Palettiers : hauts lieux de chutes

Source : Shutterstock
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Imaginez un entrepôt avec de multiples rangées de rayonnages métalliques qu’on appelle palettiers, parce que la marchandise y est souvent entreposée sur des palettes. Ou encore, imaginez les mouvements des caristes qui circulent dans les allées pour déposer ou prélever des palettes ou des articles. Ici, le danger de chute est multiple.

Une lacune dans la conception du palettier ou le choc d’un chariot élévateur contre un montant peuvent occasionner une défaillance structurale et entraîner une chute d’objets, voire un effondrement. Parce qu’ils supportent des tonnes de marchandises, les palettiers et leur solidité ne sont pas à prendre à la légère. Et quand un travailleur tente d’accéder aux étages supérieurs, il est lui-même à risque de faire une chute, c’est pourquoi, même si le palettier est solide, la sécurité des employés passe également par de bonnes méthodes de travail permettant d’éviter les accidents.

Source : André Cathy
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Il est difficile d’établir des statistiques d’accidents en lien avec ces installations. Toutefois, ils n’en sont pas moins récurrents. L’accident le plus impressionnant pouvant survenir est sans doute l’effondrement partiel ou total d’un palettier. C’est arrivé en 1999, dans un entrepôt frigorifique à Montréal, ou encore en 2002, dans une laiterie de Sorel-Tracy. Dans les deux cas, le rayonnage métallique et son contenu ont basculé, causant la mort d’un travailleur. Les chutes d’objets peuvent également être fatales. Ainsi, en 2004, dans un autre entrepôt frigorifique de Montréal, des palettes empilées sont tombées sur un travailleur, qui en est décédé. Par contre, les derniers accidents recensés par la CNESST ne sont pas des effondrements de rayonnages métalliques ou des chutes d’objets, mais plutôt des chutes de travailleurs, relève Josée Ouellet, conseillère-experte en prévention-inspection à la CNESST. « Il y a eu des décès ces dernières années parce que des travailleurs accédaient au palettier en utilisant un chariot élévateur à poste de conduite élevable sans se protéger adéquatement contre les chutes », précise Henri Bernard, conseiller-expert en appareils de levage à la CNESST. C’est arrivé en 2011 chez un distributeur de pneus près de Québec, et en 2016, dans un centre de rénovation de Chambly, un travailleur a fait une chute mortelle en grimpant dans le palettier avec une échelle. Dans les entrepôts, les accidents peuvent aussi survenir lors d’une mauvaise manoeuvre d’un chariot élévateur, comme ce fut le cas dans une entreprise d’emballage en Montérégie, où un cariste a percuté du matériel, qui a basculé sur lui en le coinçant mortellement.

Bâtir de manière solide et adaptée aux besoins

Malgré son allure de jeu de Meccano, l’installation d’un palettier ne s’improvise pas. Lorsqu’une entreprise envisage de se munir d’une telle structure, elle doit contacter un fabricant, qui la concevra selon les besoins et les conditions d’entreposage. « Le côté structural est aussi important que le bâtiment. Quand on comprend que le palettier ne peut pas être fixé au mur parce qu’il risque d’entraîner la bâtisse, on procède différemment. On fait appel à une firme externe et les gens qui font la conception prennent tout en considération : la température, l’humidité, le plancher, la condensation… », relate Jean-Sébastien René, préventionniste sénior chez Congébec, une entreprise qui, avec ses douze entrepôts, offre un service de congélation partout au pour savoir si le palettier sera à l’intérieur ou à l’extérieur, quels seront les dimensions, le poids des charges et leur nature, le type de chariot élévateur utilisé dans l’entreprise, la nature du sol… », confirme Gilles Ducharme, président de Structurack, une entreprise qui conçoit et répare des palettiers. Il faudra évidemment dimensionner le palettier pour accueillir et supporter les charges et prévoir des allées adaptées aux appareils de manutention, sans oublier les voies de circulation réservées aux piétons. Avant toute chose, considérant les charges que le palettier supportera, il faut s’assurer des capacités portantes du sol. « On nous appelle parfois trop tard, lorsque le bâtiment est construit et que la dalle de béton est déjà coulée, avant même de savoir quelle charge elle aura à soutenir, déplore-t-il. Certains sols ne peuvent pas résister à des charges importantes. Ainsi, on devrait d’abord penser à ce qu’on va mettre dans le bâtiment, et ensuite le construire en conséquence. » Le fait de concevoir le palettier et le bâtiment en même temps permet d’optimiser l’espace et, éventuellement, d’éviter des accidents de circulation. « S’il y a une colonne structurale du bâtiment dans une allée de circulation, à un moment ou à un autre, quelqu’un va la heurter, prévient Gilles Ducharme. Si on l’intègre dans la rangée du palettier, on perd de l’espace d’entreposage. Toutefois, on peut l’incorporer dans l’espace qu’on doit laisser entre les deux rangées dos à dos d’un palettier double. »

Par contre, même bien conçu, un palettier n’est pas à l’abri des effondrements s’il est mal installé. L’installation ne s’improvise pas plus que la conception, car, à cette étape, on doit suivre les indications fournies par le fabricant. « Il y a beaucoup de règles à suivre. Les gens pensent qu’ils peuvent installer le palettier eux-mêmes, sans formation, mais c’est faux », mentionne Gilles Ducharme. C’est dans ces circonstances qu’on peut observer des pieds d’échelle mal boulonnés, des lisses dépourvues de goupilles ou des montants non conformes à la norme de verticalité. Souvent, le fournisseur du palettier engage une entreprise pour faire l’installation, mais personne ne vérifie qu’elle est conforme au plan. « Trop de fournisseurs acceptent de ne pas installer eux-mêmes leur palettier », confirme Gilles Ducharme, en expliquant que Structurack les met en place elle-même ou délègue l’installation à des sous-traitants qu’elle a formés et accrédités. Conséquemment, l’achat d’un palettier usagé est une décision qui demande une grande réflexion. Comment pourrait-il convenir aux besoins spécifiques de son nouvel acquéreur ? « L’historique du palettier et sa capacité portante ne sont pas connus », prévient Gilles Ducharme. Il a peut-être subi des réparations qui l’ont fragilisé. D’ailleurs, c’est la cause qui a été retenue lors de l’effondrement du palettier de l’entrepôt frigorifique de Montréal. Pour des besoins temporaires, l’entreprise avait installé un palettier usagé dont l’un des montants avait été repeint et réparé avec une soudure de mauvaise qualité. La réparation avait échappé à l’employeur, qui avait pourtant inspecté le palettier avant son chargement. Malheureusement, le montant n’a pas tenu le coup.

Gare aux chocs

Source : Sécurack
Il est important de savoir si le palettier sera à l’intérieur ou à l’extérieur, quels seront les dimensions, le poids des charges et leur nature, le type de chariot élévateur utilisé dans l’entreprise et la nature du sol.
Source : Sécurack

Même s’il est bien conçu et bien installé, le palettier craint les chocs et doit être ménagé. Le choc d’un chariot élévateur contre un montant n’a rien d’anodin, car un tel incident fragilise la structure et réduit la capacité portante du palettier. « Un impact sur une petite section peut avoir une répercussion n’importe où le long de celui-ci et provoquer un effondrement », confirme Guy Godin, conseiller en prévention chez Via Prévention, l’association sectorielle paritaire du secteur du transport et de l’entreposage. Des protections sur les pieds d’échelle en bout de rangée pourront pardonner quelques heurts, mais les chocs que la conduite maladroite des caristes pourrait occasionner sur le palettier peuvent être lourds de conséquences. Pour encourager les caristes à adopter une conduite sécuritaire, IKEA a instauré un système de points d’inaptitude qui entraîne une perte temporaire du droit de conduire un chariot élévateur et renvoie le cariste en formation, explique Jocelyn Veilleux, directeur de la sécurité du service Prévention des pertes et sinistres au Centre de distribution IKEA de Brossard. En plus d’être formés adéquatement, « les caristes doivent avoir assez d’espace pour manoeuvrer », estime Gilles Ducharme. C’est pour cela que, « quand on planifie l’installation d’un palettier, il faut le faire selon les appareils qui seront utilisés pour monter les charges, et prévoir l’espace suffisant en fonction des différents types de chariots », rappelle Josée Ouellet. Si malgré tout un cariste heurte et endommage un élément du palettier, il est primordial qu’il le signale à son superviseur. « Il faut responsabiliser le cariste, insiste Guy Godin. S’il heurte un palettier, on veut le savoir ; pas pour le punir, mais pour évaluer les dommages de la section, éventuellement procéder aux réparations et améliorer la formation du travailleur ». À l’usine Danone de Boucherville, c’est la technologie qui assure les rapports de bris. « Un système de détection d’impact assure l’arrêt immédiat du chariot quand il heurte un palettier. Avec ce dispositif, tous les incidents sont automatiquement rapportés et les mesures nécessaires sont prises. De plus, l’intervention du superviseur est obligatoire pour la remise en service du chariot », explique Momar Diagne, conseiller en santé et sécurité au travail chez DanoneWave Canada. Les employés, caristes ou non, qui remarquent une anomalie doivent le signaler.

Mieux vaut inspecter

En l’absence d’un système de détection automatique des heurts, l’entreprise doit envisager que tous les bris ne seront pas systématiquement rapportés par les employés. De plus, au fil du temps, l’état du palettier peut se dégrader sous l’effet de la corrosion ou des déformations du sol. La norme CSA 344-17 prévoit donc d’effectuer des inspections de routine et une inspection annuelle spécialisée. Les inspections de routine peuvent être réalisées par un employé dûment formé, qui vérifiera les composants les plus problématiques, comme la présence des goupilles, les pieds d’échelle, la verticalité des montants et le bon empilement des charges. La norme recommande de faire ces inspections de routine sur une base mensuelle, mais tout dépend de l’intensité du travail dans l’entrepôt. D’un autre côté, l’inspection annuelle spécialisée doit être faite de préférence par un expert externe qui examinera systématiquement tous les composants du palettier. En fonction de l’imminence du danger que présente le bris, la norme suggère d’utiliser un code de couleur pour établir l’ordre de priorité des mesures correctives à apporter. En cas de danger immédiat, représenté par la couleur rouge, le palettier ou une partie de celui-ci doit être mis hors service et rendu inaccessible jusqu’à sa réparation. Un code orange signifie qu’une mesure corrective est nécessaire, mais que le palettier peut demeurer en service. Un code vert correspond à un danger mineur qui doit être surveillé pour éviter une dégradation. Si des réparations plus sérieuses ou une modification structurale s’imposent, il faut consulter une personne compétente, qui déterminera les correctifs à apporter. Il en va de même pour les modifications ou les agrandissements à apporter au palettier à la suite de nouveaux besoins d’entreposage. « Les systèmes d’entreposage sont un assemblage de profilés d’acier qui permettent des ajustements. Les gens croient à tort qu’ils peuvent reconfigurer, ajouter des lisses ou en enlever », observe Gilles Ducharme. « Tous les ans, il y a des réparations ou des modifications sur les palettiers, mais ce n’est pas nous qui les faisons. Les capacités de charge doivent être vérifiées par un ingénieur », complète Jean-Sébastien René.

Parer la chute d’objets

« La palette est aussi un élément structural dont il faut tenir compte. Elle transfère les charges aux éléments de la structure », déclare Gilles Ducharme. Autrement dit, dans un palettier solidement conçu et bien entretenu, la palette qui s’écrase sous le poids de la marchandise et la fait tomber devient le maillon faible. Or, il existe deux types de palettes ; celles de piètre qualité et à usage unique doivent être utilisées uniquement pour faciliter la manutention durant le transport. Les palettes réutilisables, quant à elles, sont normalisées et répondent à des exigences de résistance mécanique permettant leur utilisation dans les palettiers. « Toutefois, prévient Josée Ouellet, une palette normalisée peut avoir été endommagée pendant le transport. » Avant de transporter une charge, le cariste doit vérifier la nature de la palette et son état. Une palette brisée ou à usage unique peut être posée sur une palette normalisée intacte, mais la meilleure solution est de transférer la marchandise sur une nouvelle palette. Rien ne sert de vérifier la palette si la marchandise est mal emballée ou mal empilée, car elle pourrait tomber si elle est heurtée par un chariot élévateur. C’est pour cette raison que, en plus d’inspecter la palette, le cariste doit vérifier la stabilité de la paletée. Dans l’un des guides de Via Prévention sur l’entreposage, il est indiqué que des boîtes empilées en rangées croisées plutôt qu’en colonnes sont plus stables et qu’il est possible de solidariser la paletée en l’enveloppant d’une pellicule plastique ou en l’enserrant avec un feuillard métallique. Éventuellement, pour alimenter la chaîne de production ou pour assembler une commande, quelqu’un viendra prélever des articles de la palette. Est-ce que la charge restera stable au fur et à mesure que les pièces seront retirées ou aura-t-elle été bousculée par une opération précédente ? « Toute palette entreposée dans les alvéoles supérieures d’un palettier doit être sécurisée pour éliminer le risque de chute de charge, confirme Momar Diagne. Par exemple, s’il y a une palette déjà entamée contenant des sacs de poudre de 15 kg, l’employé devra s’assurer que les sacs sont à nouveau emballés solidement ou retenus avant de remettre la palette à sa place. » Enfin, des accessoires anti-chute, tels que des panneaux grillagés ou des butées, peuvent aussi retenir les charges. « Chez DanoneWave Canada, tout en respectant les distances recommandées entre deux alvéoles dos à dos, nous avons installé, dernièrement, des butées avec des grillages afin d’éliminer tout risque d’effet domino », relate Momar Diagne.

Réglementation et normes

Le RSST  ne comporte pas d’article traitant spécifiquement des palettiers. Toutefois, l’article 15 stipule quelques exigences sur les voies de circulation à l’intérieur d’un bâtiment qui s’appliquent à l’aménagement autour d’un palettier. L’article 256 traite du chariot élévateur en spécifiant qu’il doit être conforme à la norme ASME B56.1-1993 lorsqu’il a été fabriqué après le 2 août 2001. S’il a été conçu avant cette date, il doit se conformer à d’autres normes. Le RSST donne aussi quelques indications succinctes sur le contenu de la formation de cariste, mais sans faire référence à la norme CSA B335-F15, beaucoup plus précise. Cette dernière norme porte sur la sécurité des chariots élévateurs, leur conduite, leur entretien, mais aussi sur le travail dans le palettier.

En l’absence d’article spécifique sur les palettiers dans les règlements, on peut se référer à la norme CSA 344-17, qui traite de l’inspection, de l’entretien, de l’utilisation, de l’installation, de l’achat, des spécifications et de la détermination des besoins. Intitulée Guide de l’utilisateur pour les palettiers en acier, cette norme ne comporte pas d’obligations, mais dicte plutôt les bonnes pratiques. Entrée en vigueur en mai 2017, elle abroge la norme précédente, CSA 344.1-05. De son côté, la norme CSA 344.2-05 sur la conception et la construction des palettiers en acier a été transférée dans l’annexe N de la norme CSA S16 sur les règles de calcul des charpentes en acier.

Un poids à respecter

Source : André Cathy
Il faut connaître le poids de la paletée et s’assurer qu’il ne dépasse pas la capacité de charge du palettier.
Source : André Cathy

Une fois la palette et la paletée inspectées, il faut encore en connaître le poids et s’assurer qu’il ne dépasse pas la capacité de charge du palettier. « Normalement, le poids de la palette est inscrit sur le document d’expédition », mentionne Guy Godin. Si l’information n’est pas disponible, le cariste doit pouvoir peser la charge avec un chariot qui indique le poids soulevé ou avec une balance. C’est à l’employeur de prévoir les moyens de peser la charge et à l’employé de respecter les directives pour connaître le poids des palettes qu’il dépose dans le palettier. C’est donc le rôle du cariste de s’assurer que la palette qu’il s’apprête à déposer ne dépasse pas la charge maximale. « S’il constate que la palette pèse plus lourd que la capacité portante de l’alvéole, il doit la laisser au sol et aviser le superviseur », estime Guy Godin.

Idéalement, l’emplacement des palettes dans le palettier est défini par le service de logistique de l’entreprise. Dans les grandes entreprises, un système informatique attribue une position aux objets, comme c’est le cas chez Congebec et chez IKEA. « Quand on reçoit des articles, le système génère les codes-barres de produits qu’on met sur la palette, qui est identifiée avec son poids et ses dimensions. Chaque emplacement du palettier a un numéro. Le système indique où mettre la palette. On voit aussi les espaces disponibles en temps réel et les espaces condamnés pour réparation », décrit Jean-Sébastien René. « Tout est informatisé, explique pour sa part Francis Laverdière, préventionniste dans le service Prévention des pertes et sinistres chez IKEA. Il y a un écran sur le chariot élévateur qui indique où aller porter ou chercher une palette ».

Après toutes ces vérifications, le cariste doit manoeuvrer habilement pour bien placer la palette dans l’alvéole en respectant les espaces libres entre celle-ci et la structure du palettier. En effet, ces espaces libres facilitent la manoeuvre et évitent aux fourches du chariot de heurter un élément du palettier. Le cariste doit aussi modérer les mouvements en hauteur qui pourraient bousculer les articles du niveau supérieur, voire décrocher une lisse. « D’où l’importance de bien palettiser les charges pour qu’elles soient stables et que rien ne tombe au sol en cas de mauvaise manoeuvre », commente Henri Bernard. L’opération du gerbage et du dégerbage doit être exécutée de manière fluide et sans brusquerie, le cariste devant opérer son chariot avec précision, c'est pourquoi la formation du cariste qui travaille dans un entrepôt doit comporter un volet spécifique sur les interactions avec les palettiers.

Remédier aux chutes des travailleurs

« Selon la législation et la réglementation en santé et sécurité du travail, le travailleur ne devrait jamais quitter le chariot et marcher dans le palettier, car il n’a pas d’équipement de protection contre les chutes », insiste Josée Ouellet. Or, il semble que ce principe ne soit pas toujours respecté. « Les gens veulent aller plus vite et sautent des étapes. Au lieu de prendre un appareil pour aller en hauteur, ils montent dans le palettier », rapporte Henri Bernard. « Dans certaines entreprises, il y a des travailleurs qui grimpent pour voir le numéro d’une palette, au lieu de prendre le chariot élévateur et de la faire descendre », confirme Jean-Sébastien René. D’ailleurs, les chariots élévateurs à poste de conduite élevable sont munis d’un garde-corps et d’un point d’ancrage, auquel le cariste doit être attaché en tout temps par l’entremise de son harnais de sécurité. Par exemple, en 2011, un travailleur circulait, sans être attaché, dans un palettier où étaient entreposés des pneus. En 2012, dans l’entrepôt d’une grande chaîne de magasins de rénovation, un travailleur est monté au deuxième niveau d’un palettier pour y déposer une porte-fenêtre et a quitté la plateforme du chariot élévateur après s’être détaché. Les deux travailleurs sont tombés et n’ont pas survécu à leur chute.

Chez Congebec, des cages de levage avec garde-corps et points d’ancrage peuvent être fixées sur les fourches d’un chariot élévateur et se rendre au même niveau que les alvéoles. Mieux encore, Henri Bernard décrit une innovation qui permet de manipuler des pneus dans une alvéole sans quitter la plateforme supplémentaire du chariot. Le garde-corps s’ouvre et un pont descend pour combler le vide entre la plateforme et le palettier, permettant à l’employé de faire rouler le pneu tout en restant attaché par son harnais et sans jamais quitter la plateforme. Dans cette configuration, les pneus sont disposés verticalement, et non empilés horizontalement.

Une autre piste de solution est de repenser la logistique et les procédures de travail. Par exemple, chez IKEA, les articles sont logés aux niveaux 1 et 2 du palettier, alors que les palettes sont aux niveaux supérieurs. Le cariste qui prépare une commande fait le tour du niveau 1 pour collecter les articles dont il a besoin, et ensuite le tour du niveau 2 pour compléter sa commande. Les montées et descentes sont réduites, ce qui minimise le risque de chute d’objets et de travailleurs. IKEA s’apprête à déménager son entrepôt de Brossard à Beauharnois, et là, « ce ne sera plus le cariste qui ira à la palette, c’est la palette qui viendra au cariste », annonce Jocelyn Veilleux. Le chariot élévateur robotisé recevra l’ordre du système informatique, ira chercher l’article et le déposera sur un convoyeur qui l’amènera à l’employé pour qu’il remplisse la commande.

Quelles que soient les solutions, une chose est certaine : les travailleurs doivent être formés. Congebec a fait appel à une firme externe pour établir les bonnes pratiques de travail en hauteur et former ses employés. « Avec une procédure, on veut éviter que les gens improvisent, affirme Jean-Sébastien René. De plus, faire appel à un formateur externe donne de la crédibilité. Un employé bien formé va aussi exiger que l’employeur lui fournisse le bon appareil. »

La sécurité du palettier, au-delà du palettier

Le cariste est au coeur des activités du palettier, mais la sécurité des lieux ne repose pas uniquement sur ses épaules. Selon Gilles Ducharme, la sécurité concerne toute la chaîne de logistique, car le cariste ne choisit pas sur quel type de palette l’entreprise reçoit la marchandise et n’a pas de contrôle sur la qualité de l’emballage. « Tout part des achats, estime Guy Godin. Le système devrait avoir une procédure pour commander du matériel sur une palette à usages multiples. » « C’est le contrat entre les entreprises qui détermine sur quel type de palette sont livrées les marchandises », confirme Henri Bernard. Évidemment, la palette à usages multiples augmentera le coût de livraison, mais transférer les palettes à usage unique ou repalettiser une marchandise mal emballée représente aussi un coût supplémentaire. « Les palettes à usages multiples évitent la multiplication des manipulations, et donc des risques. Au final, les coûts seront moindres que ceux d’un accident de travail », illustre Guy Godin.

Source : IKEA
Le cariste qui travaille près d’un palettier doit connaître les règles de circulation.
Source : IKEA

Entre la commande et le palettier, il y a encore la réception des produits. Si c’est le même cariste qui décharge la marchandise du camion et qui la transporte dans le palettier, il sera motivé, pour sa propre sécurité, à vérifier l’état de la palette. Toutefois, dans certaines entreprises, les tâches sont séparées. Un cariste affecté à la réception ou à l’expédition s’occupe de charger et de décharger du camion au quai, et un autre employé transporte la marchandise du quai au palettier. Dans ce dernier cas, il incombe au cariste qui décharge la marchandise d’effectuer une première vérification de l’état de la palette et de la marchandise. Chez Congebec, « c’est le cariste de quai qui décharge, qui fait l’inspection et qui met sa griffe pour dire que c’est sécuritaire », décrit JeanSébastien René. En cas de défaut, la marchandise est palettisée à nouveau, voire refusée. « Mais, poursuit-il, ce n’est pas parce que la palette a déjà été reçue que tout est conforme à 100 %. Le cariste qui s’occupe du congélateur a aussi la responsabilité de faire une inspection visuelle. On essaie d’inculquer le principe de ne jamais mettre sa sécurité dans les mains de quelqu’un d’autre. » Plus largement, la vigilance est de mise pour toute personne amenée à circuler ou à travailler près d’un palettier. « On désire développer le réflexe chez n’importe lequel de nos employés de jeter un oeil à l’état des palettiers, et de déclarer dans un registre chaque événement, aussi anodin qu’il puisse sembler, relate Jean-Sébastien René. Si on ferme les yeux sur un problème, qui entraîne ensuite un accident, comment se sentirait-on ? »

La prévention contre l’improvisation

« Dans un palettier, une charge peut être mal placée ou une palette peut être brisée et il faudra aller la chercher. Il faut le prévoir avec une méthode de travail sécuritaire qui établit qui fait quoi et comment, pour empêcher l’improvisation », soutient Guy Godin.

Comme n’importe quel accessoire, le palettier doit faire l’objet d’un programme d’entretien incluant une inspection. « Quand on établit un programme d’entretien, poursuit Josée Ouellet, on désigne une personne responsable. L’employeur doit prévoir que si un travailleur rapporte un bris, quelqu’un fera le suivi. » Chez Congebec, l’inspection mensuelle est effectuée par un superviseur, tandis que l’inspection annuelle est faite par un employé de l’équipe de maintenance, spécialement formé en inspection des palettiers. Si le superviseur est informé d’un bris par un cariste ou s’il constate luimême un problème au cours de son inspection mensuelle, il évalue le risque et envoie un bon de travail électronique à l’équipe de maintenance. C’est elle qui analysera la situation en détail et qui appellera au besoin une firme externe pour les réparations. Parallèlement, un avis est envoyé au système informatique pour que l’emplacement soit rendu inaccessible. Chez IKEA, trois personnes du service Prévention des pertes et sinistres ont reçu une formation et s’occupent des inspections hebdomadaires. Si des employés remarquent une anomalie, ils le font savoir au superviseur, qui transmet l’information à ce service. Celui-ci évalue la situation et fait appel au fabricant, le cas échéant. L’alvéole est également condamnée durant le processus. Outre ces inspections hebdomadaires, IKEA mandate le fabricant pour l’inspection annuelle. Chez Danone, les inspections mensuelles sont effectuées à l’interne, par les gestionnaires, en collaboration avec les employés sur le plancher, et l’inspection annuelle est gérée par une firme spécialisée. « L’implication des employés lors des inspections mensuelles est un excellent moyen d’assurer leurs compétences quant à l’utilisation sécuritaire des palettiers. Lorsqu’un rayonnage métallique est endommagé, un système préinstallé est déployé pour consigner la zone ayant subi un bris. Le superviseur est avisé et un rapport d’incident est rempli. Par la suite, selon la nature du dommage, une firme spécialisée est contactée pour évaluer et aider à mettre en place la bonne mesure pour que l'appareil soit conforme. De bons programmes d’inspection et d’audit qui touchent les employés de tous les niveaux permettent d’être proactifs dans la gestion des risques », estime pour sa part Momar Diagne. « Comme pour n’importe quel entretien d’appareils, il faut prévoir un budget », ajoute Josée Ouellet. Gilles Ducharme estime que ce budget doit représenter 3 % du coût d’achat du palettier.

Source : Danone
Chez Danone, un système de détection d’impact assure l’arrêt immédiat du chariot quand il heurte un palettier.
Source : Danone

Le programme de formation ne se résume pas à former le cariste, dont la propre formation ne se limite d’ailleurs pas à la conduite du chariot élévateur. Comme le rappelle Henri Bernard, l’article 256.3 du Règlement sur la santé et la sécurité du travail (RSST)  énonce qu’« un chariot élévateur doit être utilisé uniquement par un cariste ayant reçu une formation qui porte notamment […] sur le milieu de travail et ses incidences sur la conduite du chariot élévateur… » On ne peut donc pas faire abstraction du palettier. Le cariste qui travaille près d’un palettier doit en connaître les grands principes de sécurité : état des palettes et de la paletée, respect des charges et des règles de circulation, importance de ne pas heurter le palettier et de signaler les bris. « À l’embauche d’un cariste, même s’il a une carte provenant d’une autre entreprise, on lui donne la formation interne qui touche la sécurité des piétons, la conduite sécuritaire, le placement des produits, etc., explique Jean-Sébastien René. Cette année, nous ajoutons le travail en hauteur. » Comme la sécurité du palettier est un sujet dont la portée est vaste, une formation adaptée doit être dispensée à toute personne en lien avec l'appareil. « Si on dit au cariste qui va dans le palettier qu’il ne peut pas prendre une palette mal montée, mais que la personne à la réception ne s’en préoccupe pas, le but n’est pas atteint, indique Guy Godin. Pour toutes les activités liées aux palettiers, les caristes, le superviseur, le gérant, les membres du comité de santé et de sécurité doivent avoir une formation. » Chez IKEA, « tous les employés sont formés, autant les gens de bureau que les gens d’entrepôt », rapporte Francis Laverdière. « Le superviseur et la direction devraient assister à la formation », croit également Gilles Ducharme. Sinon, le signalement d’un bris par un cariste risque de rester sans suite.

Formations

Plusieurs associations sectorielles paritaires comme Via Prévention , MultiPrévention  ou l’Association sectorielle – secteur Fabrication d’équipements de transport et de machines  donnent des formations sur l’utilisation sécuritaire des palettiers, qui présentent la réglementation et les bases de l’inspection. Elles s’adressent autant aux caristes qu’aux superviseurs ou aux responsables de la santé et la sécurité et comportent une partie théorique et une partie pratique. « Le formateur se déplace dans l’entreprise et la partie pratique se fait dans le milieu de travail, avec un niveau pour prendre des mesures de verticalité, d’horizontalité et de fléchissement des lisses », décrit Guy Godin. Une autre formation de Via Prévention vise davantage les caristes et inclut des éléments d’utilisation sécuritaire du palettier. « Les gens pensent que former les travailleurs consiste à les retirer du plancher pendant plusieurs heures, déplore Jean-Sébastien René, mais la formation apporte un sentiment d’appartenance et une qualité de travail. C’est supérieur à l’investissement requis ».

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