Le vêtement de protection, une cuirasse qui ne rend pas invincible

On dit que l’habit ne fait pas le moine. Toutefois, en santé et sécurité du travail, l’habit, ou plutôt le vêtement de protection, peut faire toute une différence.

Il doit d’abord être approprié à la nature du travail, en bon état, porté correctement, nettoyé ou lavé avant d’être porté, décontaminé avant d’être enlevé et éliminé en respectant les mêmes consignes que pour les produits contre lesquels il protège. Pleins feux sur le vêtement de protection…


Les vêtements de protection des monteurs de lignes électriques et des électriciens doivent protéger contre l’éclair d’arc électrique. Toutefois, il faut d’abord privilégier la solution éliminant le danger à la source, c’est-à-dire en travaillant hors tension. Sur cette photo, un travailleur exposé à un risque maximal de catégorie 4.
Les vêtements de protection des monteurs de lignes électriques et des électriciens doivent protéger contre l’éclair d’arc électrique. Toutefois, il faut d’abord privilégier la solution éliminant le danger à la source, c’est-à-dire en travaillant hors tension. Sur cette photo, un travailleur exposé à un risque maximal de catégorie 4.

Imaginons un pompier en train d’éteindre un incendie en tenue de ville. Diagnostic : vêtements inappropriés pour sa tâche, menace immédiate à son intégrité physique. De façon moins frappante, mais tout aussi réelle, il existe, pour beaucoup de travailleurs, des dangers contre lesquels les vêtements personnels ou ordinaires de travail ne protègent pas. « Il reste encore beaucoup à apprendre dans les milieux de travail quant aux situations qui exigent des vêtements de protection et au choix des vêtements de protection qui conviennent. Le travailleur doit porter un vêtement de protection approprié à la nature du travail : par exemple, pendant les travaux au jet d’abrasif, lorsqu’il est en présence de poussières d’amiante, de mercure, de plomb, de béryllium, au cours de travaux pendant lesquels il peut être en contact avec des particules ou des liquides corrosifs ou toxiques par voie cutanée, ou avec des liquides ou des aérosols biologiques ; lorsqu’il y a un danger d’éclair d’arc électrique ; en présence d’objets brûlants, tranchants, avec saillies vives, d’éclaboussures de métal, au contact d’autres matières dangereuses ou de températures extrêmes », explique la conseillère experte en prévention-inspection de la CSST, Lucie Huberdeau.

L’habit de Superman le rend invincible. Mais attention, dans la réalité, le vêtement de protection constitue une défense de dernier recours qui n’élimine pas le danger. « Le signaleur muni de vêtements à haute visibilité peut quand même se faire heurter s’il reste dans l’aire de circulation des véhicules, rappelle Lucie Huberdeau. En cas d’arc électrique, la combinaison de protection limite la gravité des brûlures. C’est pourquoi il faut d’abord et avant tout placer le signaleur dans une zone où il ne pourra être renversé par un véhicule et, dans le même esprit, travailler hors tension sur de l’appareillage et des équipements électriques. Il faut d’abord chercher à éliminer le danger à la source, ou le réduire assez pour ne pas avoir à porter de vêtement de protection. »



Le choix des bons vêtements


Les huit familles de vêtements de protection 

Les vêtements de protection sont des combinaisons, des scaphandres, des pantalons, des salopettes, des vestes, des cottes, des cagoules, des guêtres. Les vêtements de protection contre les fibres d’amiante doivent résister à la pénétration des fibres, les vêtements de sécurité à haute visibilité doivent améliorer la visibilité des travailleurs, les vêtements de protection pour les pompiers doivent protéger contre la chaleur et la flamme, les vêtements de protection des monteurs de lignes électriques et des électriciens doivent protéger contre l’éclair d’arc électrique.

Comment choisir le bon vêtement et, surtout, comment savoir s’il protège ? D’abord, les vêtements de protection peuvent être regroupés dans huit grandes familles de risques (voir le tableau). On ne choisit pas un vêtement de protection au petit bonheur la chance. Une analyse complète du risque par une personne compétente doit précéder tout achat. Le vêtement de protection est dans certains cas déterminé par règlement. Par exemple, pour les travaux susceptibles de libérer des poussières d’amiante, le Code de sécurité pour les travaux de construction exige de porter un vêtement de protection qui résiste à la pénétration des fibres d’amiante.

Les travailleurs et les employeurs peuvent dans certains cas déterminer le vêtement qui convient. Par exemple, pour améliorer la visibilité des travailleurs, ils peuvent consulter la norme CSA Z96.1-08 Lignes directrices relatives à la sélection, à l’utilisation et à l’entretien des vêtements de sécurité à haute visibilité, qui aide à déterminer le niveau de risques et à trouver le vêtement de sécurité approprié. Par contre, pour beaucoup de risques, il sera nécessaire de faire appel à un hygiéniste, à un chimiste ou à un spécialiste du domaine. Ainsi, la sélection d’un vêtement de protection contre les produits chimiques exige de connaître les effets néfastes pour la santé induits par le contact avec les produits. Par exemple, quels sont les effets du contact du produit avec la peau (brûlures chimiques, corrosion, taches, irritation), quels sont les effets du produit s’il traverse la peau et atteint le système de circulation sanguine ? De plus, il faut déterminer tous les produits chimiques auxquels les travailleurs sont exposés, leurs concentrations, leurs quantités et la durée de l’exposition. En présence d’un danger d’éclair d’arc électrique, il faut connaître l’énergie incidente ou la catégorie de dangerosité à laquelle le travailleur est exposé. « Le spécialiste du domaine est le mieux outillé pour lire et interpréter les informations fournies par le fabricant du vêtement de protection et les faire coïncider avec les risques qu’on aura déterminés », précise Lucie Huberdeau. Par ailleurs, choisir un vêtement inapproprié à la situation constitue en soi un risque parce que le travailleur n’est pas correctement protégé.

Autre aspect majeur : la conformité du vêtement avec des normes reconnues. Il se fait, depuis la fin des années 1970, beaucoup de recherche pour créer des matériaux et concevoir des vêtements de protection plus efficaces, plus performants, plus résistants, plus confortables. Les résultats de ces recherches ont permis de mettre au point des normes de fabrication. Ces normes fixent des critères de conception, de fabrication, de performance et de résistance : par exemple, pour assurer que les contaminants ne pénètrent par le vêtement, par les coutures, les fermetures, que les vêtements résistent à l’usure, aux lacérations, qu’ils permettent les mouvements nécessaires pour exécuter les tâches sans gêner le travailleur et sans déchirer, pour permettre l’évaporation de la sueur. Les normes fixent des rendements minimaux et permettent de connaître les limites du vêtement de protection : par exemple, le fabricant devra vérifier le pourcentage de particules qui pénètrent dans la combinaison, ou l’indice de pénétration d’un produit chimique à travers le matériau.
Un vêtement de protection conforme à une norme porte toujours un marquage permanent, par exemple une étiquette, et il est fourni avec des instructions d’utilisation et d’entretien. Il est essentiel de lire l’étiquette et les instructions d’utilisation et d’entretien des vêtements de protection avant de les acheter et de les porter. C’est ainsi qu’on peut savoir contre quels risques ils protègent, à quelles normes ils sont conformes, comment les porter et les entretenir. « La meilleure garantie de conformité et de qualité est le certificat de conformité donné par un organisme reconnu et indépendant », assure Mme Huberdeau.


L’équipement de protection individuelle utilisé pour se protéger contre l’arc électrique varie selon le niveau de risque. Il faut donc déterminer correctement le niveau d’énergie en cal/cm2 et ensuite voir le fournisseur pour acheter la bonne combinaison d’équipement. Sur cette photo, un travailleur qui serait exposé à un risque de catégorie 2.
L’équipement de protection individuelle utilisé pour se protéger contre l’arc électrique varie selon le niveau de risque. Il faut donc déterminer correctement le niveau d’énergie en cal/cm2 et ensuite voir le fournisseur pour acheter la bonne combinaison d’équipement. Sur cette photo, un travailleur qui serait exposé à un risque de catégorie 2.

L’employeur doit fournir gratuitement aux travailleurs les vêtements de protection qui conviennent à la nature de leur travail. Il existe beaucoup de marques et de modèles pour protéger contre chaque risque. L’employeur choisira en collaboration avec le comité de santé et de sécurité ou les travailleurs le modèle de vêtement de protection qui convient le mieux aux tâches prévues.

Comme pour tout vêtement, la notion de confort importe, et les tailles universelles n’existent pas. Ce qui veut dire qu’un essayage est de rigueur pour chaque travailleur qui doit porter le vêtement de protection. Au cours de cet essayage, le travailleur doit porter tous les équipements de protection et les accessoires nécessaires pour accomplir sa tâche. Il doit aussi bouger comme pendant son travail et s’assurer que le vêtement ne le gêne pas ni ne se déchire. Ceux qui prévoient des interventions d’urgence choisiront un modèle de vêtement de protection qui se met et s’enlève facilement et rapidement.

Avant de le mettre, le travailleur doit vérifier que son vêtement est en parfait état. Il doit le porter comme indiqué sur les instructions d’utilisation, et le décontaminer avant même de le retirer. Le vêtement de protection usagé est contaminé et doit être éliminé selon les mêmes consignes que les produits contre lesquels il protège. S’il est réutilisable, il doit être nettoyé ou lavé selon les instructions d’entretien fournies par le fabricant. Puisque les vêtements de protection réutilisables ont un nombre limité d’utilisations et qu’ils doivent être maintenus en parfait état, il faut tenir un registre d’utilisation et d’entretien.
La sensibilisation est amorcée ; on entendra de plus en plus parler des vêtements de protection. [PT]