Prudence pour éviter les chutes par-dessus bord

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En novembre 2016, la CNESST a actualisé son guide sur la santé et la sécurité à bord des bateaux de pêche. Malgré le fait que les pêcheurs soient davantage sensibilisés aux risques que leur métier comporte, des accidents tragiques continuent d’affliger ces travailleurs. Dans la majorité des cas, ces accidents auraient pu être évités avec l’application de règles de sécurité recommandées par la CNESST.

Facteurs de chute

Parfois mortelles, les chutes par-dessus bord font partie des plus graves accidents qui guettent les travailleurs sur les embarcations nautiques. Selon Michel Castonguay, inspecteur-expert en pêche et navires à la CNESST, les cordages constituent un facteur de chute important. Les pêcheurs doivent mettre à l’eau des lignes possédant plusieurs casiers reliés entre eux par une autre ligne, ou encore larguer des engins de pêche, tels des chaluts. « Un accident est vite arrivé, souligne-t-il. Il suffit qu’un travailleur pose le pied dans la boucle d’un cordage, qu’il pousse un casier, et le voilà entraîné dans l’eau. » Pour assurer la sécurité des travailleurs, il est donc primordial de bien aménager le pont et d’isoler les cordages en les éloignant des pieds des travailleurs. « Lors d’une chute dans l’eau, le danger le plus important est le choc thermique », explique l’inspecteur. Sous les 15 °C, même l’été, l’eau du large est suffisamment froide pour causer un choc pouvant provoquer l’état d’inconscience et la mort d’un individu en seulement quelques minutes.

De son côté, Vincent Dupuis, capitaine d’un crevettier à deux chaluts, considère la météo comme un autre facteur important à considérer dans la prévention des chutes par-dessus bord. Le mauvais temps peut occasionner de la houle ou des vagues violentes qui percutent le bateau. Ces dernières menacent de faire perdre l’équilibre aux pêcheurs et de les projeter par-dessus bord, en plus de complexifier les mesures de sauvetage. « Il y a des petites météos locales qui varient selon les endroits, c’est difficile à prévoir. Je dirais que c’est probablement l’une des principales causes des chutes à la mer, après les cordages. Si une personne tombe à l’eau lors d’une tempête en mer, elle est beaucoup plus vulnérable et le bateau est plus difficile à contrôler dans le vent et les vagues », explique le capitaine. Lors de mauvaises conditions, les activités sur le pont doivent être temporairement suspendues jusqu’à ce que la reprise des opérations soit à nouveau sécuritaire.

La prévention avant tout

Les accidents à l’origine de la plupart des chutes par-dessus bord peuvent être évités si l’on applique les mesures de sécurité adéquates, telles qu’énumérées dans le guide sur la santé et la sécurité à bord des bateaux de pêche. Les embarcations de pêche doivent respecter la Loi sur la santé et la sécurité du travail  et le Règlement sur la sécurité des bâtiments de pêche . Les voies de circulation, le pont, les échelles et les escaliers nécessitent d’être revêtus d’une surface antidérapante en tout temps. Cette surface doit être entretenue de façon à ne jamais être glissante, par des nettoyages réguliers et des réparations lorsque cela s’avère nécessaire. Le pavois, une barrière physique créée par le prolongement de la coque du navire au niveau du pont, et les garde-corps sont aussi des mécanismes de sécurité importants sur les bateaux.

Pour Vincent Dupuis, le harnais représente la sécurité de ses travailleurs. Source : Vincent DupuisPour Vincent Dupuis, le harnais représente la sécurité de ses travailleurs.
Source : Vincent Dupuis

Ces derniers assurent une frontière physique entre les pêcheurs et l’eau. Les garde-corps et pavois doivent être d’une hauteur de 90 à 120 cm sur les navires. Parfois, les opérations de pêche recommandent l’abaissement du pavois. Dans ces circonstances, les travailleurs doivent être attachés à l’aide d’un harnais. « Les moyens pour empêcher les chutes par-dessus bord doivent être mis en place : nous ne visons pas à faire flot-ter les pêcheurs, nous voulons les empêcher de tomber à l’eau », résume Michel Castonguay.

Un pêcheur peut tout de même être projeté hors de son embarcation malgré la présence d’une barrière physique et d’un sol antidérapant. Heureusement, d’autres moyens préventifs existent pour assurer la sécurité des travailleurs. Les harnais, obligatoires sur les bateaux sur lesquels les garde-corps sont réduits ou absents, peuvent empêcher les chutes à l’eau ou garder les travailleurs accrochés à leur embarcation. Le port d’un gilet de sauvetage permet à un travailleur qui aurait fait une chute de survivre plus longtemps dans l’eau, en attendant les secours. Ce temps précieux peut faire la différence entre un sauvetage réussi et la mort. Pour Vincent Dupuis, les harnais et les gilets de sauvetage sont deux mécanismes de sécurité essentiels. « Si je perds un gars à l’eau, il sera difficile de le récupérer dans une tempête. J’ai donc décidé d’intégrer le port du gilet de sauvetage et du harnais de sécurité en tout temps », mentionne-t-il. Alors que certains pêcheurs ont peur de perdre en efficacité en portant le gilet de sauvetage et le harnais, Vincent Dupuis prouve tout le contraire avec son équipage efficace, qui s’est rapidement habitué à l’équipement après de légers ajustements. Michel Castonguay est aussi d’avis que les méthodes de travail ont également un rôle crucial à jouer dans la mise en place d’un milieu sécuritaire. Chaque embarcation de pêche est unique et les pêcheurs doivent s’adapter. « Nous voyons des travailleurs qui, voulant aller plus vite, montent sur le pavois, ils ne sont pas attachés et certains ne portent pas de gilet de sauvetage. Généralement, les accidents surviennent exactement dans ce genre de circonstances », s’inquiète-t-il. Cet empressement peut faire augmenter les risques de manière importante pour les pêcheurs, qui accordent alors moins de temps aux préparatifs sécuritaires.

En cas de chute...

En cas de chute par-dessus bord, la priorité est de sortir le travailleur qui est tombé à l’eau le plus rapidement possible. Le guide de la CNESST fait état des mesures à prendre lors d’une telle situation :

  • donner l’alerte
  • charger quelqu’un de garder à vue la personne qui est à l’eau
  • lancer un objet flottant à la personne qui est à l’eau et marquer sa position à l’aide d’un système de balise
  • amorcer la manœuvre de Williamson*
  • repêcher la personne en manœuvrant le bateau avec précaution
  • ramener la personne à bord. On doit user de prudence lorsqu’on tente de ramener quelqu’un à bord. En effet, il arrive souvent que des sauveteurs soient entraînés dans l’eau par la personne qu’ils essaient de secourir

*Manœuvre consistant à conduire le bateau dos au vent et à faire une boucle pour revenir chercher le travailleur. Lorsque celui-ci remonte à bord, l’embarcation est placée de manière à lui bloquer le vent.

Défi accepté

« C’est souvent un défi d’apprendre de nouvelles méthodes de travail aux pêcheurs, ils préfèrent la routine et le changement est parfois difficile », explique Vincent Dupuis. Étant déjà lui-même tombé hors d’un bateau de pêche, au large et en pleine tempête, le capitaine de crevettier est particulièrement sensible à la question et accorde une importance prioritaire à la sécurité à l’intérieur de son embarcation, soulignant que celle-ci passe surtout par des discussions et par la sensibilisation entre collègues. « Il faut implanter la santé et la sécurité sérieusement et en parler souvent. Sur le bateau, on utilise les temps libres pour en discuter. Il suffit de trouver les moments adéquats, mais il est toujours possible de rééduquer les travailleurs, de réfléchir ensemble sur la sécurité et les mécanismes à mettre en place. J’ai imposé le port du harnais à mes gars et maintenant, ils sont assez habitués pour ne pas aller sur le pont arrière sans cet accessoire. Si quelqu’un l’oublie, les autres vont lui mentionner », poursuit-il. Le pêcheur concède qu’il y a un progrès et de l’espoir à l’horizon en matière de santé et de sécurité. « On prend ça au sérieux. Avec tous les efforts déployés de part et d’autre, il y a eu beaucoup d’amélioration », conclut-il.