Moisissures : la guerre aux spores!

Source : Geneviève Marchand
Source : Geneviève Marchand

Des moisissures sont toujours présentes à l’intérieur des bâtiments, mais la cohabitation peut, selon les circonstances, être une bien mauvaise idée! Les maladies qu’elles déclenchent parfois chez les travailleurs constituent une excellente raison de limiter l’exposition.

Où se cachent les moisissures? Partout! Il y en a dans l’air, seules ou accrochées à des particules de poussière. Il y en a parfois sur les murs, les carreaux de plafond, les planchers de bois, ou encore, des colonies denses peuvent se cacher derrière les panneaux de plâtre. Les moisissures se multiplient sur ces matériaux lorsque les conditions environnementales sont propices à leur croissance, comme en présence d’eau et d’humidité excessive. Il peut aussi y en avoir dans les milieux de travail industriels ou non, comme n’importe où ailleurs. Bref, pas une seule journée ne passe sans que nous en respirions, mais ce sont plusieurs facteurs qui influencent l’apparition de symptômes ou leur absence.

Les moisissures proviennent des champignons microscopiques présents dans la nature. Leurs spores entrent à l’intérieur des bâtiments par divers moyens de transport : les conduits de ventilation, les matériaux, le vent, les insectes et les êtres humains. Une fois entrées, elles peuvent s’accrocher à différentes surfaces. Si les trois conditions de leur croissance sont réunies – humidité importante, température entre 10 et 40 degrés Celsius et matière organique (bois, carton, cuir, panneaux de plâtre) en guise de nourriture –, elles peuvent proliférer. Elles produisent à leur tour des spores, qui sont des structures de reproduction permettant la propagation des espèces fongiques, et c’est notamment en respirant ces particules microscopiques que les humains peuvent développer des maladies. Les concentrations de spores dans l’air dépendent des conditions environnantes, leur nombre variant au cours des saisons ainsi qu’au cours d’une même journée.

C’est lorsque les structures fongiques se multiplient et se trouvent sous forme d’agrégats qu’on peut observer des taches noires, grises, blanches ou vertes, de texture poudreuse, qui sentent le moisi, la terre ou l’alcool. Des cernes, de la peinture écaillée, des matériaux de surface boursouflés, signes d’infiltration d’eau, trahissent souvent leur présence sur la surface des matériaux ou derrière ceux-ci.

Pour qu’il y ait atteinte à la santé, il faut d’abord qu’il y en ait en quantité suffisante par mètre cube d’air et que des individus exposés y soient sensibles. Il n’y a pas de valeur limite établissant un seuil d’exposition sécuritaire, et une exposition aux moisissures n’entraîne pas nécessairement des symptômes chez tous les individus. Toutefois, certains auront les yeux, le nez, la gorge et la peau irrités. Ils toussent, leur voix s’enroue, ils ont le nez congestionné et subissent à répétition des infections des voies respiratoires : rhumes, sinusites, bronchites, pneumonies. Les problèmes d’asthme ou d’allergies, déjà présents chez certains individus, peuvent s’aggraver. Également, des maux de tête peuvent survenir, tout comme de la fatigue inhabituelle et des douleurs abdominales. De façon générale, les personnes souffrant déjà d’allergies, d’asthme ou de maladies respiratoires chroniques, les personnes âgées, les personnes dont le système immunitaire est affaibli, les femmes enceintes, les bébés et les enfants sont plus vulnérables aux moisissures. Les conséquences varient selon chaque individu : elles vont de bénignes à très sévères. Certains travailleurs peuvent être marqués pour la vie, par exemple par l’aspergillose broncho-pulmonaire allergique, une complication atteignant les personnes déjà asthmatiques et pouvant conduire à un arrêt de travail.

Les moisissures engendrent trois types de risques pour la santé : infectieux, immunologique et toxique. Le second est de loin le plus répandu. Tous les milieux sont susceptibles d’être envahis par les moisissures, mais ceux où l’on rencontre des matières en décomposition, comme les usines à compost et la collecte des ordures, par exemple, sont des secteurs encore plus sensibles.

« Toute croissance mycologique sur un substrat intérieur est anormale et doit être enlevée, tranche Geneviève Marchand, microbiologiste et chercheuse en prévention des risques chimiques, biologiques et microbiologiques à l’IRSST. Que ce soit en santé publique ou en santé au travail, nous tenons le même discours. »

Une nouvelle norme en préparation

« Le Bureau de normalisation du Québec (BNQ) travaille à une nouvelle norme qui établira comment faire un diagnostic, indique Geneviève Marchand. Au Québec, il y a eu plusieurs cas de décontamination de milieux qui n’étaient pas réellement contaminés! » Cette nouvelle norme (BNQ 3009-600) encadrera l’inspection, le diagnostic et les mesures de décontamination dans les bâtiments résidentiels, mais il sera possible de s’en inspirer pour certains milieux de travail non industriels. Elle devrait entrer en vigueur en 2019.

Prévenir ou décontaminer

En nettoyant régulièrement les lieux de travail et les systèmes de ventilation, en évitant l’accumulation des poussières, en gardant le taux d’humidité entre 30 % et 60 %, en inspectant visuellement le bâtiment, sa structure et toutes les surfaces, en nettoyant – selon la composition des matériaux – ou en remplaçant les matériaux usés pour éviter les infiltrations, en détectant rapidement les signes d’infiltration d’eau et en colmatant les fuites, on peut prévenir l’apparition de moisissures à l’intérieur des bâtiments. Il est impératif de porter une attention particulière aux fuites d’eau, aux bris de tuyaux ou de joints d’étanchéité, aux infiltrations en provenance du toit ou des fenêtres, à la condensation, à l’eau stagnante, aux pièces où il y a souvent de la vapeur et aux surfaces régulièrement humides.

S’il y a une infiltration d’eau dans le bâtiment, on dispose d’un maximum de 48 heures pour tout assécher. Les matériaux poreux comme le papier, la laine minérale, les panneaux de plâtre et les carreaux acoustiques ne peuvent pas être récupérés. Les matériaux semi-poreux comme le bois ne peuvent être asséchés qu’en cas d’infiltration mineure. Sinon, ils doivent être entièrement remplacés. Il convient de travailler soigneusement en inspectant à l’intérieur des murs, s’il le faut, et derrière les armoires et les plinthes. Bien sûr, il faut réparer la source de la fuite d’eau.

Comme l’indique Gabrielle Bianco, inspectrice à la CNESST, la meilleure manière de procéder consiste à suivre les indications du Protocole de New York, un document produit en 2008 par un panel d’experts en microbiologie, sciences de la santé et environnementales, médecine du travail et hygiène industrielle. Il est disponible sur le site Web du Réseau de santé publique en santé au travail. C’est d’ailleurs ce qu’elle recommande aux milieux de travail qu’elle visite lorsqu’il y a un problème de contamination fongique. « Ce protocole permet de déterminer la meilleure façon de décontaminer selon l’étendue de la contamination », indique-t-elle. En effet, il explique de façon détaillée le type d’intervention approprié selon la superficie atteinte, soit moins de 3 mètres carrés, de 3 à 30 mètres carrés et plus de 30 mètres carrés. Le protocole recommande aussi des vêtements de protection individuelle et de l’équipement de protection respiratoire nécessaires à la décontamination. Il précise les modalités d’évacuation de la zone touchée ainsi que les mesures de réduction de la poussière. D’un côté plus psychologique, il indique comment faire l’annonce de la présence de moisissures aux occupants et aux travailleurs touchés, une étape très importante à ne pas négliger, car les personnes qui apprennent qu’elles respirent de l’air contaminé peuvent s’inquiéter.

En règle générale, il n’est pas nécessaire de faire des échantillonnages et des analyses lorsque des moisissures sont visibles. Mais, dans certains cas où des travailleurs éprouvent des symptômes typiques tandis que la source reste indéfinie, ou si la contamination semble mineure et que les symptômes persistent, il peut être nécessaire de pousser l’investigation plus loin, en ayant recours à des experts. « Dans certains cas, indique Gabrielle Bianco, des travailleurs rapportent ressentir des symptômes non spécifiques (maux de tête, fatigue, irritation des muqueuses...). Ces symptômes pourraient aussi être causés par d’autres contaminants et ne sont pas nécessairement attribuables à une exposition aux moisissures. Toutefois, si l’inspection visuelle démontre des conditions favorables à la prolifération des moisissures, nous pourrions demander à l’employeur de poursuivre l’investigation, par exemple en demandant à un consultant spécialisé de faire une inspection approfondie avec des appareils qui détectent l’humidité sur les matériaux ou dans l’air. Et, au besoin, nous pourrions même aller jusqu’à demander un échantillonnage. »

Décontaminer convenablement représente bien plus que de laver à l’eau de Javel ou de mettre une couche de peinture pardessus les moisissures. Des méthodes aussi expéditives ne fonctionnent pas. Une toute petite surface non poreuse comme la céramique ou le métal peut être lavée à l’eau savonneuse et les moisissures disparaîtront. Mais les grandes surfaces de matériaux poreux contaminés nécessitent de gros travaux. Généralement, il faut remplacer les matériaux contaminés par des matériaux neufs. Si le système de ventilation constitue la source de la contamination, il convient de confier le travail à des experts pour nettoyer, décontaminer et faire des recommandations sur l’entretien préventif du matériel et des filtres. Décontaminer entraîne des coûts et des inconvénients importants. Même si elles sont très répandues, les invasions de moisissures ne sont jamais banales. Il faut leur déclarer la guerre, sinon, elles gagnent du territoire très rapidement!

Les moisissures proviennent des champignons microscopiques présents dans la nature. Une fois entrées à l’intérieur des bâtiments, elles peuvent s’accrocher à différentes surfaces. Source : Geneviève Marchand et Gabrielle BiancoLes moisissures proviennent des champignons microscopiques présents dans la nature. Une fois entrées à l’intérieur des bâtiments, elles peuvent s’accrocher à différentes surfaces.
Source : Geneviève Marchand et Gabrielle Bianco

 

 

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