Former les travailleurs de demain à la santé et la sécurité

L’enseignant se doit d’avoir un comportement exemplaire en matière de santé et de sécurité du travail, car il est un modèle pour les élèves. Source : Shutterstock
L’enseignant se doit d’avoir un comportement exemplaire en matière de santé et de sécurité du travail, car il est un modèle pour les élèves. Source : Shutterstock

Les centres de formation professionnelle et les cégeps forment toute une variété de travailleurs de métier et de techniciens : électriciens, monteurs d’acier, paysagistes, éducateurs à l’enfance. Malgré leur diversité, ces métiers ont pour point commun de présenter des risques. Pour les enseignants, la santé et la sécurité du travail (SST) comporte un double enjeu.

Le premier est de veiller à leur propre santé et sécurité ainsi qu’à celle de leurs élèves. Le deuxième est d’inculquer les notions de SST et d’encadrer les apprentissages des travailleurs de demain. Ces enseignants ne forment pas seulement les élèves à un métier, ils leur apprennent à exercer ce métier de façon sécuritaire. Le défi est qu’euxmêmes ont reçu une formation en santé et sécurité qui est parfois incomplète. Dans ce contexte, comment transmettre les savoirs de prévention en SST dans la formation qu’ils dispensent à leurs élèves?

Des efforts sont déployés en ce sens depuis la signature du Protocole de Québec pour l’intégration de compétences en santé et sécurité du travail dans l’enseignement et la formation professionnels et techniques, en 2003. Ce protocole définit quatre principes visant à encadrer l’enseignement de la SST dans la formation professionnelle ou technique. S’en est suivie la création du Comité national pour la prévention et la formation des risques professionnels, constitué de la CNESST, du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur et des principales associations œuvrant dans le milieu de l’éducation en formation professionnelle ou technique. Le Comité national a pour mandat d’élaborer un plan d’action pour mettre en oeuvre les quatre principes du Protocole de Québec. Déjà, un premier plan d’action avait conduit à la sécurisation des équipements et des machines dans les milieux de l’enseignement. Le second plan d’action visait notamment à améliorer l’offre de formation continue en SST pour les gestionnaires ainsi que les enseignants et autres acteurs de l’enseignement. Dans ce but, le Comité national a élaboré un cadre de référence qui décrit les conditions gagnantes d’une prise en charge réussie de la SST dans un établissement d’enseignement ainsi qu’un outil de diagnostic et un outil d’identification des risques.

Agir ensemble

La première condition gagnante d’une gestion préventive de la SST est l’engagement et le soutien de la haute direction. « Avec une politique écrite, un plan d’action et des gestionnaires qui donnent l’exemple, le reste de l’organisation suit », estime Nicole Matton, conseillère experte en concertation à la Direction du partenariat de la CNESST, responsable de coordonner les travaux du Comité national. Au Centre de formation professionnelle (CFP) Pierre-Dupuy de Longueuil, M. Rémi Genest, qui est conseiller pédagogique, mentionne que le soutien continu de la direction a permis le déploiement d’un projet de recherche dirigé par Élizabeth Masalon, professeure agrégée à la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke et portant sur les pratiques collaboratives visant à améliorer l’enseignement de la santé et la sécurité au travail. Ce projet a permis la rédaction d’un cadre de référence commun en santé et sécurité pour les gens de l’établissement. En continuité avec celui-ci, les enseignants seront invités à élaborer de façon concertée leurs modalités de fonctionnement spécifiques au chapitre de l’enseignement et de la mise en œuvre de la SST dans leurs programmes respectifs (voir l'entrevue avec Rémi Genest et Mathieu Robert). Pareillement au Centre de formation des métiers de l’acier (CFMA) de Montréal : « On est chanceux d’avoir un patron proactif en santé et sécurité. On a un document phare qui donne les lignes directrices de santé et de sécurité dans l’école, les comportements attendus, un guide de savoir-faire et de savoir-être. Il est lu aux élèves par l’enseignant à leur arrivée et ils doivent s’y conformer », décrit Patrick Poulin, enseignant en montage structural architectural au CFMA. Pour soutenir les gestionnaires des établissements d’enseignement dans la prise en charge de la SST, le Comité national a produit à leur intention cinq capsules d’information sur la SST en ligne. Engagement de la direction, politique ou plan d’action écrit et connu de tous inspirent une culture en santé et sécurité au sein de l’établissement et assurent la convergence des actions.

Une autre condition gagnante est la participation des travailleurs et des élèves à l’identification des risques et des mesures correctives. Au CFMA, tout le monde participe par le biais de deux conseils : le conseil central, formé de la direction, des enseignants et du personnel de soutien et le conseil d’élèves, le premier étant à l’écoute du second. Chacun peut apporter des idées et les bonifier. « La travailleuse sociale écoute les élèves et peut émettre des idées pour les rejoindre sur le plan émotif, illustre Patrick Poulin. La santé et la sécurité, c’est aussi une question d’aptitude mentale et d’attitude, et elle peut apporter des idées sur cet aspect ». Le magasinier qui s’aperçoit de commandes anormalement récurrentes d’une lame de scie peut suspecter une utilisation erronée, éventuellement dangereuse, d’un banc de scie et en informer l’enseignant. Étant mieux informé des nouveaux appareils par les représentants, il peut recommander l’achat de machines plus sécuritaires. Mathieu Robert, qui est enseignant en électricité au CFP Pierre-Dupuy, constate ce même engagement du personnel de soutien au sein de son département : « Les gens collaborent. Le magasinier peut dire à un élève qui vient chercher un accessoire comment l’utiliser ».

Des enseignants modèles et bien outillés

Enfin, une condition gagnante essentielle est l’intégration de la santé et la sécurité dans la formation des élèves. « Les enseignants ont une contribution en matière de SST par leur rôle d’enseignant, souligne Nicole Matton. Il s’agit de respecter et de faire respecter les règles de SST, d’adopter des pratiques exemplaires et d’agir comme des modèles, considérant que les élèves imitent les enseignants. » « On se doit d’être un bon modèle, renchérit Patrick Poulin, et de porter nos équipements de protection individuelle même si on pense que l’opération ne prendra que cinq minutes ». Il s’agit aussi pour le corps enseignant d’un même programme de transmettre un message homogène. « Avoir un langage uniforme est la clé, poursuit-il, recevoir un discours non divergent de l’un à l’autre stabilise l’élève ». Au Cégep Édouard-Montpetit de Longueuil, Véronique Stanton, qui est enseignante et coordonnatrice du Département de techniques d’éducation à l’enfance, explique que les plans de cours sont révisés chaque année en intégrant les notions de santé et de sécurité formulées par l’Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail du secteur affaires sociales (ASSTSAS). Les futures éducatrices ne manipulent peut-être pas de scie et ne sont pas exposées à l’électricité ou à des produits chimiques, mais elles ont leur lot de risques à prendre en compte. « Le mobilier est pensé pour les enfants, mais pas pour les adultes, dépeint-elle. On passe la journée sur des mini-chaises, des mini-tables ». Pousser des meubles, soulever les enfants, ranger les caisses de jouets sur des étagères trop hautes et aussi gérer le stress psychologique et se protéger des multiples virus transmis par les petits font partie de leur quotidien.

Une capsule d’information en SST

Pour outiller les enseignants et autres acteurs de l’enseignement en santé et sécurité et uniformiser leur enseignement, le Comité national profite de la rentrée scolaire pour lancer une capsule d’information sur la SST qui leur est destinée. Cette capsule est accessible en ligne à jeunesautravail.com/enseignants . Elle expose les droits et les obligations en santé et en sécurité du travail et la démarche de prévention préconisée par la CNESST. « L’objectif de la capsule en SST est de développer le réflexe de la prévention chez les étudiants, qui sont les travailleurs de demain, poursuit Nicole Matton. L’intégration de la santé et de la sécurité dans le milieu de l’enseignement permet de développer des individus réflexifs. S’ils sont habitués à se questionner sur la santé et la sécurité, ils vont transposer ce réflexe de la prévention dans leur milieu de travail et continuer à repérer les risques et à proposer des solutions pour améliorer la situation ». Patrick Poulin est confiant que ces travailleurs de demain subiront moins de blessures. Depuis quelques années, il observe un changement dans la perception de ses élèves vis-à-vis de la santé et de la sécurité. « Avant, c’était accessoire. Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes sont formés en santé et en sécurité par les enseignants ». « Avec cette capsule en ligne, les enseignants auront tous une base commune en SST », commente Nicole Matton. La capsule comporte aussi des jeux-questionnaires, des Cherchez l’erreur et des témoignages d’enseignants qui illustrent par des exemples concrets le contenu théorique présenté et donnent des pistes d’action pour l’intégration de la SST dans la formation.

Une occasion de renforcer la culture de prévention

La CNESST invite les établissements d’enseignement à organiser une activité de visionnement en groupe pour susciter l’engagement de son personnel en matière de SST et renforcer ainsi la culture de prévention. La diffusion de la capsule pourrait, par exemple, s’inscrire dans le cadre d’une activité de rentrée scolaire, d’une journée pédagogique, etc. Une trousse de soutien pour la diffusion de la capsule a été préparée pour guider les gestionnaires d’établissements d’enseignement. Cette trousse est également accessible dans la section Jeunesse du site de la CNESST à jeunesautravail.com/enseignants . Ces derniers ont la chance de bénéficier de l’expertise des conseillers en prévention jeunesse régionaux de la CNESST pour les soutenir dans la tenue de telles activités. Les gestionnaires peuvent les joindre en composant le 1 844 838-0808.