Les accidents nous parlent – Barrière meurtrière

Un travailleur est trouvé inconscient, coincé entre la barrière d’un quai de chargement et le volant de son chariot élévateur.

Simulation de l'accident (animation 3D libre de droits)

Que s'est-il passé?

Le 18 avril 2017 en matinée, deux travailleurs d’une usine se spécialisant dans la fabrication d’équipements de tamisage et de raffinage pour l’industrie des pâtes et papiers commencent leur quart de travail. Les travailleurs de cette entreprise utilisent des chariots élévateurs pour aller chercher les commandes dans la cour extérieure, où se trouve le quai de chargement. Ce quai de chargement est muni d’une barrière métallique, dont l’ouverture et la fermeture se font manuellement. Vers 9 h, l’un des travailleurs se dirige, comme il le fait régulièrement, dans la cour extérieure avec le chariot élévateur. Vers 9 h 30, un camionneur se présente à la barrière qui permet d’accéder à la cour pour demander de l’ouvrir. Il entre dans la cour et se dirige vers le chariot élévateur, immobile. Lorsqu’il s’avance davantage, il aperçoit le travailleur qui s’y trouve, dans une position anormale. La clé est dans le contact et le moteur du chariot élévateur est à l’arrêt. Il remarque également que la barrière du quai de chargement (qui n’a pas été refermée depuis la dernière livraison, cinq jours plus tôt) semble coincer le travailleur. Il tente de lui parler, sans obtenir de réponse. Il contacte alors les services d’urgence, et l’intervention de la brigade de secouristes de l’usine est demandée. Lorsque les pompiers, les policiers et les ambulanciers arrivent sur les lieux, ils coupent la barrière à l’aide de pinces de désincarcération. La victime est ensuite conduite dans un centre hospitalier, où son décès est constaté.

Qu'aurait-il fallu faire?

Lors de la conduite d’un chariot élévateur, il est impératif que le travailleur s’assure que rien n’obstrue ou ne masque sa vue. Lorsque l’accident a eu lieu, la porte gauche de la cabine souple du chariot élévateur n’était pas refermée et attachée. Elle était plutôt flottante vers l’arrière, et la visibilité du conducteur dans cette direction s’en trouvait réduite. Également, puisque cette porte était ouverte, rien ne séparait la barrière du travailleur. Dès que la barrière a pénétré dans la cabine et s’est appuyée sur la structure verticale du chariot, elle a été entraînée par le mouvement du chariot. La combinaison du mouvement du chariot et de celui de la barrière a créé une zone de coincement, où le travailleur a été poussé contre le volant.

Par ailleurs, l’espace restreint entre les boîtes rangées près du quai de chargement et l’arrière du chariot élévateur a amené le travailleur à circuler dans une zone où il lui était possible de croiser l’extrémité de la barrière demeurée ouverte au quai de chargement. Lorsque le travailleur a effectué un changement de direction pour repartir en marche avant, suivi d’un virage serré, cela a provoqué un déplacement latéral de la cabine plus grand que le déplacement vers l’avant. La cabine du chariot, ouverte, a pivoté vers la gauche et croisé l’extrémité de la barrière. Il est donc possible que le travailleur n’ait pas vu la barrière.

Notre personne-ressource : Pierre Privé, coordonnateur aux enquêtes, Direction générale de la prévention-inspection et du partenariat de la CNESST

Pour en savoir plus

Rapport d'enquête

centredoc.cnesst.gouv.qc.ca/pdf/Enquete/ed004163.pdf