Policiers : comment aménager votre véhicule?

Sources : APSSAP
L’équipement d’une auto-patrouille comporte de plus en plus d’éléments qu’il faut caser dans un espace restreint.

En milieu policier, une tendance générale est observée : les dimensions des autopatrouilles diminuent, mais pas nécessairement celles des patrouilleurs!

Au cours d’un quart de travail, ces derniers passent de longues heures en position assise dans leur véhicule de service, lequel doit être confortable. Pour ce faire, l’aménagement de certains outils et équipements est nécessaire.

Une jeune policière de 21 ans est assise dans un véhicule de marque Ford. Elle mesure 1,50 mètre et souffre de lombalgie chronique. En effet, les paramètres de référence utilisés en ergonomie nous indiquent que le siège d’un véhicule comme celui du Ford Taurus a été conçu pour un homme moyen mesurant 1,8 mètre et pesant 68 kilogrammes. « Quelqu’un m’a déjà demandé si j’avais une solution miracle pour éviter les problèmes. Je leur ai répondu de faire un dessin sur le mur avec les dimensions idéales, et tous ceux qui ne correspondent pas au modèle, qui sont plus grands, plus gros ou plus petits ou qui ont de plus longues jambes, vous ne les embauchez pas! Il y aura toujours des personnes de tailles et de dimensions différentes », lance à la blague Esther Thibault, conseillère en prévention à l’Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail, secteur Administration provinciale (APSSAP).

« Le problème, c’est qu’il n’y a pas un seul concepteur de véhicule qui a un jour pensé qu’on mettrait un ordinateur à l’intérieur, ou bien qu’on y rédigerait des rapports à partir de celui-ci. C’est pour cette raison que l’on doit se préoccuper de l’aménagement de ce genre de véhicule », ajoute-t-elle. En ergonomie, on travaille avec le principe des compromis acceptables. Il s’agit de l’adaptation du travail au travailleur, mais dans une automobile, on ne peut malheureusement pas atteindre cet objectif à 100 %. Avant d’arriver aux paramètres de confort, deux éléments doivent être analysés : l’efficacité et la sécurité. Le confort est de troisième ordre.

L’efficacité, la sécurité et le confort

Tout d’abord, il faut évaluer les tâches que les corps policiers désirent voir les patrouilleurs effectuer dans le véhicule. Les tâches multiples, c’est-à-dire celles que le conducteur doit faire en même temps que conduire le véhicule, doivent être la première préoccupation. Il faut s’assurer d’utiliser des systèmes et des logiciels qui réduisent la charge mentale. On doit donc se demander quels sont les gestes posés dans l’automobile et qui les pose. Comment le travail est-il partagé? Qui utilise quels équipements dans certains déplacements particuliers? « En milieu policier, la sécurité doit être une préoccupation constante. Porter le regard sur l’écran plutôt que sur la route peut occasionner des incidents, et l’expérience de conduite est très variable. Il peut être difficile de conduire et de s’occuper d’autres choses en même temps! Ça commence à être préoccupant en matière de santé et de sécurité », s’exclame Esther Thibault. La consigne de plusieurs organisations est pourtant claire : les policiers ne peuvent pas utiliser l’écran en roulant. Règle qui n’est pas toujours respectée selon la conseillère en prévention. Elle recommande donc de l’utiliser à basse vitesse ou à une intersection s’il s’agit d’une nécessité. Des normes de sécurité restreignent aussi les possibilités dans un véhicule. Les équipements doivent être localisés en dehors des zones de déploiement et de dégagement des coussins gonflables et ils doivent être arrimés de manière à rester en place au moment d’un impact.

En ce qui a trait au confort, une des premières choses qu’il faut prévoir dans l’aménagement d’un véhicule est de disposer le matériel à l’intérieur des zones d’atteinte. « Ce qui nous préoccupe, c’est l’endroit où on localise des équipements en privilégiant ceux utilisés par les policiers lors de la conduite. On sait que l’on peut localiser le matériel utilisé à l’arrêt, la billetterie par exemple, dans des zones moins accessibles qui peuvent nécessiter un mouvement de torsion pour y accéder », constate Mme Thibault. Les policiers doivent faire de plus en plus de tâches directement dans leur véhicule et l’APSSAP essaie doucement de sensibiliser les organisations aux conséquences de leurs choix, de les inviter à offrir des solutions de rechange aux patrouilleurs et de revenir à des pratiques, comme les instructions vocales dans les déplacements d’urgence. De cette façon, on s’assure que le travailleur a les deux mains sur le volant et les yeux sur la route, et qu’il reçoit les consignes vocalement sans avoir à consulter son écran. En ce qui a trait à la radio, il faut la placer dans un endroit stratégique. « J’ai déjà vu des sorties de route chez des conducteurs parce qu’ils devaient changer le canal de la radio pendant qu’ils roulaient. Si tu conduis et que tes yeux sont ailleurs que sur la route, trois secondes suffisent pour provoquer un accident », raconte Mme Thibault. Il faut également considérer les tâches d’écriture et tous les mouvements du corps qui y sont associés. Y a-t-il suffisamment d’espace pour déposer la tablette de métal et pour écrire? « Sur le plan de l’efficacité, il faut amener les policiers à faire une distinction entre poste de conduite et poste de travail. L’utilisation du poste de travail véhiculaire nécessite souvent de reculer le siège de l’automobile au maximum pour avoir assez d’espace », relate Esther Thibault. Elle ajoute qu’il faut réellement travailler de concert avec les utilisateurs, puisque c’est leur environnement de travail et ce sont eux qui peuvent témoigner des incidences.

Formation inadéquate?

Les systèmes utilisés sont souvent conçus par des gens qui ne travaillent pas avec les personnes à qui ils sont destinés. Les patrouilleurs sont habituellement formés en milieu fermé, dans un établissement, dans une salle de classe, et ensuite, ils reproduisent le tout dans un véhicule de patrouille. Selon Mme Thibault, il faudrait se demander si l’on doit former nos policiers sur l’ergonomie dans les automobiles. Quelques organisations, comme Contrôle routier Québec, ont d’ailleurs intégré cette pratique. Ils ont transformé leurs véhicules d’apprentissage en installant tous les équipements informatisés à l’intérieur du véhicule pour que les patrouilleurs connaissent déjà la situation réelle. « Ils peuvent s’acclimater et ils commencent, dès leur formation, à se cogner les genoux sur l’équipement. Il y a une différence entre utiliser un beau poste assis dans une salle de classe et travailler dans un véhicule autopatrouille équipé d’un ordinateur », mentionne-t-elle. De plus, dans l’aménagement d’un véhicule, on ne peut tenir compte des effets du port du ceinturon ou de la veste pare-balle qui, à eux seuls, peuvent présenter des contraintes posturales pour les patrouilleurs avant même qu’ils ne soient assis dans le véhicule. Il faut donc essayer d’en minimiser les conséquences.

Aucune solution miracle

Les problèmes musculosquelettiques apparaissent lorsque l’on tente de tout faire dans le véhicule. Il n’y a pas de recette miracle, mais il est possible de mettre en place des stratégies. Par exemple, offrir aux patrouilleurs le choix d’aller remplir leurs rapports dans des postes terrestres. « Bougez! Elle est là, la solution! C’est certain que si vous voulez que les patrouilleurs fassent tout dans le véhicule, commencez tout de suite le décompte! », s’exclame Esther Thibault. Également, dans la plupart des accidents, les blessures ne sont pas causées par la force de l’impact, mais plutôt par tous les équipements disposés dans une autopatrouille qui ne sont pas fixés correctement, qui se détachent et qui peuvent frapper les occupants. Il faut donc bien arrimer les équipements. Il y a des « tests d’arrachement » effectués, au cours desquels une fixation doit pouvoir supporter un impact équivalant à 20 fois le poids de l’objet. Pour cela, il faut travailler avec des installateurs professionnels et avoir des devis d’installation clairs de manière à mettre toutes les chances de son côté! Selon Mme Thibault, la meilleure façon pour obtenir de bons résultats est de s’assurer d’avoir une démarche globale. Elle croit qu’il faut réussir à réunir, en même temps, au même endroit, tous les intervenants qui ont un pouvoir décisionnel sur le choix des équipements. Qui achète les véhicules? Qui choisit les moyens de communication? Qui les entretient et qui veille à faire les installations? Il faut également établir une grille décisionnelle et effectuer des bancs d’essai. Envoyer des véhicules sur la route durant un certain temps, avec des grilles d’évaluation, est un exercice qui, à ce jour, demeure concluant. À l’aide de ce matériel, les utilisateurs peuvent soulever des problèmes qui trouveront des solutions adaptées. Il ne faut donc pas perdre de vue que l’intégrité du travailleur est la priorité numéro un. « C’est un exercice difficile, mais nécessaire », conclut Esther Thibault.


Pour en savoir plus : Un guide complet sur l’aménagement véhiculaire, L’aménagement du véhicule de patrouille : sous la loupe de l’ergonomie.