Banalisation des risques - La SST en danger !

Quel que soit le domaine ou le secteur d’activité, le risque de blessure ou d’accident existe. Des programmes de prévention sont mis en place par les organisations depuis l’adoption de la Loi sur la santé et la sécurité du travail. Les entreprises qui réalisent toutes les activités de ces programmes obtiennent des résultats concrets. Toutefois, plusieurs voudraient faire mieux encore. En examinant leurs accidents, elles s’aperçoivent qu’il y a un niveau en deçà duquel elles n’arrivent pas à descendre. Que faire alors ? Une des avenues prometteuses est de faire participer tous les travailleurs pour signaler toutes les blessures, même mineures (égratignures, coupures, etc.), tous les incidents sans conséquences et toutes les situations au cours desquelles un accident a été évité de justesse. En effet, un des principaux ennemis de la prévention des accidents et des maladies du travail est la banalisation des risques.

 

Cette approche consistant à signaler tous les incidents peut paraître paradoxale à première vue. Ne fera-t-elle pas augmenter les statistiques liées aux accidents ? C’est devant un auditoire varié composé d’employeurs, de travailleurs et de différents intervenants en santé et sécurité du travail (SST) que Claude Millette, conseiller en prévention à l’Association sectorielle Fabrication d’équipement de transport et de machines (ASFETM), a présenté cette approche lors de la conférence intitulée Banalisation des risques = danger, lors du Grand Rendez-vous santé et sécurité du travail 2012.

 


Photo : Shutterstok 
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Une petite coupure ou une blessure mineure peut mener à une pathologie plus grave si elle n’est pas signalée et prise en charge adéquatement. Elle peut nous en dire long sur les risques de blessures plus graves, à condition que les circonstances soient analysées.

La prévention des risques en SST est un processus paritaire qui doit concerner tant l’employeur que le travailleur. Chacun de ces deux acteurs a un rôle fondamental à jouer dans la mise en place et l’adoption d’une culture en SST. L’employeur doit entreprendre des démarches concrètes. Lorsqu’un accident survient, il doit bien sûr enquêter ; d’ailleurs, la loi l’exige. En effet, l’enquête est la seule méthode fiable qui permet de documenter et de comprendre le déroulement des événements. Une fois terminée, l’enquête permet de reconnaître les risques et de proposer des actions pour les éliminer, sinon les contrôler afin d’éviter la répétition des accidents ; bref, de tirer des enseignements des événements accidentels. L’enquête s’inscrit dans une démarche globale d’amélioration de la gestion de la santé et la sécurité du travail. Le travailleur doit être le premier maillon du phénomène de non-banalisation des risques. Une coupure, même mineure, doit être rapportée. « Non, se couper ne fait pas partie du métier et il n’est pas normal de se blesser quand on travaille », insiste Claude Millette, car une petite coupure ou une blessure mineure peut mener à une pathologie plus grave si elle n’est pas signalée et prise en charge adéquatement. De plus, cette petite coupure peut nous en dire long sur les risques de blessures plus graves, à condition que les circonstances soient analysées. Il faut donc rapporter chaque événement, car c’est le meilleur moyen pour l’employeur d’être informé des dangers et de prendre les mesures correctives nécessaires. L’employeur et, par délégation de pouvoir, le superviseur ne doivent pas être un frein à la documentation d’un événement accidentel. Le travailleur ne doit pas se sentir gêné de demander à son superviseur de remplir un rapport d’enquête, car employeur et travailleur sont tous deux gagnants en prenant activement part au phénomène de non-banalisation des risques. Il est important de garder à l’esprit qu’un accident non rapporté peut se produire à nouveau pour un autre travailleur et avoir des conséquences plus graves. C’est ce que nous apprend la pyramide de Bird. Aucun incident ne doit être négligé, et le fait d’opter pour un traitement exclusif des accidents, et non des incidents, ne permet pas l’atteinte d’un niveau de santé et de sécurité du travail satisfaisant. Il est important d’avoir à l’esprit qu’un accident non déclaré peut être à l’origine de complications sur le plan administratif pour faire reconnaître l’accident comme accident du travail, ainsi que pour la santé du travailleur, car une douleur survenue au dos à la suite du déplacement d’une boîte peut se transformer, en quelques semaines, en entorse lombaire.

Claude Millette
 
Claude Millette cumule près de 30 années d’expérience en santé et sécurité du travail. D’abord travailleur en milieu industriel comme soudeur-monteur, représentant à la prévention et formateur en SST, M. Millette est, depuis plus de douze ans maintenant, conseiller en prévention au service de l’Association sectorielle Fabrication d’équipement de transport et de machines (ASFETM), une association sectorielle paritaire. À ce titre, il offre des services de formation, d’information, de recherche et de conseil technique aux établissements.

Une démarche pas nécessairement coûteuse... mais payante !

Réduire les risques à la source n’est pas nécessairement une démarche qui nécessite obligatoirement des ressources financières importantes. Il faut, dans un premier temps, établir les différents types de risques présents dans l’organisation (coupure, déchirure, coincement, glissement, écrasement, etc.). Puis, dans un second temps, on doit mettre en place des mesures de prévention, qui peuvent se traduire par le changement d’un outil, l’ajustement d’une machine, un changement dans les méthodes de travail, le cadenassage, l’utilisation d’un simple support à outils, etc. Ce sont parfois de petits changements en amont qui produisent de grands effets en aval. Une très grande entreprise membre de l’ASFETM a d’ailleurs appliqué cette démarche de façon systématique. Une formation pratique a été conçue de façon paritaire avec l’ASFETM et offerte à presque tous les travailleurs depuis plus de deux ans. Cette formation habilitait et invitait les travailleurs à détecter, dans leur pratique quotidienne, tous les risques, même mineurs, et à proposer eux-mêmes des solutions pour les éliminer. Un beau succès, dont l’une des interventions a d’ailleurs été couronnée par un Grand Prix SST cette année.

Connaissez-vous la pyramide de Bird ?Connaissez-vous la pyramide de Bird ?

Réduire les risques à la source n’est pas nécessairement une démarche qui nécessite obligatoirement des ressources financières importantes. Il faut, dans un premier temps, établir les différents types de risques présents dans l’organisation (coupure, déchirure, coincement, glissement, écrasement, etc.). Puis, dans un second temps, on doit mettre en place des mesures de prévention, qui peuvent se traduire par le changement d’un outil, l’ajustement d’une machine, un changement dans les méthodes de travail, le cadenassage, l’utilisation d’un simple support à outils, etc. Ce sont parfois de petits changements en amont qui produisent de grands effets en aval. Une très grande entreprise membre de l’ASFETM a d’ailleurs appliqué cette démarche de façon systématique. Une formation pratique a été conçue de façon paritaire avec l’ASFETM et offerte à presque tous les travailleurs depuis plus de deux ans. Cette formation habilitait et invitait les travailleurs à détecter, dans leur pratique quotidienne, tous les risques, même mineurs, et à proposer eux-mêmes des solutions pour les éliminer. Un beau succès, dont l’une des interventions a d’ailleurs été couronnée par un Grand Prix SST cette année. JM