La nouvelle ronde de sécurité : un poids lourd dans la prévention des accidents routiers

Source : Shutterstock
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La nouvelle « ronde de sécurité » des véhicules lourds se veut plus minutieuse et plus complète, sans être fastidieuse pour autant. Elle vise à augmenter la sécurité des usagers de la route.

Inspecter un véhicule lourd avant de prendre le volant n’a rien de nouveau. Les conducteurs de ces véhicules le font quotidiennement depuis plusieurs années. Mais la manière de procéder vient d’être entièrement revue. La « ronde de sécurité » remplace maintenant ce qu’on appelait la « vérification avant départ ». L’objectif : que seuls des véhicules lourds en bon état prennent la route.

« Le principe reste le même, mais il y a plus d’éléments obligatoires à vérifier sur un même véhicule, explique Samuel Laverdière, conseiller en prévention chez Via Prévention. Pour un véhicule lourd, on passe de 14 à 19 éléments obligatoires et, pour un autobus ou un autocar, de 12 à 20. En plus, certaines défectuosités auparavant mineures deviennent aujourd’hui majeures. » Par exemple, en partant du principe selon lequel la majorité des accidents surviennent par l’arrière, les clignotants arrière d’un autobus ont vu leur statut passer de défectuosité mineure à majeure.

Par cette nouvelle manière de procéder, en vigueur depuis le 20 novembre 2016, la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) milite en faveur de routes plus sécuritaires. Elle ne veut aucun véhicule comportant des défectuosités majeures sur les routes, ce qui passe par des composantes régulièrement inspectées pour en garantir le bon état et par des propriétaires et des exploitants informés régulièrement des réparations nécessaires.

Notons que la ronde de sécurité s’harmonise maintenant avec la norme 13 du Code canadien de sécurité pour les transporteurs routiers et avec le Driver-Vehicle Inspection Report utilisé aux États-Unis, ce qui facilitera les transports interprovinciaux et transfrontaliers.

Tous les véhicules ayant un poids nominal brut (masse nette plus capacité de charge maximale) de plus de 4 500 kg sont visés, de même que les véhicules attelés dont l’une des composantes atteint 4 500 kg, auquel cas les deux parties doivent être inspectées. Ambulance, bétonnière, camion de pompier, autocar, autobus urbain ou scolaire, minibus de transport adapté, dépanneuse, semi-remorque, remorque, pick-up, tracteur routier, déneigeuse, camion porteur, véhicule de transport d’équipement, camion-citerne sont tous visés. Les véhicules-outils comme les rétrocaveuses, les chargeurs, les niveleuses, les tracteurs de ferme et la machinerie agricole sont exemptés.

La ronde de sécurité doit avoir été effectuée dans les 24 dernières heures par le conducteur qui prend la route avec le véhicule et refaite durant la journée si un collègue lui succède au volant. Dans certains cas précis, par exemple pour un autobus, un minibus, un véhicule d’urgence ou une dépanneuse, où plusieurs conducteurs se relaient durant une même journée, une personne désignée par l’exploitant peut faire cette ronde de sécurité quotidienne. Le conducteur de relève a le choix : il peut s’assurer que la ronde est valide et contresigner le rapport pour attester qu’il en a pris connaissance ou refaire une ronde et remplir un nouveau rapport. Dans la première éventualité, il demeure responsable de signaler toute défectuosité survenant en cours de route et de tenir le rapport à jour. Quand c’est une personne désignée par l’exploitant qui effectue la ronde, la responsabilité de l’inspection repose sur l’exploitant. Encore une fois, le conducteur peut accepter ou refuser la ronde du conducteur précédent et, ainsi, en refaire une lui-même. Quand un conducteur accepte la ronde du conducteur précédent, il devient responsable de la ronde de son confrère. Les conducteurs sont les mieux placés pour déceler les symptômes ou un comportement inhabituel en cours de route, et c’est pourquoi ils restent toujours responsables de les signaler. Dans sa nouvelle mouture, le rapport de ronde de sécurité est obligatoire en toutes circonstances. L’exemption qui s’appliquait au rayon de 160 km a disparu.

Comment reconnaître les défectuosités ?

Le règlement exige un examen visuel et auditif et préconise que l’exécutant soit muni d’une lampe de poche, d’un chiffon et d’un marteau, ce dernier pour vérifier l’état des pneus. N’étant ni mécanicien ni spécialiste en véhicules lourds, le conducteur dispose d’une liste de défectuosités obligatoirement présente dans le véhicule, laquelle distingue les anomalies mineures des anomalies majeures et désigne l’état attendu de certaines pièces. Il existe trois de ces listes, selon la nature du véhicule : véhicules lourds, autobus et autocars. La forme de ces listes doit obéir aux modèles fournis par le Règlement sur les normes de sécurité des véhicules routiers. Le texte, l’ordre des défectuosités et la numérotation ne peuvent être modifiés ; l’exploitant ne peut qu’ajouter des éléments à vérifier à la fin du document, s’il le désire.

Les composantes visées sont les suivantes : attelage, châssis et carrosserie, chauffage et dégivrage, commandes du conducteur, direction, essuie-glaces et lave-glace, matériel d’urgence, phares et feux, pneus, portières et autres issues, rétroviseurs et vitrage, roues, moyeux et pièces de fixation, siège, suspension, systèmes d’alimentation en carburant, d’échappement, de freins électriques, hydrauliques et pneumatiques et, enfin, transport de passagers (tiges et barres d’appui, planchers, éclairage, sièges, porte-bagages, etc.). Une inspection visuelle et auditive prend environ de 15 à 20 minutes et parfois un peu plus, selon les vérifications spécifiques exigées par l’exploitant. Elle ne décèle évidemment pas ce qui se trame dans les couches profondes de la mécanique, c’est pourquoi les inspections plus poussées restent de mise et obligatoires.

Une défectuosité mineure ne présente pas de risque pour la sécurité du conducteur et des autres usagers de la route. N’empêche qu’elle doit être signalée dès que possible et réparée dans les 48 heures, sans quoi le véhicule doit cesser de rouler. La défectuosité majeure, elle, cloue le véhicule sur place jusqu’à ce qu’elle ait été réparée. Le conducteur peut aussi signaler toute défectuosité qui ne figure pas sur sa liste.

Le rapport signé fait partie des obligations du conducteur et doit se trouver dans le véhicule en tout temps, sinon le véhicule ne peut circuler. Les rapports quotidiens doivent pour leur part être conservés par le propriétaire-exploitant pendant 6 mois, et les attestations de réparations, pendant 12 mois.

Le guide de la SAAQ La ronde de sécurité détaille de manière précise comment doivent se dérouler les inspections sur différents types de véhicules et de remorques. Il est accessible au https://saaq.gouv.qc.ca/fileadmin/documents/publications/guide-ronde-securite.pdf .

Formation libre

La formation des conducteurs quant à la manière d’exécuter une ronde de sécurité et de produire des rapports repose entre les mains des employeurs. Via Prévention offre aussi des formations. « Une entreprise peut fonctionner comme elle le veut, précise Samuel Laverdière. Elle peut remettre de la documentation aux conducteurs, organiser des formations ou recourir à un employé modèle pour former les autres par compagnonnage. L’objectif, c’est de respecter le règlement. »

Pour dissuader les exploitants et les propriétaires de tourner les coins ronds avec l’inspection quotidienne, le législateur a prévu des amendes plutôt corsées. Par exemple, 700 $ pour avoir omis de maintenir les véhicules en bon état mécanique ou en avoir laissé rouler malgré leur piètre état, pour avoir négligé de faire l’inspection ou de remplir le rapport, ou 350 $ pour avoir laissé circuler un véhicule lourd présentant une défectuosité mineure après un délai de 48 heures. Le conducteur s’expose à un minimum de 350 $ d’amende s’il omet de procéder à sa ronde de sécurité, ne note pas ses observations, conduit un véhicule lourd ayant des défectuosités majeures ou n’a pas signalé une telle défectuosité, par exemple. Ce sont les agents de Contrôle routier Québec et les différents corps policiers qui feront respecter le règlement et les obligations qui en découlent à l’occasion de contrôles routiniers ou spontanés sur la route.

Selon Samuel Laverdière, les conducteurs ont tendance à vérifier plus d’éléments que ce qu’exige le règlement. Les entreprises moins assidues, par contre, devront se mettre à niveau, ce qui exigera un peu plus d’efforts de leur part.

La ronde de sécurité ne réinvente pas la roue. Sauf qu’en bout de piste, des inspections plus consistantes jumelées aux traces obligatoires qu’elles doivent laisser joueront en faveur de véhicules lourds mécaniquement mieux entretenus, donc plus sécuritaires pour tous.

Selon le nouveau règlement en vigueur depuis le 20 novembre 2016, un autobus dont les clignotants arrière sont absents ou défectueux est cloué sur place jusqu’à ce que ces derniers soient réparés. Source : Shutterstock
Selon le nouveau règlement en vigueur depuis le 20 novembre 2016, un autobus dont les clignotants arrière sont absents ou défectueux est cloué sur place jusqu’à ce que ces derniers soient réparés.
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