet, des sessions de sensibilisation ont été données par l’équipe de santé au travail à tous les enseignants et à leurs gestionnaires. À partir des documents de sensibilisation pour les enseignants, un guide d’animation et un document PowerPoint pour l’enseignement aux élèves ont été élaborés, en collaboration avec Isabelle Duguay, conseillère pédagogique à la Commission scolaire de Montréal. Ces outils ont été créés afin que les enseignants soient bien outillés pour passer le message de prévention à leurs élèves. Même si le projet s’est terminé en juin, les documents demeurent disponibles pour que les écoles puissent former chaque nouvelle cohorte sur les risques et les moyens de prévention liés aux poussières de bois. À cet effet, chaque nouvel élève de l’EMMM reçoit désormais une formation d’une heure sur les risques associés aux poussières de bois et cinq masques de protection respiratoire. Les documents de soutien à l’enseignement ont également été traduits en anglais par deux écoles.

Jo Anne Cyr et Dominique Lesage, conseillère en promotion de la santé à l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, ont mis en ligne un bilan du projet en juin dernier. Le document présente les répercussions de l’initiative. « Quand le projet a débuté, certaines écoles n’avaient même pas de masques conformes à la réglementation. Ils pensaient que n’importe quel type de masque convenait », admet Jo Anne Cyr. Depuis, beaucoup d’écoles ont investi dans l’achat de tables aspirantes, ont établi des politiques de nettoyage et ont fourni des masques gratuits à leurs étudiants. « Si les jeunes apprennent les bonnes pratiques à l’école, ils les appliqueront en milieu de travail et deviendront peut-être même des leaders en SST », estime Jo Anne Cyr, qui assure à présent un suivi auprès des écoles ayant participé au projet. Quelques semaines après la fin du programme ciblant les poussières de bois, un nouveau projet jeunesse a été lancé. Cette fois, les risques reliés aux activités de soudage sont visés.


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