Quand boulot est synonyme de maux de dos...

Photo : Shutterstock
Photo : Shutterstock

En 2016, lorsqu’on examine les plus récentes statistiques de la CNESST, les entorses lombaires et dorsales constituent le trouble musculosquelettique le plus commun dans la société.

Au Canada, la lombalgie est responsable de l’utilisation de près de la moitié des ressources médicales dédiées aux troubles musculosquelettiques, et elle arrive au premier rang à l’origine des consultations médicales chez les 60 ans et moins. C’est un mal de plus en plus fréquent chez les travailleurs au pays et principalement chez les conducteurs professionnels, qui doivent composer avec les vibrations qu’occasionnent les véhicules pendant leurs quarts de travail. C’est le sujet dont a traité Charles Côté lors de la conférence qu’il a donnée dans le cadre du Grand Rendez-vous annuel en santé et sécurité du travail, organisé par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité (CNESST), les 1er et 2 novembre derniers, à Montréal.

Plusieurs facteurs peuvent contribuer au développement ou à l’accentuation des douleurs lombaires et l’on peut se les remémorer en tout temps à l’aide de l’acronyme POIDS-V. Le « P » est pour posture, qui est très importante, autant en posture assise qu’en posture debout. « Si vous vous tenez penchés vers l’avant, ça ne va pas bien! Et en posture assise, j’espère que vous vous adossez de temps en temps pour reposer vos vertèbres, car une posture très droite est un peu plus souffrante. En posture assise, la pression sur les vertèbres est supérieure à celle qui s’exerce en position debout et lorsque vous êtes penchés vers l’avant, cette pression augmente encore », mentionne Charles Côté. Il s’agit donc d’éviter l’inclinaison du cou, de la tête et du tronc. La lettre « O » est pour objets manipulés. Un travailleur ou une travailleuse, de façon générale, peut manipuler et déplacer des objets avec un poids restreint (idéalement inférieur à 20 kg). Ce poids peut représenter près de 35 % de leur force maximale (soit un effort inférieur à 4 sur 10) pour que ce soit sécuritaire. Le « I » est pour individu. Il faut donc connaître le sujet, le sexe, l’âge, le tour de taille, la grandeur, la structure musculaire, etc. La lettre « D » pour durée, selon la table de SNOOK, mentionne combien de temps un individu peut soulever une charge d’un poids X et appliquer une certaine force.

Le « S » est pour statisme. « Le statisme tue », s’exclame M. Côté. Les muscles ont besoin de dynamisme et de réchauffement. Le « V » final, pour vibrations, est ce qu’on a ajouté pour les conducteurs professionnels, notamment. Les disques sont extrêmement vulnérables aux vibrations que peut causer la route, par exemple. Il y a également des vibrations lors d’un travail en position debout, mais elles sont absorbées par les hanches, les genoux et les chevilles, ce qui occasionne moins de dommages au dos. Par contre, en position assise, le dos est soumis directement à ces vibrations. Mis à part les facteurs physiques qui causent les maux de dos, le stress psychologique s’ajoute à la liste. « Il faut faire attention à nos relations de travail. Ceux qui sont plus heureux en milieu de travail souffrent moins de lombalgie », nous apprend Charles Côté.

Et au bureau?

« Lorsque l’on conçoit un poste de travail en ergonomie, c’est important de tenir compte du confort, lequel varie d’une personne à une autre. Il est donc important de toujours avoir plusieurs sujets. Il faut également mesurer différentes dimensions », explique M. Côté. Lors du travail assis, en premier lieu, il faut mesurer l’assise de la chaise, puisque 60 % du poids de notre corps se trouve directement sur cette dernière. Si le genou arrive trop directement dans l’assise, cela crée un engourdissement au niveau du dos, puisque la région poplitée, derrière le genou, est très vascularisée. Il doit y avoir, au minimum, un espace de trois doigts entre l’assise et le creux poplité. Également, une chaise en milieu de travail a une durée de vie de sept ans lorsqu’un employé s’y assoit plus de quatre heures par jour; après ce temps, la densité d’assise est brisée. Quel angle peut-on donner à notre dossier par rapport à l’assise? À cette question, Charles Côté répond qu’un angle de 100 à 115 degrés d’ouverture est idéal. Les appuie-bras sont aussi importants pour les épaules et la symétrie du dos. Un bras porte 8 % du poids total du corps humain; il est donc important de le reposer. Certains préfèrent mettre les bras sur l’appuie-bras et d’autres directement sur le bureau. L’avantage du bureau est d’être symétrique, ce qui est primordial pour le corps humain. S’il y a des appuie-bras, ils doivent se trouver précisément à la même hauteur. La hauteur du dossier n’a rien à voir avec le confort du bas du dos; une hauteur de dossier au milieu du dos suffit pour protéger celui-ci. Toutefois, lorsqu’une personne conduit, cette règle est différente, puisque l’occiput doit être protégé en cas d’impact. Il devrait y avoir 8 mm d’espace entre l’occiput et l’appui-tête.

De nos jours, la technologie nous force à être en position assise durant de nombreuses heures consécutives. Toutefois, le corps humain peut rester statique, en position assise, durant en moyenne 90 minutes. Après ce temps, il faut se lever pour vasculariser la région lombaire et sacrée de la colonne vertébrale. La variation des positions debout/assis est très bonne pour le bas du dos si vous êtes en bonne forme physique. De plus, les muscles du cou sont très fragiles, les extensions cervicales (le fait de placer sa tête vers l’arrière) sont donc à éviter. Il ne faut pas placer l’écran d’ordinateur trop haut; une meilleure solution serait, au si un travailleur a une charge de plus de 4 ou 5 kg à soulever, il devrait privilégier la posture debout à la posture assise pour la soulever afin d’utiliser les muscles forts des jambes (les muscles quadriceps et ischio-jambiers).

Et à la maison?

Les disques intervertébraux, qui se trouvent entre chaque vertèbre du dos, contiennent du liquide synovial. Ce liquide permet de lubrifier l’articulation. Les disques font office d’amortisseurs, et pendant la journée, à chaque choc, une infime quantité du liquide est expulsée du disque. Toutes les nuits, les disques se réhydratent, par un mécanisme d’aspiration. Toutefois, il faut dormir au moins six heures pour redonner aux disques un liquide convenable, et de 7 heures et demie à 8 heures et demie afin de retrouver le bon niveau de vigilance pour passer au travers d’une journée complète. « La science est catégorique : il y a trois manières de renouveler notre liquide intervertébral. Il s’agit de boire 1,5 litre d’eau par jour, de faire quatre fois 30 minutes d’activité aérobique et d’avoir un sommeil réparateur de six heures par nuit! Les sommeils perturbés ne doivent pas se répéter trop souvent », allègue M. Côté. Il faut bouger, tout en dosant convenablement l’activité physique quotidienne. « Prenez garde aux activités qui dépassent deux heures. Si on s’y expose quatre heures tous les jours, il y aura usage abusif des tendons et c’est à ce moment que peuvent survenir les blessures musculosquelettiques », ajoute M. Côté. Pour terminer, il est possible de varier les activités physiques et les conditions de l’exécution de l’exercice en vue de permettre aux différents muscles de travailler.


Le Centre de documentation vous recommande