Semaine de prévention en milieu scolaire : une réussite!

Un match d’improvisation tenu à l’école professionnelle de St-Hyacinthe a permis aux jeunes d’être dans l’action et d’improviser des scènes sur divers sujets concernant la santé et la sécurité du travail. Source : Polyvalente Hyacinthe-Delorme
Un match d’improvisation tenu à l’école professionnelle de St-Hyacinthe a permis aux jeunes d’être dans l’action et d’improviser des scènes sur divers sujets concernant la santé et la sécurité du travail. Source : Polyvalente Hyacinthe-Delorme

Faire de la sensibilisation en santé et sécurité au travail dès le tout jeune âge, voilà une solution à long terme! À l’automne 2016, la Direction régionale de la Yamaska de la CNESST a réalisé deux semaines de prévention dans deux écoles secondaires de la région. La Polyvalente Hyacinthe-Delorme, à Saint-Hyacinthe, et l’école secondaire Fernand-Lefebvre, à Sorel-Tracy, ont ouvert leurs portes pour offrir aux jeunes une expérience qui leur a permis d’être sensibilisés à la santé et à la sécurité et de se questionner sur leurs droits en la matière. Plusieurs activités de prévention ont été organisées tout au long de la semaine. Une première expérience qui a été très concluante!

En 2014, Robin Castonguay, enseignant à l’École professionnelle de St-Hyacinthe et chargé de cours à l’Université de Sherbrooke, a remporté le prix Leader travailleur aux Grands Prix santé et sécurité du travail de la CNESST. « En tant qu’enseignant, je sais que si nous voulons que la santé et la sécurité du travail devienne une valeur de société, il faut effectuer un virage dans le milieu de l’éducation en faisant de la sensibilisation et de la prévention dans les écoles. Étant père de famille et enseignant, je vois qu’il y a une problématique. Dans le cadre de mes études, j’ai fait plusieurs travaux de recherche et je suis convaincu que plus on agit tôt, mieux c’est! Semaine de prévention en milieu scolaire : une réussite! Je me suis intéressé à ce qui se faisait pour les élèves du secondaire. C’est la raison pour laquelle je me suis assis avec la CNESST afin de concrétiser le projet », mentionne M. Castonguay. Pour Nancy Prévéreault, directrice à la Polyvalente Hyacinthe-Delorme, l’idée était vraiment de susciter l’intérêt des jeunes à l’égard de la santé et de la sécurité au travail, de piquer leur curiosité. « Quand la CNESST nous a présenté le projet, nous avons tout de suite levé la main. Après tout, notre mission est d’instruire, de socialiser et de qualifier ces jeunes », mentionne-t-elle. La polyvalente, qui accueille près de 2  000 jeunes de la première à la cinquième secondaire, ainsi qu’en adaptation scolaire, a pour objectif de former le citoyen de demain. Et comment former le citoyen de demain ? En faisant de la prévention ! Près de 40 % des jeunes travaillent durant l’année scolaire, il est donc important qu’ils prennent conscience des dangers en milieu de travail. Selon la directrice de la polyvalente, c’est en sensibilisant les jeunes aux efforts de prévention, mais également en donnant de la formation aux membres du personnel, puisqu’ils sont des modèles pour les élèves. Nancy Prévéreault a donc rencontré tout le personnel de l’école où ce message a été transmis : « L’idée de sensibilisation, c’est plutôt de transmettre la bonne information pour agir de la bonne façon en connaissant les risques. Comme employés, plus nous sommes informés, plus notre rôle de modèle est juste. »

À l’aide de ce projet, la CNESST désirait toucher davantage les élèves en formation générale, puisque ces jeunes n’ont pas de formation en santé et sécurité à l’école, contrairement aux élèves en cheminement particulier. Seule une minorité entend parler de ce sujet par l’employeur. Ces jeunes se retrouvent donc démunis lorsqu’ils arrivent dans les milieux de travail. « On voulait allumer une petite lumière dans leur tête en leur disant : écoute, il peut y avoir des dangers, il n’y en a pas toujours, mais c’est possible, sois conscient! Pour les étudiants qui sont en cheminement particulier, qui font des stages et qui sont directement dans les milieux de travail, on voulait aller plus loin afin qu’ils puissent dépister les risques auxquels ils sont directement exposés », mentionne Cynthia Camiré, conseillère en prévention jeunesse à la CNESST. La Commission scolaire de Saint- Hyacinthe fait déjà des actions en prévention et commence très tôt à inculquer aux élèves leur rôle en santé et sécurité. « Que ce soit des actions simples comme ne pas courir dans les corridors ou mettre des espadrilles dans les cours d’éducation physique. Ce sont les travailleurs de demain, c’est important qu’ils puissent identifier les risques et poser les bonnes questions », explique Audrey Forcier, conseillère en gestion de personnel à la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe.

Des activités diversifiées pour plaire à tous!

À Sorel-Tracy comme à Saint-Hyacinthe, les jeunes ont eu la chance de participer à une panoplie d’activités organisées pendant les cours ou pendant l’heure du midi. Les jeunes de la première à la troisième secondaire ont davantage participé aux activités qui avaient lieu pendant le dîner. Il y avait, entre autres, un parcours expérientiel, qui a été particulièrement populaire et a attiré de nombreux participants. Les jeunes étaient en action et devaient effectuer plusieurs tâches avec une main en moins, en fauteuil roulant ou en béquille, par exemple. Ils devaient effectuer des exercices simples de la vie quotidienne, dont changer la couche d’un bébé, attacher leurs souliers, verser des céréales dans un bol avec une seule main, ramasser des livres par terre ou effectuer des virages serrés en fauteuil roulant. « Avec cette activité, ils ont pu réaliser ce que les accidentés ou leurs collègues avec des handicaps vivent tous les jours », explique Cynthia Camiré. De plus, une murale a été conçue par les étudiants. Sur une grande feuille de papier, les élèves devaient écrire un message de santé et de sécurité à l’intérieur de petites silhouettes. Ce fut une belle réussite puisque la murale est désormais affichée au mur et de nombreux élèves y ont apposé leur signature. Si l’activité se répète, les organisateurs ont l’idée de plutôt opter pour de la peinture en aérosol avec de l’écriture de style graffiti qui sera appliquée directement sur le mur, ce qui rendra celle-ci encore plus intéressante pour les jeunes.

De plus, à Saint-Hyacinthe, deux autres activités ont été tenues. Un midi jeux de société s’est tenu sur le thème de la santé et de la sécurité du travail. Cette activité a favorisé l’action et également les discussions entre étudiants. Le match d’improvisation a aussi été très achalandé. Les jeunes devaient improviser des scènes sur divers sujets de santé et de sécurité du travail. « Je me suis aperçue que lorsque les jeunes sont impliqués et sont en action, ça fonctionne! », s’exclame Mme Camiré. Lors du match d’improvisation, une jeune fille est allée voir Mme Prévéreault et s’est exclamée : « Ayoye! Je réalise maintenant que j’ai des droits même si je ne suis pas une employée à temps plein! »

Pour la tournée des classes, la CNESST avait ciblé les élèves de cinquième secondaire puisqu’ils sont, pour la majorité, déjà en milieu de travail. Lors des présentations dans les cours, le discours de l’Escouade jeunesse, axé concrètement sur le marché de l’emploi, a été repris. Ces rencontres d’information ont été très positives, car beaucoup de jeunes n’avaient jamais entendu parler d’accidents au travail ni de l’Escouade jeunesse. Des vidéos comprenant des témoignages d’accidentés du travail ont été projetées ; les jeunes ont ainsi pu faire une prise de conscience plus profonde. Les animateurs, dont des étudiants membres de l’Escouade à l’été 2016, en ont également profité pour leur montrer comment détecter les risques au sein de leur milieu de travail.

De plus, un décompte a été affiché sur les écrans qui projettent des messages d’intérêt public pour les étudiants. La CNESST a conçu un programme qui permettait de diffuser en temps réel le nombre d’accidents survenus chaque heure, et ce, jusqu’à la fin de la semaine. Les jeunes voyaient concrètement le nombre d’accidents augmenter et ils ont trouvé cela impressionnant. Des silhouettes, comme celles que l’on voit dans les films policiers, avaient également été collées sur le sol. « Ces dernières activités ont fortement fait réagir les élèves. Certains ont même dit qu’ils trouvaient cela morbide. Mais en même temps, c’est ça la réalité! Il y a des gens qui meurent! D’ailleurs, à Saint-Hyacinthe dans une ferme à proximité, quelques semaines auparavant, un ancien élève est décédé à la suite d’un accident de travail. Des frères, des sœurs et des cousins allaient à la polyvalente. Les élèves avaient donc un ancrage direct dans la réalité. Le moment de notre venue était malheureusement parfait », explique Cynthia Camiré.

« Les jeunes étaient les principaux visés par cette semaine, mais tout le personnel de l’école l’était également ; personnel de soutien, professionnels et enseignants », explique Mme Prévéreault. À cet effet, Robin Castonguay, l’instigateur du projet, est allé à la Polyvalente de Saint-Hyacinthe pour présenter une conférence qui s’adressait à tous les membres du personnel. Quatre thèmes ont été abordés lors de cette conférence : la santé et la sécurité du travail chez les élèves du secondaire, les accidents du travail de l’école et l’analyse de leurs conséquences, les obligations du personnel de l’école (légales et morales) et finalement, la santé et la sécurité du travail chez le personnel des établissements scolaires. Les membres du personnel ont participé en grand nombre et ont mentionné que cette conférence avait eu un effet réel sur leur perception de la santé et de la sécurité au travail. Ils sont désormais plus sensibilisés et selon leurs propos, ils mettront en place certaines pratiques dans leur salle de cours dans le but d’engendrer des discussions avec leurs jeunes.

Un conférencier toujours apprécié

Source : Polyvalente Hyacinthe-Delorme
Source : Polyvalente Hyacinthe-Delorme

La conférence de Jonathan Plante a toujours un effet incroyable sur les jeunes. « En plus d’avoir assisté à la conférence, c’était la première fois que je me trouvais dans une pièce avec des jeunes après le passage de Jonathan. J’ai pu recueillir les commentaires et vraiment prendre le pouls, s’exclame Cynthia Camiré. Les commentaires des jeunes étaient tous très positifs. » Il s’agit d’une activité qui, non seulement sensibilise les élèves, mais les aide à comprendre les répercussions réelles des décisions qu’ils prennent aujourd’hui. Ils amorcent ainsi une réflexion et réalisent qu’à la suite d’un accident, il est possible qu’il y ait des conséquences sur leur vie future, leur santé, leur famille et les gens qu’ils aiment. Un garçon, qui est resté muet tout au long de la présentation, a mentionné que c’était la meilleure conférence qu’il n’avait jamais entendue depuis le début de son secondaire, relate Nancy Prévéreault. Plusieurs élèves ont également versé quelques larmes. « On voit qu’ils ont tous été touchés, filles et garçons. Un jeune m’a dit qu’il sait que quand Jonathan parle d’avoir des enfants, ça ne le touche pas actuellement, mais il est capable de comprendre que dans quelques années, cela aura un effet sur sa vie, raconte Mme Prévéreault. Il réalise qu’il ne veut pas avoir à faire face à ces conséquences et que Jonathan l’a payé difficilement. La conférence a permis d’amorcer une réflexion chez les élèves. »

Et après?

« Depuis, nous avons les mots santé et sécurité du travail directement dans notre vocabulaire. Dès que l’on voit quelque chose qui cloche, nous, les membres du personnel, on se le dit. Nous sommes plus conscients dans nos façons de faire en tant qu’adultes, et cela se répercute sur le jeune, évidemment », mentionne Mme Prévéreault. Désormais, les enseignants abordent le sujet en classe et discutent de prévention. Un projet parallèle est également né à la suite de la semaine. Les élèves du cours d’arts multimédia ont entrepris de faire une exposition de photos d’accidents répertoriés à la commission scolaire. Ils ont mis en scène ces accidents, survenus avec des produits dangereux, des escabeaux, entre autres, et ont affiché leurs œuvres dans l’école. Un concours a ensuite été tenu à l’intérieur des bureaux de la CNESST. Les employés ont voté pour leur photo préférée. Deux photos ont particulièrement attiré l’attention du personnel. Un certificat a été remis aux gagnants et la CNESST a également remis des copies laminées à l’école. « Cela prouve que les jeunes ont été touchés par les activités, s’enthousiasme Robin Castonguay. En plus, dans mes rêves les plus fous, chaque établissement scolaire du Québec a une semaine de prévention afin que l’on puisse rencontrer chaque élève et enseignant de toutes les écoles secondaires pour que la santé et la sécurité au travail devienne une valeur de société. Je pense que l’on devrait aussi faire des activités dans les écoles primaires, parce que plus on débute tôt, plus on peut diminuer le nombre d’accidents à long terme. » La polyvalente désire que cet événement se produise annuellement et elle travaille déjà sur le projet d’une deuxième édition au printemps 2018, moment où les jeunes sont à la recherche d’un emploi estival. La Direction régionale de la Yamaska de la CNESST prévoit également organiser une semaine des jeunes dans d’autres écoles secondaires. « Je suis en train de monter un éventail qui contient plusieurs activités qui vont toucher toutes sortes de facteurs de risque. Si nous sommes dans une école en milieu rural, on va faire des activités plus en lien avec l’agriculture et dans un milieu urbain, les facteurs de risque ne sont pas les mêmes. Nous adapterons les semaines aux régions dans lesquelles on se trouve. J’ai plein d’idées différentes de celles que nous avons déjà concrétisées. Même si nous refaisons l’événement au même endroit avec les mêmes jeunes, rien ne sera pareil et ils y trouveront leur compte, encore une fois », conclut Cynthia Camiré.