La SST en CPE n'est pas un jeu d'enfants

Sources : CPE Chatouille
Sources : CPE Chatouille

Un environnement conçu pour répondre aux besoins des tout-petits peut-il aussi assurer la santé et la sécurité au travail des employés? Deux centres de la petite enfance en ont fait la preuve.

Les centres de la petite enfance (CPE) sont tenus de respecter les normes du ministère de la Famille, comme tous les services de garde à la petite enfance. Tables à langer, tables et chaises, systèmes de rangement pour les jouets et les produits dangereux, tout doit être conçu pour assurer la sécurité de la clientèle, des tout-petits généralement âgés de moins de six ans. « Être convivial pour les enfants fait en sorte que c’est parfois moins convivial pour les adultes », estime Suzie Bergeron, directrice générale du CPE Chatouille, à Montréal. Le directeur général du CPE Parc-en-ciel, situé dans la région de la Chaudière-Appalaches, abonde dans le même sens : « Nous consultons souvent les experts de l’Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail du secteur affaires sociales (ASSTSAS) avant d’envoyer nos plans de rénovation ou de construction au Ministère. Ils nous proposent parfois des modifications qui vont au-delà des exigences du Ministère tout en étant adaptées aux besoins des travailleuses. »

Conseillère à l’ASSTSAS, Sylvie Bédard estime qu’effectivement, les règles du ministère de la Famille visent en premier lieu la sécurité des enfants. Sans pépins (voir l’encadré), la revue de l’organisme, joue un rôle complémentaire en informant les services de garde des meilleures pratiques pour assurer la santé et la sécurité du personnel. « Les CPE soumettent au ministère de la Famille les projets de construction, de rénovation ou d’agrandissement de leurs installations, explique Sylvie Bédard. Nous avons mis dans certains numéros des renseignements qui leur sont utiles pour préparer leur projet et discuter avec les architectes. »

Un réaménagement réussi

En 2006, le CPE Chatouille est passé de 60 à 77 places, puis, récemment à 80 places. « À l’époque, nous avons agrandi par l’intérieur, observe Suzie Bergeron. Les Trottineurs (18-24 mois) étaient dans un local double. Nous l’avions transformé du mieux que nous avions pu. Le personnel éprouvait des frustrations parce que l’espace était restreint. Avec l’aide de l’ASSTSAS, ce local a été complètement réaménagé. Nous avons ajouté du rangement et installé une table à langer amovible, rendant ainsi l’environnement fonctionnel, ergonomique et convivial pour les éducatrices et les enfants. » La réalisation de ce projet a valu au CPE un Prix du jury au concours Pleins feux sur l’initiative en SST – Sans pépins ainsi que le Prix du public.

La prévention est une préoccupation constante de la direction de ce CPE du Plateau Mont-Royal. Elle s’appuie sur son comité de santé et sécurité du travail, en plus de régulièrement solliciter l’aide de l’Association québécoise des CPE, qui propose notamment les services de la seule mutuelle spécialisée en petite enfance. « Lorsque nous avons eu des accidents et des incidents, tant du côté de la cuisinière et de la préposée que du côté des éducatrices, ils nous ont offert diverses capsules de sensibilisation et de formation, entre autres sur les entorses lombaires et les maux de dos », se souvient Suzie Bergeron.

Sylvie Bédard confirme que les troubles musculosquelettiques (TMS), tels les maux d’épaules et de dos, dominent dans les CPE. « Les locaux doivent convenir aux enfants et aux adultes, donc à des personnes de tailles très différentes. Quand les éducatrices utilisent, par exemple, un marchepied adapté pour aider les enfants à atteindre la table à langer, elles éliminent ainsi l’effort de prendre les enfants dans les bras. »

En effet, soulever des charges fait partie du quotidien des éducatrices : elles peuvent prendre dans leurs bras des enfants d’une dizaine de kilos plusieurs fois par jour, que ce soit pour changer leur couche ou les asseoir à la table à l’heure des repas, des collations ou lors des activités de loisirs, sans compter les séances d’habillage et de déshabillage liées aux activités extérieures.

Les responsables de l’alimentation sont également exposées aux risques de TMS, surtout lorsqu’elles doivent se déplacer sur deux étages : lourd bac de denrées ou couverts dans un bras, l’autre main sur la rampe, et visibilité réduite à cause de la charge augmentent les risques d’accident. La direction du CPE Chatouille a réglé ce problème en installant un monte-charge.

Sylvie Bédard mentionne que les clients de l’ASSTSAS peuvent être à la recherche de solutions aux bruits ambiants liés aux activités des petits. Suzie Bergeron est particulièrement fière à cet égard : « Nous avons appris à vivre ensemble. Vous seriez surprise, en entrant ici : vous n’auriez pas l’impression que 80 enfants se côtoient. Des stratégies visent à protéger les oreilles des enfants et des adultes. Par exemple, des coins ont été aménagés où les enfants jouent à deux ou à trois. »

Motiver le comité SST

Le CPE Parc-en-Ciel compte trois installations qui accueillent 175 enfants, une à Disraeli; deux à Thetford Mines. Le directeur général, Serge Rousseau, ne tarit pas d’éloges à l’endroit de son comité SST : « Nous n’avons à peu près jamais d’accidents, parfois des incidents qui nous aident à apporter des correctifs. » Denise Roy, chef d’équipe à l’installation de Disraeli et gestionnaire membre du comité SST, précise : « Nous faisons beaucoup de prévention. Nous signalons, par exemple, une mauvaise posture ou une mauvaise technique pour prendre un enfant, la présence de jouets qui traînent et risquent de provoquer des chutes, l’absence d’un coin protecteur sur une porte d’armoire… De plus, un cahier d’information est mis à la disposition des nouvelles employées, de sorte qu’elles adoptent de bonnes habitudes dès leur arrivée. »

Les accidents étant rares, comment un employeur peut-il motiver les membres de son comité de SST à s’investir? Le CPE Parc-en-Ciel a trouvé une façon originale, comme l’explique son directeur général : « Nous avions toujours été assez performants en matière de SST, mais il a suffi de quelques accidents pour que ça nous coûte une fortune, à cause des réaffectations temporaires et de l’augmentation des cotisations à la CNESST. Comme organisme à but non lucratif, nous ne pouvons nous permettre d’avoir de telles dépenses. » En bons gestionnaires, les membres de la direction ont alors décidé d’attribuer un poste budgétaire aux accidents, mais si la somme n’est pas entièrement utilisée, l’économie est partagée à parts égales entre le CPE et le comité SST. Ce budget, qui peut représenter quelques milliers de dollars annuellement, sert à l’animation des activités de promotion et de qualité de vie au travail du comité, ainsi qu’à l’achat de petits équipements et aux frais de déplacement pour participer à des colloques et à des activités de formation.

La direction a ajouté un incitatif en demandant au comité de s’attaquer à la prévention à la fois en matière de santé physique et de santé psychologique au travail. Chaque année, non seulement un plan de mesures préventives des maladies physiques est adopté, mais le comité produit également un plan d’action lié à la qualité de vie au travail. Ces actions ont même une incidence sur la vie personnelle de travailleuses qui ont cessé de fumer et font souvent des marches à l’heure du lunch.

« Un comité de SST ne suffit pas, prévient toutefois Serge Rousseau. Ça n’ira pas loin si la direction ne s’investit pas elle aussi. Lorsque le comité veut aborder un point en particulier, il faut accepter qu’il puisse en discuter avec le conseil d’administration au besoin. La santé et la sécurité du travail, c’est une affaire de groupe. »

Les actions du comité de SST ont été récompensées à plusieurs reprises, comme en témoigne une très longue liste sur le site du CPE. Soulignons, entre autres, les deux Prix du jury au concours Pleins feux sur l’initiative en SST – Sans pépins, organisé par l’ASSTSAS, l’un pour la conception de grilles de vérification visant à faciliter les inspections internes, l’autre pour un système de communication avec le personnel.

De précieux documents de référence

L’ASSTSAS diffuse la revue Sans pépins trois fois par année. On peut consulter en ligne tous les numéros publiés depuis 2007. Ils abordent des thèmes aussi variés que le choix d’une table à langer ou d’un bon marchepied pour éviter les maux de dos, la prévention à la cuisine, la sécurité dans les escabeaux, les chaises pour adultes dans le monde des petits et la santé psychologique. Deux éditions thématiques portent spécifiquement sur l’organisation de la SST (novembre 2015) et l’intégration de la SST dans les projets de rénovation et de construction (novembre 2013).