Gestion parasitaire – Éradiquer dans les règles de l’art!

Spécialiste en gestion parasitaire. Source : Shutterstock
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Quand rats, souris, coquerelles, punaises de lit et autres parasites vivent et prolifèrent trop près des humains, le technicien en gestion parasitaire entre en action. Protéger sa santé, celle de ses clients et l’environnement fait aussi partie de son mandat.

Les parasites vivent aux dépens des autres. Il est difficile de les tolérer, car ils détériorent de façon plus ou moins importante la santé, les structures, les bâtiments ou les aliments. Un rongeur comme le rat peut être un vecteur de virus et de bactéries transmissibles comme E. coli et C. difficile, en plus de faire des trous, de creuser des tunnels. Les fientes de chauve-souris ou de pigeons sont fréquemment contaminées (bactéries, virus, champignons, agents allergènes, etc.), et plusieurs rongeurs tels que la souris sylvestre véhiculent un virus potentiellement mortel pour l’humain. Il est transmis par inhalation des aérosols de poussières contaminées par les déjections, l’urine ou toute autre sécrétion. Les coquerelles produisent des excréments allergènes. De plus, elles sont porteuses d’agents infectieux comme la salmonelle, qu’elles peuvent transmettre en se promenant sur les aliments. Les punaises de lit se nourrissent de sang, déclenchent des démangeaisons et empêchent la personne atteinte de bien dormir. La liste des intrus dont l’humain a intérêt à se protéger est plutôt longue.

Dans le cas d’une infestation, il vaut mieux embaucher un technicien bien formé en gestion parasitaire, celui qu’on appelle souvent l’exterminateur. C’est lui l’expert qui devrait reconnaître les différents parasites, soupeser les risques et déterminer le meilleur moyen de s’en débarrasser, le tout de la manière la plus sécuritaire possible.

Technicien en gestion parasitaire. Source : Shutterstock
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Cependant, le monde de la gestion parasitaire a encore de nombreux défis à relever. L’expertise n’est pas toujours au rendez-vous, la manière utilisée pour éradiquer les parasites n’est pas forcément la meilleure et la manipulation de produits parfois toxiques ne se fait pas tout le temps selon la réglementation et les règles de l’art. Mis en lumière au cours de récents reportages sur les ratés de l’extermination, cet état de fait engendre des risques bien réels et documentés pour la santé des travailleurs autant que pour celle des occupants des résidences touchées, auxquels s’ajoute la possibilité de contaminer l’eau, l’air, le sol et les biens.

C’est pourquoi de nombreux experts, dont ceux de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) et de la santé publique, ont contribué à l’élaboration d’une formation de plus de 600 heures qui permettra d’obtenir une attestation d’études professionnelles (AEP) en gestion parasitaire. Cette formation vise à produire de véritables experts, capables de placer l’efficacité et la sécurité de tous au sommet de leurs valeurs professionnelles.

C’est le Centre de formation professionnelle Samuel-De Champlain (Commission scolaire des Premières-Seigneuries) qui a lancé une étude de pertinence pour la mise sur pied d’un programme d’études en gestion parasitaire en collaboration avec des partenaires de l’industrie. À la suite du dépôt de cette étude, le Centre Samuel-De Champlain a reçu l’autorisation du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur de produire un projet de programme. La rédaction de celui-ci et des documents l’accompagnant ont été complétés au début de l’année 2017. Ces travaux, qui ont mobilisé un grand nombre de partenaires associés à l’industrie de la gestion parasitaire, sont donc très avancés ; nous sommes aujourd’hui en mesure de penser que la formation des premiers élèves en gestion parasitaire puisse se dérouler dès la rentrée scolaire 2017-2018. Il est important de souligner que ce programme pourra être offert dans les centres de formation professionnelle des commissions scolaires qui le souhaitent, n’importe où dans la province.

La santé et la sécurité du travail au cœur de la future formation

Le milieu de la gestion parasitaire s’entend sur le besoin et la pertinence d’une formation reconnue. C’est dans ce contexte que le Centre Samuel-De Champlain a fait appel à des experts pour participer à l’analyse de cette profession. Cette dernière lui permettra de concevoir une formation qui intègre tous les aspects de la santé et de la sécurité.

Aujourd’hui encore, pour devenir exterminateur, il suffit de réussir l’examen du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) sur l’application des pesticides, appelé CD5. La plupart des travailleurs apprennent le métier sur le tas, avec un mentor. Le milieu compte beaucoup de petites entreprises, parfois avec un ou deux employés seulement. « Il y a parfois, dans cette industrie, une certaine dose d’improvisation, et les gens ne travaillent pas tous de façon professionnelle, précise Onil Samuel, responsable du groupe scientifique sur les pesticides à l’Institut national de santé publique du Québec, Direction de la santé environnementale et de la toxicologie. Certains travailleurs utilisant mal les produits, s’exposent [eux-mêmes ainsi que les personnes qui habitent sur les lieux] de façon inacceptable. Plusieurs cas de surexposition chez des personnes qui ont eu des problèmes de santé à court et à moyen terme ont été rapportés. N’avoir que des connaissances minimales ne suffit pas pour faire ce métier et utiliser des produits dangereux. »

En parallèle, certaines grandes entreprises bien structurées s’occupent de la gestion parasitaire de façon plus professionnelle. « Elles ont souvent des comités de santé-sécurité, des plans d’intervention, et leurs employés sont bien formés », indique Linda Berchiche, conseillère en prévention-inspection à la CNESST. L’Association québécoise de la gestion parasitaire (AQGP), qui représente 80 entreprises professionnelles, fait aujourd’hui de gros efforts pour que ses membres travaillent de la bonne façon, dans le respect de la santé de chacun. « Chez les leaders de cette industrie, on sent une réelle volonté d’assainir la pratique, ajoute Louis Isabel, directeur adjoint du Centre de formation professionnelle Samuel-De Champlain. Ils veulent que leurs membres se perfectionnent, adoptent des pratiques standardisées et respectent des règles éthiques internes parmi lesquelles figure la sécurité des travailleurs et des clients. »

« Tout le monde est devenu conscient qu’il faut encadrer et former les intervenants de cette profession, surtout les nouveaux », ajoute Linda Berchiche.

L’AEP en gestion parasitaire en train de voir le jour dans un contexte favorable comportera une quinzaine de compétences. « Cinq d’entre elles portent plus spécifiquement sur différents aspects de la santé et de la sécurité du travail, même si ce thème est associé à chacune des étapes de la formation au fur et à mesure de l’apprentissage du métier. D’ailleurs, la maîtrise des connaissances requises et des pratiques recommandées en matière de santé et sécurité fera partie intégrante des évaluations en aide à l’apprentissage et aux fins de sanction. Les milieux de formation adopteront des pratiques exemplaires et s’assureront que le matériel, l’équipement et l’environnement d’apprentissage répondront aux normes et aux règles en vigueur », explique Louis Isabel. Voici succinctement quelques exemples de situations couvertes par le programme en matière de santé et sécurité du travail. L’élève apprendra le transport, la préparation, l’application et l’entreposage sécuritaires des pesticides, dans le respect des normes. La préparation sécuritaire des divers mélanges servant à éradiquer les parasites constituera l’un des gros morceaux, car l’utilisation de produits concentrés à cette étape du processus accentue les risques de façon importante. L’élève reconnaîtra les espèces et leurs stades de développement, on lui enseignera comment prévenir les morsures et éviter d’attraper la rage. Il apprendra à protéger les enfants et les animaux domestiques pendant les arrosages. Le SIMDUT lui sera enseigné, de même que l’art d’utiliser les équipements de protection individuelle. L’élève devra également acquérir de bonnes aptitudes à la communication. Ces dernières lui permettront de transmettre à ses clients des messages jugés importants (de sécurité à la suite d’une intervention chimique ou d’hygiène pour prévenir d’autres infestations) et d’intervenir efficacement auprès de ceux qui sont difficiles.

D’autres moyens pour contrer les risques chimiques

« Les pesticides représentent une grosse partie du problème pour les travailleurs et pour la population, car ils ont des propriétés toxicologiques et ne sont pas anodins, rappelle Onil Samuel. Une bonne gestion et un bon contrôle des parasites ne font pas systématiquement appel aux pesticides. »

C’est pourquoi il convient toujours d’explorer d’autres moyens ou une combinaison de moyens avant de passer à l’éradication chimique. Les pesticides sont moins efficaces sur les parasites adultes que sur les nymphes, et complètement inefficaces sur les œufs dans le cas des punaises de lit. On peut donc envisager les traitements thermiques (chaleur, froid), biologiques, les pièges mécaniques et la prévention, ce qu’on appelle la gestion intégrée. Il s’agit d’une manière globale d’envisager le problème et les solutions. Pour la mener à bien, il faut installer des réseaux de détection avec pièges, obtenir des données sur les populations d’organismes nuisibles, les conditions ambiantes et l’historique des lieux. Ces renseignements permettent à l’expert d’établir un diagnostic et de choisir ensuite la ou les meilleures stratégies d’intervention. Apprendre aux gens à appliquer des règles strictes d’hygiène à l’intérieur et à l’extérieur des bâtiments constitue une des tâches du technicien en gestion parasitaire et une étape fondamentale pour réduire au minimum les sources de nourriture des organismes nuisibles, donc leur prolifération. Récemment, les partenaires du ministère de la Santé et des Services sociaux, du MDDELCC, de la CNESST, de l’AQGP et de la Ville de Montréal ont réalisé un guide sur le contrôle des punaises de lit qui met en lumière les différentes approches de rechange pour le contrôle de ces insectes nuisibles. Vous pouvez consulter ce guide au www.mddelcc.gouv.qc.ca/pesticides/permis/code-gestion/feuillet_punaise.pdf.

Mais il y a des situations où l’on ne peut pas faire autrement : il faut avoir recours à la chimie pour gagner la bataille. Certains des produits utiles en pareilles circonstances sont toxiques. En vertu de la Loi sur les produits antiparasitaires, il faut respecter en tout temps les conditions d’utilisation inscrites sur l’étiquette. Seuls des produits homologués peuvent être utilisés, même si l’on en trouve sur le marché qui ne le sont pas. « Il est peu probable de subir des effets extrêmement graves avec des produits homologués tandis qu’on a vu des cas de décès avec les produits interdits », précise Onil Samuel.

La liste des pesticides homologués par Santé Canada pour lutter contre les parasites varie dans le temps. L’expert doit donc se tenir au courant. Au début de 2016, pour le contrôle des punaises de lit, par exemple, les ingrédients actifs suivants étaient permis dans des insecticides sous forme de poudre, liquide, poudre mouillable et aérosol : acide borique, cyfluthrine,d-phénothrine, d-trans-alléthrine, lambdacyhalothrine, perméthrine, pralléthrine, pyréthrines et tétraméthrine.

Au Québec, les experts en gestion parasitaire doivent également se soumettre au Code de gestion des pesticides du MDDELCC, qui réglemente l’entreposage, la préparation et l’application des pesticides. Il s’agit d’un incontournable qui vise à protéger la santé et l’environnement. L’expert y trouve la classification fédérale et provinciale des types de pesticides homologués, les différentes règles qui s’appliquent et les nuances entre les types de permis. En vertu de la Loi sur les pesticides et du Règlement sur les permis et les certifications pour la vente et l’utilisation des pesticides, les experts en gestion parasitaire ont également l’obligation de tenir et de conserver des registres d’achat, de vente et d’utilisation des pesticides.

Le fait qu’un produit soit homologué et que son utilisation soit consignée dans un registre ne lui enlève toutefois pas sa toxicité. Entre 2008 et 2015, 72 cas d’intoxication ont été déclarés à Santé Canada. Dans la moitié des cas, ils résultaient d’un mauvais usage des pesticides. Plusieurs types d’exposition sont possibles: faible, moyenne ou grande sur de courtes ou de longues périodes, avec des conséquences variables selon les cas. Le technicien en gestion parasitaire peut entrer en contact avec des produits irritants ou corrosifs, inhaler des aérosols et des poussières de pesticides, et ses clients aussi. La toxicité aiguë peut engendrer les effets suivants : convulsions, paresthésie, maux de tête, troubles digestifs, irritation cutanée, difficultés respiratoires, douleurs abdominales, hypersalivation, irritation des yeux, larmoiement, fatigue généralisée, nausées, tachycardie, transpiration excessive, tremblements, troubles d’élocution, vertige, vision brouillée et vomissements. En matière de toxicité chronique, on signale l’apparition d’allergies, de cancers, de troubles neurologiques, de perturbations endocriniennes, d’effets sur la reproduction et sur le développement.

Le technicien doit donc se protéger de ces risques en travaillant selon les méthodes reconnues. Par exemple, il peut utiliser les plus petites quantités possible de pesticides lorsque ceux-ci sont absolument nécessaires, préférer les produits les moins toxiques en respectant toujours les conditions d’utilisation inscrites sur les étiquettes et éviter les « mélanges maison » non homologués. Il doit porter l’équipement de protection individuelle (EPI) comme inscrit sur l’étiquette du produit : gants, lunettes, vêtements de travail et appareil de protection respiratoire. À l’heure actuelle, toutefois, le port de l’équipement de protection reste le parent pauvre de la sécurité. Comme expliqué un peu plus loin à la section intitulée « La Loi sur la santé et la sécurité du travail et la hiérarchie des moyens de prévention », les étapes de la mise en place d’une procédure sécuritaire favorisent d’abord l’élimination à la source des dangers. En revanche, il faut dire que les exterminateurs évitent de se vêtir comme des cosmonautes pour ne pas faire peur aux clients et prennent donc des risques inutiles. Dans la formation en préparation, l’élève apprendra à gérer ces situations délicates. Si le niveau d’exposition ne peut être déterminé et que le travailleur risque d’être exposé à une quantité élevée de pesticides, il serait souhaitable que l’employeur lui fournisse un appareil de protection respiratoire et mette en place un programme de protection respiratoire. Après l’application d’un pesticide, le travailleur doit changer de vêtements et retirer ses EPI et les ranger dans un endroit propre et sécuritaire, après les avoir décontaminés selon les règles établies. Il ne peut pas les laver dans la lessive familiale. Pendant l’application de pesticides ou après, il ne doit ni manger, ni boire, ni fumer sur place. Tous les outils ayant servi à la préparation et à l’application des pesticides doivent être nettoyés et rangés dans un endroit propre et sécuritaire. Le véhicule de travail doit être muni d’un compartiment étanche à l’extérieur de l’habitacle du conducteur pour y ranger les vêtements contaminés. Après chaque traitement, le travailleur doit se laver les mains et la figure, et il doit prendre une douche à la fin de sa journée de travail.

La gestion parasitaire implique la décontamination d’endroits habités privés et publics. L’une des tâches de l’expert consiste donc à informer les occupants des délais nécessaires avant de retourner sur les lieux, ce qu’on appelle le délai de réentrée. Un adulte en santé doit patienter 6 heures. Un délai de 12 heures est requis pour ceux qui souffrent de problèmes respiratoires, d’allergies, et pour les enfants qui marchent. Pour le bébé âgé de 0 à 12 mois, l’enfant qui ne marche pas encore et la femme enceinte, le délai s’élève à 24 heures. Si le délai de réentrée inscrit sur l’étiquette du produit est supérieur, c’est celui-là qui s’applique. Ce délai est nécessaire pour empêcher les occupants, principalement les enfants en bas âge et les animaux domestiques, d’entrer en contact avec des résidus de pesticides.

Des risques d’autre nature

« D’autres risques sont inhérents aux tâches du travailleur en gestion parasitaire. Par exemple, ceux d’électrisation, de brûlure ou de chute découlant de mouvements involontaires. Il peut subir des contraintes thermiques importantes en travaillant par grande chaleur ou grand froid. Il peut aussi subir des contraintes ergonomiques résultant de postures inconfortables pour atteindre des endroits exigus comme des combles ou des vides sanitaires, ou encore en déplaçant des objets lourds. Il peut entrer en contact avec des virus, bactéries, moisissures, toxines, carcasses ou agents allergènes, etc. Dans les endroits exigus, il risque de se faire mordre », précise Linda Berchiche.

Il convient donc de réaliser un plan de travail pour repérer les risques avant de commencer, en y incluant les moyens de prévention pour chacun d’entre eux. Par exemple, isoler le matériel électrique sous tension. Le travail peut être organisé selon les conditions atmosphériques, en choisissant des tenues appropriées et en ventilant adéquatement les endroits clos ou mal aérés. Plusieurs techniques d’organisation du travail peuvent être apprises pendant des formations. Par exemple, le travailleur peut utiliser de l’équipement pour soulever des charges. Il peut aussi, quand c’est possible, exécuter le travail à partir du sol plutôt que de le réaliser en hauteur.

Visites à domicile : en contact malgré soi

Selon un rapport de la Santé publique de 2015, à Montréal, 1 ménage sur 10 est infesté par des rongeurs, des punaises de lit ou des coquerelles. Les punaises de lit ont pour leur part envahi la grande périphérie métropolitaine et, dans une certaine mesure, tout le Québec.

Des travailleurs offrant du soutien à domicile (travailleurs sociaux, infirmières, psychologues et auxiliaires familiales, etc.), la plupart du temps rattachés à un centre local de services communautaires (CLSC), visitent des individus ayant différents problèmes de santé. Les personnes souffrant de démence, de trouble obsessionnel-compulsif, de schizophrénie, d’alcoolisme, de déficit de l’attention, de retard mental ou de pertes cognitives peuvent éprouver des difficultés à gérer des problèmes d’infestation. Ainsi, les travailleurs qui leur fournissent l’aide et les soins dont ils ont besoin se retrouvent malgré eux en présence de parasites.

Parfois, les travailleurs offrant un soutien à domicile se retrouvent malgré eux en
présence de parasites. Dans ce type de situation, la vigilance est de mise. - Source : Shutterstock
Parfois, les travailleurs offrant un soutien à domicile se retrouvent malgré eux en présence de parasites. Dans ce type de situation, la vigilance est de mise.
Source: Shutterstock

Que faire? « Il faut immédiatement signaler toute infestation au chef de service dans le but que soient déclenchées des mesures d’éradication, rappelle Julie Bleau, conseillère en prévention à l’Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail du secteur affaires sociales (ASSTSAS). Dans certains cas, l’employeur devra aussi fournir des vêtements de protection. Ensuite, il convient de respecter l’ensemble des procédures mises au point par l’ASSTSAS à chacune des visites qui précèdent l’extermination. »

Pour éviter que la poussière des excréments séchés de la souris sylvestre soit mise en circulation dans l’air, il faut ramasser ceux-ci en les recouvrant d’un linge humide et avec des gants de caoutchouc, jamais à mains nues. S’il y en a beaucoup, un masque de type N-95 est de mise pour ne pas respirer d’éventuelles poussières contenant des virus. Les gants de caoutchouc sont également incontournables pour ramasser un piège avec un rongeur. Après, il faut arroser l’animal et le piège avec une solution faite d’une cuillère à soupe d’eau de Javel diluée dans un litre d’eau. Il faut ensuite mettre le tout dans un sac plastique bien fermé et le jeter dans une poubelle étanche.

Pour la punaise de lit, en attendant que le technicien en gestion parasitaire ait réglé le problème, il faut apporter le strict minimum requis dans la maison. Le matériel devra être déposé sur la table de la cuisine et, si l’infestation est majeure, sur une surface de plastique pâle (par exemple, un sac à ordures blanc de grande dimension). On doit éviter de déposer les objets par terre, ou sur un divan, un lit, une chaise rembourrée. La cuisine est un meilleur choix, car les punaises s’y trouvent rarement. Le manteau et les autres objets personnels pourront être déposés dans un grand sac à ordures blanc ; on ne le détache et on ne l’ouvre qu’en dehors de l’appartement, en prenant soin de vérifier la présence d’éventuelles petites taches brunes sur la surface pâle. On vérifiera la possible présence de punaises sous les chaussures, aux poignets, dans les poches et au col des vêtements. Les vêtements pâles et amples sont à préférer aux vêtements foncés. Il est recommandé de mettre des chaussures de papier pour se déplacer dans la maison. Si l’infestation est confirmée, on peut revêtir une jaquette jetable de papier ou de plastique pour fournir les soins nécessaires, surtout s’ils se déroulent près d’un matelas ou d’un divan. Cette jaquette devra être jetée à l’extérieur de l’appartement dans un sac plastique bien fermé. Un piqué peut aussi servir d’écran sur une chaise rembourrée ou encore entre le travailleur et le matelas. En cas de doute sur la présence de punaises sur ses vêtements, un travailleur peut les mettre dans un sac de plastique pâle hermétiquement fermé et le placer au congélateur durant 24 heures, à -20 degrés Celsius, les laver à l’eau très chaude si possible, ou les mettre dans la sécheuse au moins 30 minutes à haute température.

Dans les cas d’infestations majeures, le travailleur du CLSC appelé en renfort pour préparer le domicile à la venue des exterminateurs doit revêtir une combinaison protectrice pour vider garde-robes, commodes et tout autre mobilier pouvant contenir des vêtements susceptibles d’héberger des punaises. Il convient d’expliquer à la personne pourquoi on prend ces mesures. Cette visite sera idéalement la dernière de la journée. Toutes les informations seront consignées au dossier, y compris les méthodes de prévention utilisées.

La Loi sur la santé et la sécurité du travail et la hiérarchie des moyens de prévention

« La Loi sur la santé et la sécurité du travail a pour objet l’élimination à la source même des dangers pour la santé, la sécurité et l’intégrité physique des travailleurs », précise Linda Berchiche. Le travailleur doit être formé et informé des risques liés à sa santé et à sa sécurité sans égard à la taille de l’entreprise. Il doit se protéger et participer à la détermination et à l’élimination des risques. L’employeur, de son côté, a l’obligation de s’assurer que tout est mis en œuvre pour protéger le travailleur et lui fournir les équipements de protection nécessaires.

« L’employeur est responsable d’informer ses travailleurs sur les risques et les moyens de prévention pour s’en protéger », ajoute Linda Berchiche.

La hiérarchie des moyens de prévention s’applique aussi au secteur de la gestion parasitaire. On favorise d’abord l’élimination à la source des dangers, qu’il s’agisse d’un produit, d’une posture ou d’un instrument. On évalue l’exposition pour déterminer si elle n’est pas excessive, on enclenche des mesures de vigilance, on déploie un plan d’intervention ou de secours et, si aucun de ces moyens ne parvient à éliminer le danger, on passe aux EPI.

« Les EPI arrivent toujours en dernier recours dans la hiérarchie des moyens de prévention, indique Linda Berchiche. L’utilisation de la gestion intégrée, qui se base sur des procédés écologiques tels que les pièges et le recours aux espèces prédatrices de manière à éviter les produits chimiques le plus possible, réduirait le besoin d’avoir recours aux EPI. Il y a sur le marché des produits, à quantité égale, qui donnent le même résultat tout en étant moins toxiques et des procédés de contrôle mécaniques dépourvus de toxicité. »

La Ville de Montréal prend la punaise par les cornes

L’armée de punaises de lit gagne du terrain à Montréal. La Ville a choisi d’agir. Son Plan d’action régional de lutte contre les punaises de lit a été enclenché en 2011. La brochette de spécialistes invités à prendre part à cette lutte concertée, outre les spécialistes en santé publique, comprenait aussi les intervenants en gestion parasitaire. La Ville souhaitait alors modifier la réglementation pour obliger ces derniers à déclarer leurs interventions. De plus, elle désirait mettre sur pied un observatoire actif de l’infestation, enquêter sur les impacts sur la santé, déclencher plusieurs activités de communication pour renseigner la population et bonifier les interventions de plusieurs manières, notamment en étudiant les meilleures méthodes de lutte aux punaises et en instaurant une formation destinée aux techniciens en gestion parasitaire. Cette formation devait mener à une certification assurant une éradication efficace et sécuritaire des parasites. Ayant réalisé la plupart de ces activités planifiées, la Ville a intégré sa lutte aux punaises de lit au Plan d’action de lutte à l’insalubrité des logements 2014–2017. Entre juillet 2011 et juin 2016, les techniciens en gestion parasitaire ont effectué plus de 88 000 visites sur le territoire de la Ville et réalisé un traitement dans plus de 50 000 cas!

En 2011, la Ville publiait Les punaises de lit, mieux les connaître pour mieux les comprendre. En plus de faire découvrir les habitudes de vie de la bestiole, les problèmes de santé qu’elle engendre et les méthodes de prévention et de contrôle les plus efficaces, on formule dans ce guide des recommandations concrètes pour le propriétaire, l’exploitant ou le gestionnaire d’immeuble, ainsi que pour les techniciens en gestion parasitaire. Le propriétaire ou l’exploitant sont invités à ne pas tenter de régler eux-mêmes l’infestation et, surtout, à ne pas utiliser d’insecticide, au risque de contribuer à disperser les indésirables plutôt qu’à les éliminer. Le technicien en gestion parasitaire est convié de son côté à inspecter toutes les pièces du logement infesté et tous les logements adjacents. On lui suggère également d’utiliser plusieurs méthodes d’éradication, comme l’aspirateur, la vapeur, l’eau chaude et la mise aux ordures des matelas endommagés, avant d’appliquer des pesticides homologués, au besoin, le long des murs et du sol, dans les fissures du mobilier, derrière les cadres et à tout autre endroit susceptible d’abriter des punaises, mais jamais sur les matelas où dorment les gens. La lutte n’est pas encore gagnée : entre juin 2015 et juin 2016, il y a eu à Montréal 7 000 exterminations contre les punaises de lit! La liste des travailleurs pouvant être touchés est longue : pompiers, professionnels de la santé, gestionnaires d’immeubles, policiers, concierges et travailleurs des refuges, maisons de chambres, hôtels, motels et résidences.

Pour se plonger dans l’univers des parasites

Avant même de parler d’infestation ou de mesures de prévention, il faut apprendre à reconnaître les parasites pour ne pas déclencher de fausses alertes et appliquer le bon traitement selon leur stade de développement. Faisons donc connaissance avec trois parasites populaires qui occupent grandement les experts en gestion parasitaire, afin de constater à quel point leur cohabitation avec les humains peut constituer une source de risque pour la santé.

Coquerelles

Coquerelle. Source : Shutterstock
Coquerelle
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Également nommées blattes ou cafards, les coquerelles sont brun pâle ou brun foncé. Elles mesurent de 2 à 5 cm environ et se distinguent par deux grandes antennes presque aussi longues que leur corps, constitué d’une carapace rigide qui craque sous le pied quand on l’écrase. Les coquerelles cherchent de l’eau, de la nourriture et un abri, avec une préférence marquée pour la chaleur et l’humidité, ce qui explique qu’on les aperçoit dans les cuisines, les salles de bain et sur les tuyauteries. Elles aiment le sucre et les protéines en priorité, mais à peu près n’importe quoi quand elles ont faim. Elles voyagent en utilisant divers objets : vieux meubles, denrées alimentaires, bouteilles vides de boissons sucrées, boîtes d’expédition, etc. On les transporte d’un endroit à un autre sans s’en apercevoir, et, une fois à destination, elles s’installent facilement. Elles peuvent contaminer les aliments sur lesquels elles circulent, après avoir pataugé dans des ordures ou des égouts ou en y laissant des excréments. Ces derniers peuvent déclencher des crises d’asthme.

Souris et rats

Souris sylvestre. Source : Shutterstock
Souris Sylvestre
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La souris est toute petite et peut donc se faufiler dans un trou de la grosseur d’une pièce de 10 cents. Elle vit en ville ou à la campagne et cherche invariablement à entrer dans les maisons pour trouver de la chaleur et de la nourriture, surtout l’automne. Elle est grise ou brun clair, avec un ventre plus pâle. La souris de type sylvestre est brune ou grise avec le ventre, les pattes et la face intérieure de la queue blancs. C’est surtout des excréments de celle-là que l’on doit se méfier. Les rats sont nettement plus gros, mais peuvent néanmoins se faufiler dans un trou de la grosseur d’une pièce de 25 cents.

Rat. Source : Shutterstock
Rat
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Ces deux rongeurs se reproduisent à une vitesse foudroyante ; c’est pourquoi il faut agir le plus vite possible quand on les entend gratter entre les murs, ou quand on voit des excréments ou de petites traces de pas dans la poussière. On peut vite perdre le contrôle de leur population. Pourquoi les redouter? Parce que les rats peuvent causer des dommages aux bâtiments et contaminer l’homme avec différents micro-organismes, ou encore le mordre. Dans ce cas, il faut bien désinfecter la plaie.

La souris sylvestre peut transmettre un virus mortel, l’hantavirus. Celui-ci se trouve dans ses excréments et peut être remis en circulation quand ces derniers deviennent secs et qu’une poussière s’en échappe lorsqu’on les brasse.

Punaises de lit

Punaise-de-lit. Source : Shutterstock
Punaise-de-lit
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Leur corps plat de 4 à 7 mm leur permet de se faufiler n’importe où pour s’y cacher. Mais elles choisissent de préférence les endroits près de leur garde-manger préféré, le corps humain ou animal. Elles sucent le sang de leur victime endormie durant la nuit. On les trouve en groupe dans les plis des matelas ou des fauteuils, sous le papier peint, dans les prises de courant, les tables de chevet, derrière les cadres, le plus souvent dans la chambre à coucher, rarement dans la cuisine. Comme elles ne peuvent ni voler, ni sauter, ni grimper sur une surface lisse, elles se déplacent en s’agrippant aux vêtements, sacs, animaux et valises. La femelle pond de deux à quatre œufs par jour dissimulés dans les crevasses et les fissures. Ces œufs éclosent en une ou deux semaines. Les punaises piquent la peau et boivent du sang sans produire de réaction autre, dans la plupart des cas, qu’une sensation de démangeaison. Rares sont les allergies graves. Même si ça démange, il faut éviter de se gratter pour prévenir l’infection et garder les plaies bien propres. Une crème hydratante peut soulager la démangeaison. Il arrive que la punaise de lit trouble le sommeil et engendre des problèmes d’anxiété, de fatigue, voire d’isolement social parce que la honte d’être infesté empêche d’en parler à des gens qui pourraient fournir une aide. Certains groupes sociaux sont plus susceptibles d’être infestés parce qu’ils s’avèrent plus vulnérables. Cela étant dit, la punaise de lit voyage beaucoup et devient un véritable problème de santé publique au Québec, s’introduisant dans tous les milieux sociaux sans distinction. On les rapporte souvent de voyage dans ses valises ou agrippées à ses vêtements, et elles se trouvent dans certains hôtels sans égard au nombre d’étoiles. Puisque les punaises s’accrochent de préférence aux tissus, coussins et rembourrages, il est possible d’en rapporter du cinéma, du théâtre, du vestiaire de l’école ou du gymnase, d’un siège d’avion ou d’autobus, d’une salle d’attente, de la bibliothèque, etc. Un chien de détection peut être utile pour en dénicher dans de grands immeubles ou complexes comme les bureaux ou les cinémas.


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