La norme CSA Z462, un bon fil conducteur pour les travaux d’électricité sécuritaires

Source : Nicolas Tayaout
Source : Nicolas Tayaout

Pour organiser des situations de travail sécuritaires sur de l’appareillage électrique, la norme CSA Z462-15 constitue une assise fiable.

Pour qu’une norme CSA ou autre devienne d’application obligatoire, elle doit être citée dans une loi ou un règlement. Or, les textes réglementaires encadrant les travaux d’électricité au Québec ne citent pas de norme. Mais selon Patricia Vega, ingénieure, spécialiste en santé et sécurité du travail pour l’Association sectorielle, Fabrication d’équipement de transport et de machines (ASFETM), même si, faute d’y figurer, la norme n’est pas techniquement obligatoire, les milieux de travail devraient la suivre! C’est ce qu’elle a avancé à sa conférence au Grand Rendez-vous en santé et sécurité le 1er novembre dernier.

Les lois et les règlements donnent des obligations générales en santé et sécurité du travail. Ainsi, bien qu’on n’y parle pas précisément de travaux d’électricité, on doit tout de même respecter certaines obligations. Ainsi que l’a indiqué Patricia Vega : « Mais comment déterminer exactement ce qu’il faut observer? L’une des meilleures méthodes est de consulter une norme, parce qu’elle fournit des indications claires. »

La norme ne réduit pas à zéro le risque d’accident. Mais parce qu’elle précise les mesures de prévention adéquates pour chaque situation type de travail et parce qu’elle prône le maintien de l’équipement électrique en bon état, elle limite les probabilités que survienne un malheur.

Deux grands risques : la décharge et l’arc électriques

L’électricité fait courir deux types de risques. La décharge (choc) électrique se produit quand il y a contact direct entre le travailleur et une composante électrique sous tension. Les blessures dépendent de l’intensité du courant et de son trajet dans le corps humain et de la durée du contact. Le courant d’une simple ampoule de 7,5 W à 120 V suffit à tuer un individu, s’il passe par le cœur.

L’arc électrique se produit sans contact. Il survient notamment lors d’un court-circuit, quand le courant électrique traverse l’air entre deux conducteurs. Il dégage une chaleur extrême de 20 000 °C, et entraîne une forte expansion de l’air ambiant et du métal à proximité. Le cuivre, par exemple, devient gazeux et 67 000 fois plus gros. L’arc peut brûler la peau et les vêtements et même propulser un travailleur à travers un mur. Il peut projeter des éclats de métal en fusion à une vitesse de 1 100 km/h, engendrer des brûlures internes par inhalation de métal fondu, perforer les tympans, rendre aveugle et briser des os. Comme la décharge électrique, il peut entraîner la mort. Donc, dès qu’un travailleur se trouve à proximité d’une composante sous tension, cela devient risqué pour lui.

Six principales situations engendrent des accidents d’origine électrique : une défaillance mécanique, comme une connexion lâche ou un désalignement, qu’on peut prévenir par un entretien rigoureux; une méthode de travail inadéquate, par exemple une procédure de cadenassage défaillante ou un instrument de test inadéquat; du travail sur des composantes sous tension (le travail sous tension est d’ailleurs la cause principale des accidents de nature électrique); du travail à proximité d’une zone sous tension; le mesurage et le dépannage sous tension, où les sondes peuvent amorcer des arcs; la remise sous tension intempestive causée par une méthode de cadenassage défaillante.

Tout programme de sécurité en électricité doit définir les balises du travail sous tension et hors tension. Par la suite, une analyse de décharge et d’arc électriques doit être documentée lors d’une tâche de vérification de mise hors tension ou de travail sous tension et comprendre l’analyse du risque, la description des procédures de travail et des équipements de protection nécessaires, la séance d’information, la formation, la détermination d’un périmètre de sécurité et l’entretien préventif. Ce dernier point est considéré comme l’élément vital du programme de sécurité en électricité.

Coupez le courant!

« Le message à retenir ici aujourd’hui, a lancé Patricia Vega, c’est de travailler hors tension. Il s’agit de la toute première mesure de prévention pour se protéger des dangers électriques. » La Loi sur la santé et la sécurité du travail, à l’article 2, parle d’élimination à la source des dangers. En matière d’électricité, c’est le courant. Mais avant de se déclarer hors tension, une procédure détaillée s’applique. Il faut avoir déterminé toutes les sources d’alimentation électrique, coupé le courant de charge, s’être assuré visuellement que toutes les lames des sectionneurs ou des disjoncteurs de type débrochable sont retirées, avoir cadenassé selon la procédure, et avoir mis à l’essai chaque conducteur de phase à l’aide d’un détecteur de tension approprié avant de conclure, enfin, que tout est hors tension. Les éléments pouvant avoir accumulé de l’énergie électrique doivent être mis à la terre. Cette vérification se fait avec l’équipement de protection individuelle. « Si on ne fait pas ces tests, on doit considérer qu’on est en situation de travail sous tension, avec ce que ça implique », précise Patricia Vega.

Mais certaines situations exceptionnelles ne permettent pas de couper le courant. La conférencière cite les exemples d’une salle d’opération en activité, et celui d’une mine, que l’absence d’électricité plongerait dans le noir ou priverait d’air. La norme permet de travailler sous tension, par exemple si une vie est en danger, si le péril qu’entraîne la coupure du courant dépasse le danger de l’électricité, s’il faut de la tension pour faire le travail, enfin si les conducteurs et les circuits fonctionnent à des tensions de moins de 50 V. « Toutefois, mis à part le mesurage et le dépannage, ces situations sont extrêmement rares », rappelle la conférencière.

Pour travailler sous tension, il faut un permis. La norme Z462 détaille les huit éléments qui doivent y figurer : 1) la description de la tâche, du circuit et de l’appareillage; 2) la justification de faire les travaux sous tension; 3) les méthodes de travail sécuritaire retenues; 4) l’analyse du risque de décharge (avec voltage, périmètre et EPI); 5) l’analyse du risque d’arc électrique (avec énergie incidente, catégorie d’EPI et périmètre); 6) la protection des personnes non qualifiées; 7) la séance d’information sur la tâche et les risques particuliers; 8) la signature par une personne responsable ou en autorité de l’approbation des travaux. Seules exceptions à l’exigence d’un permis : des travaux d’essais, de dépannage ou de mesurage de tension, pourvu que la méthode de travail sécuritaire soit appliquée à la lettre et que soit porté l’équipement de protection individuelle adéquat selon le type de courant et la nature du risque.

Pour chacun de ces huit éléments, on ne badine pas. La planification doit être rigoureuse. De plus, des pratiques de travail sécuritaires doivent assurer la protection des travailleurs exposés à des dangers électriques associés à des conducteurs ou d’autres éléments de circuit qui sont ou peuvent être sous tension. Ces pratiques doivent correspondre aux dangers électriques et aux risques connexes. Les pratiques de travail sécuritaires appropriées doivent être déterminées, avant que toute personne ne soit exposée aux dangers électriques en cause, d’après une appréciation du risque de décharge électrique et une appréciation du risque d’éclats d’arcs. Seules des personnes qualifiées doivent être autorisées à travailler avec des conducteurs ou d’autres éléments de circuit qui n’ont pas été placés dans une situation de travail sans danger électrique.

Les périmètres de protection contre les chocs électriques désignés comme limités et restreints doivent être applicables à la situation d’exposition du personnel à des conducteurs ou d’autres éléments de circuit sous tension. Dans certains cas, le périmètre d’éclats d’arcs représente une distance plus grande, par rapport aux conducteurs et autres éléments de circuit sous tension à découvert, que le périmètre d’accès limité. Le périmètre de protection contre les décharges électriques et le périmètre de danger d’éclats d’arcs sont indépendants l’un de l’autre.

L’équipement de protection individuelle doit être en bon état, inspecté, bien ajusté, fourni par l’employeur et choisi dans la bonne catégorie, selon le type de risque et en fonction des tableaux figurant dans la norme ou sur l’étiquette de l’appareillage si l’étude d’arc électrique a été effectuée. Les outils doivent être isolants. Les travailleurs exposés doivent avoir été dûment formés et porter tout leur équipement de protection, y compris les sous-vêtements, et avoir laissé au vestiaire leurs bijoux, chaînes, montres, etc., bref tout objet métallique conducteur. La norme fournit la liste des tâches pour lesquelles les EPI doivent être portés de même que leur catégorie, aussi bien pour la décharge électrique que pour l’arc électrique.

Avec tous les détails et les précisions qu’elle contient pour favoriser la sécurité, peut-on vraiment se passer d’observer une norme lors de travaux d’électricité?

COMPÉTENT ET QUALIFIÉ; LA MÊME CHOSE?

La question peut surprendre, mais elle est toujours source de débats. La norme Z462 établit une précision importante. S'avère qualifiée une personne ayant des compétences et des connaissances adéquates relativement à la conception et à l’exploitation d’appareillages et d’installations électriques. Mais aussi une personne ayant reçu une formation en sécurité qui lui permet de déterminer et d’éviter les risques dans ce domaine. Cette formation doit être suivie tous les trois ans maximum, et dans un intervalle plus court lors d’un changement à l’usine, par exemple le passage en mode courant continu plutôt qu’alternatif, ou l’installation d’un nouvel appareillage. La qualification ne vient donc pas avec la compétence. C’est la formation reçue en matière de sécurité électrique qui la fournit et qui fait toute la différence.

Pour en savoir plus : Guide d’information sur les dispositions réglementaires – Cadenassage et autres méthodes de contrôle des énergies, CNESST, 2016, DC200-1579-1 (2016-04).