Salles de bain en CHSLD : une rénovation bien pensée améliore la sécurité des résidents et des travailleurs

La salle de douche de l’unité prothétique du Centre d’hébergement Marie-Berthe-Couture est ergonomique à la fois pour les résidents et les soignants. Sources : Centre Marie-Berthe-Couture
La salle de douche de l’unité prothétique du Centre d’hébergement Marie-Berthe-Couture est ergonomique à la fois pour les résidents et les soignants. Sources : Centre Marie-Berthe-Couture

Au Centre d’hébergement Marie-Berthe-Couture, à Granby, la salle de bain de l’unité prothétique était mal adaptée. Les préposés étaient exposés à plusieurs risques ergonomiques lorsqu’ils lavaient les patients : bain trop haut, plancher en pente et glissant lorsque mouillé, etc. À la demande des travailleurs, la salle de bain a été entièrement réaménagée.

En collaboration avec l’ASSTSAS, les différents services de l’hôpital ont été mis à contribution pour la mise en place des solutions. Les changements n’ont pas nécessité d’investissement majeur, mais ont permis néanmoins de réduire considérablement les risques présents, en plus d’améliorer la qualité des soins offerts aux patients.

« Le bain est souvent source de réconfort pour nous, mais il peut être insécurisant pour les personnes qui sont confuses; la salle de bain avec douche est généralement préconisée pour cette clientèle », soutient Cédric Lambert, cadre au service Technologies des bâtiments et génie biomédical du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Estrie – Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CIUSSS de l’Estrie – CHUS).

En 2012, le Centre d’hébergement Marie-Berthe-Couture faisait partie du Centre de santé et de services sociaux de la Haute-Yamaska. À la suite d’une déclaration de situations à risque, une préposée aux bénéficiaires du centre d’hébergement a manifesté son inquiétude à un gestionnaire de l’établissement. De concert avec le comité paritaire en santé et sécurité du travail, ils se sont demandé ce qu’ils pourraient faire pour assurer la sécurité des résidents de l’unité prothétique et celle des travailleurs, d’une part, et améliorer l’environnement ergonomique des travailleurs, d’autre part.

« Les personnes confuses de type Alzheimer, comme c’est le cas dans cette unité prothétique, peuvent éprouver un sentiment d’insécurité en présence d’un soignant qui les accompagne pour leur toilette. De plus, le fait d’avoir froid peut les rendre agressives », souligne Annie Boulianne, qui était conseillère en prévention santé et sécurité au travail au Centre Marie-Berthe-Couture à l’époque des transformations. Mme Boulianne est aujourd’hui conseillère à l’Association sectorielle paritaire pour la santé et la sécurité du travail du secteur affaires sociales (ASSTSAS).

En analysant la salle de bain, l’équipe qui en a piloté la transformation a repéré sur les lieux de nombreux problèmes qui menaçaient la sécurité et compromettaient l’ergonomie. Ainsi, un assemblage de plateformes en pente compliquait l’accès au bain, sans compter que des cheveux, des poils et des débris d’ongles ou de mouchoirs de papier s’accumulaient dans les joints de ces morceaux de contreplaqué. De plus, les roues des chaises d’aisance et des fauteuils roulants utilisés pour déplacer les résidents se coinçaient dans ces fentes, exigeant par le fait même un effort additionnel de la part des travailleurs qui les poussaient, avec tous les risques de troubles musculosquelettiques qui pouvaient y être associés. Sous le contreplaqué se trouvaient de petits carreaux de céramique dont le coulis était difficile à entretenir, un modèle d’ailleurs déconseillé en vertu des nouvelles normes en matière de prévention des infections. Plusieurs petits appareils électriques – séchoirs à cheveux, fers plats, rasoirs, radio et chaufferette – étaient branchés à une même barre d’alimentation électrique accrochée à un porte-serviettes, ce qui représentait un autre risque d’accident. Les résidents devaient s’asseoir sur une chaise dans une baignoire dont les hauts rebords obligeaient les travailleurs à adopter des postures contraignantes. Enfin, une lumière rouge chauffante au-dessus du bain ajoutait à la confusion des résidents et, au contact de l’eau, les murs en panneaux de gypse gonflaient.

Parallèlement, il fallait trouver le budget nécessaire. « J’ai alors rappelé à l’équipe que le comité paritaire tenait un concours reconnaissance-innovation, dont une des catégories soutenait financièrement la réalisation de projets visant à régler des problématiques urgentes, mais impossibles à réaliser à court terme, se souvient Annie Boulianne. Ils ont reçu 7 000 $ pour mener à bien le projet. »

Avec l’appui de l’ASSTSAS

L’équipe a ensuite commencé sa quête afin de trouver une solution à chacun des problèmes constatés. Le mandat était clair : rendre l’environnement ergonomique et éliminer les risques d’agression, de contamination, de moisissures et d’encombrement. Il fallait donc épurer l’environnement afin de donner le plus de place possible aux travailleurs et aux résidents.

Le réaménagement a été conçu en collaboration avec l’ASSTSAS. « Nous estimions qu’une ressource externe ayant de l’expertise en ergonomie et en sécurité des soignants pourrait nous aider, explique Annie Boulianne. Nous leur avons demandé de nous faire des recommandations. La conseillère nous a effectivement proposé de très bonnes solutions. Par exemple, nous avions prévu l’installation d’une autre baignoire, mais elle nous a amenés à remettre ce choix en question. C’est ainsi que le projet a cheminé vers une salle de douche. »

Un projet réalisé en deux semaines à peine

À partir du moment où les travaux ont commencé, il n’aura fallu que deux semaines pour que le tout soit réalisé. Pendant ce temps, les résidents de l’unité prothétique étaient emmenés dans les salles de bain des autres unités.

Véritable réussite, la salle de douche de l’unité prothétique du Centre d’hébergement Marie-Berthe-Couture est toujours appréciée, cinq ans plus tard. Un travailleur accompagne les résidents qui peuvent marcher jusque-là. « Les personnes confuses ne sont pas toujours handicapées », précise M. Lambert. Les autres y sont emmenées dans un fauteuil qui passe aisément la porte qu’on a élargie. L’accès y est facilité, la pente ayant été éliminée, et les roulettes ne risquent pas de se coincer sur le revêtement de sol, car le contreplaqué et la céramique ont été remplacés par un revêtement de polymère sans aucun joint. Un produit antidérapant qui y est intégré prévient les chutes.

Une tuile chauffante suspendue au plafond diffuse un éclairage d’un blanc doux et assure une température équilibrée avant même que le résident ne soit installé dans une chaise-douche. Les murs ont été peints d’une couleur neutre et recouverts d’un enduit anti-graffiti imperméable qui leur donne un effet vitrifié tout en empêchant la dégradation des matériaux. Une dernière correction d’importance a été apportée : une place est désormais réservée à chacun des petits appareils électriques, et des cache-fils préviennent les accidents.

Puisque la baignoire est éliminée, les résidents sont assis sur une chaise de douche, ce qui limite les postures contraignantes pour les soignants. Un tablier imperméable et des bottes antidérapantes et imperméables sont à la disposition des soignants. Ils peuvent circuler facilement autour des résidents sans risquer de se heurter à des obstacles de toutes sortes, d’autant plus que l’armoire de rangement qui encombrait la pièce a été remplacée par des tablettes de thermoplastique.

Grâce à sa réalisation, le Centre Marie-Berthe-Couture a remporté un Grand Prix santé et sécurité du travail en 2013. Depuis, Cédric Lambert reçoit régulièrement des appels d’autres établissements qui souhaitent lui emboîter le pas. « Je partage mes références avec le plus grand des plaisirs ! »

Parce qu’une image vaut mille mots, nous vous invitons à consulter le reportage vidéo : youtube.com/watch?v=PWQRlAyXc2A 

Le réaménagement de la salle de bain a permis...

  • de réduire les cas des troubles musculosquelettiques chez le personnel soignant;
  • d’éliminer la pente pour accéder à la pièce
  • de diminuer le nombre d’agressions pendant le bain (douche);
  • de diminuer les risques de chute;
  • d’éliminer les risques de blessures causées par la présence d’interstices entre les plateformes au sol, qui occasionnaient le coincement des appareils roulants;
  • de réduire les risques d’accident, puisque les aires de circulation et les surfaces de travail n’étaient plus encombrées;
  • de maximiser la sécurité dans l’aire de travail ; hh d’éliminer les risques d’infection nosocomiale et de contamination croisée entre les patients grâce aux modifications apportées et aux ajouts (revêtement des surfaces de plancher, murs, plafonds, tablettes, équipement de protection);
  • d’améliorer les postures de travail lors des déplacements des résidents et des soins d’hygiène;
  • d’optimiser l’organisation du travail par la conception d’une salle de douche ergonomique et adaptée à la clientèle prothétique.