La collaboration au service de la santé et de la sécurité

Source : Marie-Josée Legault
Source : Marie-Josée Legault

La santé et la sécurité au travail, c’est l’affaire de tous, employeur et employés ayant leurs responsabilités respectives. C’est vrai dans un milieu de travail, mais aussi dans un milieu de formation professionnelle et technique. Sauf que le mandat éducationnel ajoute une dimension, celle de mettre les élèves dans des conditions d’apprentissage sécuritaires tout en leur permettant de développer les réflexes nécessaires en santé et sécurité pour les mettre en pratique sur le marché du travail.

La collaboration de tous est alors essentielle pour fournir aux élèves un cadre d’apprentissage structuré et cohérent en santé et sécurité. À l’Université de Sherbrooke, Élizabeth Masalon est professeure agrégée à la Faculté d’éducation et s’intéresse aux pratiques collaboratives. Avec le CFP PierreDupuy, elle participe à un double projet. Le premier est un projet de recherche sur les modalités de collaboration du personnel dans un contexte de formation professionnelle ; et le second est un projet de formation soutenu par le ministère de l’Éducation pour former le personnel enseignant à la collaboration. L’objectif est d’amener plusieurs membres du personnel du CFP Pierre-Dupuy à travailler ensemble pour élaborer un cadre de référence en santé et sécurité commun à tout l’établissement pour soutenir le développement, la mise en oeuvre et l’enseignement de bonnes pratiques en santé et sécurité. Rémi Genest, conseiller pédagogique, et Mathieu Robert, enseignant en électricité, au CFP Pierre-Dupuy décrivent l’implantation et les aboutissements du projet.

Comment percevez-vous l’importance de l’enseignement de la santé et la sécurité?

[Mathieu Robert] Je suis enseignant en électricité. On a une responsabilité en santé et sécurité parce qu’on envoie les jeunes dans un milieu de travail dangereux. Ils sont exposés à l’électricité, font des travaux en hauteur... J’ai travaillé sur des chantiers de construction, je connais les dangers et je veux m’assurer qu’ils sont bien outillés. Il y a deux ans, un ancien élève a perdu la vie sur un chantier. Un très bon élève qui respectait toutes les règles de santé et de sécurité. Je ne veux pas en perdre d’autres.

Quelle formation en santé et sécurité reçoivent les élèves et quelles pourraient être les lacunes ?

[MR] Par exemple, dans les programmes du secteur de la construction, les élèves reçoivent le cours de l’ASP Construction. La santé et la sécurité est reprise dans plusieurs compétences et évaluée dans les épreuves de sanction. Mais au centre, on est dans un milieu contrôlé.

[Rémi Genest] Quand c’est possible, on favorise l’utilisation des panneaux dont la tension n’excède pas un certain niveau pour que ce soit moins dangereux. Les élèves ont un équipement de protection et se sentent parfois invincibles. Dans les situations où ils travaillent sur des installations avec un niveau plus élevé de tension, certains ont le réflexe de pointer du doigt la ligne électrique sur laquelle ils travaillent. Ils se sentent en sécurité parce qu’ils portent des gants.

[MR] Les gants ne pardonnent pas tout. Ils ne vivent pas la réalité d’un vrai chantier. Tant qu’ils ne l’ont pas vue, il y a une certaine insouciance. Les élèves sont flambant neufs. Il faut les préparer à la réalité du marché du travail, à travailler sur de vrais appareils.

[RG] Dans le cours de santé et de sécurité, ils apprennent à identifier les risques et à proposer des correctifs. L’apprentissage se poursuit également de façon plus spécifique dans les autres compétences du programme d’études. Mais, selon le cas, certains enseignements peuvent parfois varier, de même que l’application des règles et des consignes à la suite. Par exemple, une équipe d’enseignants peut s’entendre sur le port des bottes et des lunettes de sécurité, mais avoir des divergences d’opinion sur les situations nécessitant le port du casque. Il faut établir une ligne directrice, avoir un langage commun dans les équipes enseignantes.

Et c’est pour répondre à ce besoin d’avoir un langage commun que vous avez participé au projet de recherche de Mme Masalon?

[RG] Le projet de Mme Masalon ne portait pas spécifiquement sur la santé et la sécurité, mais surtout sur la collaboration. Dans sa recherche, elle étudie les modes de collaboration. On a trouvé ça intéressant et on a décidé de travailler sur le besoin d’uniformiser nos pratiques en santé et sécurité et sur le besoin de collaborer pour se donner un cadre de référence et de regrouper l’information. Le projet comporte trois volets. Le volet 1 est le volet organisationnel. On y trouve les grandes orientations du centre concernant l’enseignement et la mise en œuvre de la SST. Ce volet s’appuie entre autres sur les quatre principes du protocole de Québec, les grands principes législatifs entourant la santé et la sécurité au Québec et les compétences professionnelles des enseignants. On peut y apprendre également les rôles et les responsabilités de chacun, les procédures en cas d’accident, la liste des secouristes... L’idée est partager l’information dans un seul document pour que ce soit facile d’accès pour tous les enseignants. C’est aussi un cadre de référence commun à tous les départements. À Pierre-Dupuy, il y a plus de vingt programmes de formation. Il fallait un cadre pour faciliter la réflexion et travailler tous dans le même sens.

[MR] Le volet 1 vise le personnel et les élèves, mais aussi les gens qui viennent de l’extérieur travailler à Pierre-Dupuy. Ils travaillent en présence des élèves et on veut qu’ils aient de bonnes pratiques.

Ce volet 1 établit donc les principes communs de santé et de sécurité pour toutes les disciplines enseignées à Pierre-Dupuy, mais il ne décrit pas spécifiquement les bonnes pratiques à avoir dans chaque discipline?

[MR] Avec tous les départements présents au Centre, on ne peut pas dire dans le volet 1 comment utiliser un banc de scie. Ce serait inutile pour les programmes en administration. Le volet 1 est vraiment le tronc commun pour tout le monde. Les bonnes pratiques spécifiques à chaque discipline viennent avec les volets 2 et 3.

[RG] Par exemple, dans le volet 1, qui est commun à tout le centre, on mentionne notre politique de cadenassage. Par ailleurs, c’est dans le volet 3 qu’est précisé le moment et la manière d’enseigner ce sujet, de le mettre en oeuvre et de l’évaluer. Dans le volet 2, on a documenté les notions de santé et de sécurité pour différentes thématiques comme la manutention, le travail sur les installations électriques, le travail en hauteur... Pour y parvenir, on a retenu les informations de sources crédibles, souvent des informations produites par des associations sectorielles paritaires en collaboration avec la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail.

[MR] Le volet 2, c’est une banque de données probantes pour les différentes disciplines. Comme c’est un projet collaboratif, chaque département peut contribuer à tenir les informations à jour. Le volet 2 va outiller les enseignants pour élaborer le volet 3. Dans chaque département et pour chaque module, le volet 3 va cibler sur quels éléments de santé et de sécurité attirer l’attention des élèves. Par exemple, on peut choisir d’utiliser des jeux-questionnaires pour évaluer les compétences. Dans le département en électricité, on a déjà commencé. On discute ensemble pour voir ce qui est important à partir de la documentation du volet 2 et on crée le volet 3, qui va aider toute l’équipe d’enseignants du département.

[RG] Le volet 2 fournit des informations complètes et de qualité pour aider les enseignants à construire le volet 3, qui va venir outiller les enseignants pour qu’ils soient capables de former les élèves en santé et en sécurité. Il va dicter ce qui doit être enseigné et évalué dans chacune des compétences en termes de santé et de sécurité. Les enseignants auront des points de repère pour évaluer les connaissances des élèves.

Tout ce travail se fait donc en collaboration et comme le projet en est aussi un de formation, vous étiez aussi formés à collaborer?

[RG] On a eu des notions sur le travail en équipe, les valeurs inhérentes à la collaboration. On avait parfois des capsules de formation en lien avec ce qu’on avait vécu dans notre travail avec les pairs durant la journée.

Comment assurer la participation de chaque département?

[MR] La direction est complètement derrière nous. Elle nous a libéré du temps pour qu’on avance les volets 1 et 2. On voulait que chaque département participe. Je me suis tellement impliqué dans les volets 1 et 2 que je me fais un devoir de vérifier si l’information est encore bonne. L’ensemble de mes collègues doit faire la même chose. Ce sera pareil pour le volet 3.

Quelle est la suite ou qu’est-ce qui s’en vient?

[RG] Le projet de recherche doit permettre à Mme Masalon de définir un modèle de démarche collaborative qui pourrait être repris dans d’autres établissements d’enseignement, que ce soit des projets de santé et de sécurité ou d’autres types de projets.