L'hiver, le froid, la neige et la sécurité des travailleurs

Le froid est une épreuve pour le corps humain, qui préfère de loin la tiédeur d’un lit douillet. Des travailleurs québécois n’en affrontent pas moins les rigueurs de l’hiver dans leur travail de tous les jours. Or, le grand froid, ou le froid extrême, constitue un risque pour la santé humaine. Viennent avec lui la neige et la glace qui, à leur façon, menacent également la sécurité de plusieurs travailleurs. Regardons de plus près quelques dangers types associés au froid et à l’hiver, en retenant qu’il ne s’agit nullement d’un inventaire complet.

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Le corps humain ne peut supporter le grand froid. Les menaces de ce vif ennemi vont de l’engelure à la mort. C’est donc du sérieux.

L’engelure fait enflammer le nez, les oreilles, les joues, les mains et les pieds, toujours les premiers touchés à titre d’extrémités ; la peau devient rouge, violacée, douloureuse et il peut y avoir ampoules et crevasses. La gelure va un cran plus loin ; il se forme des cristaux de glace à l’intérieur des tissus, ce qui peut provoquer la gangrène et la perte des régions touchées. Le pied d’immersion, ou pied des tranchées, touche les orteils et la peau du pied. Les tissus superficiels nécrosent et font mal quand le pied a été longuement exposé à l’humidité et au froid, par exemple dans des bottes mouillées.

Ensuite, si la température du corps commence à tomber sous la normale, fixée à 37°C, survient le risque d’hypothermie. Principaux dangers : baisse de la vigilance et perte de l’aptitude à prendre une décision rationnelle. La mort guette.


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Par temps froid, c’est surtout l’activité métabolique (cœur qui bat, sang qui circule, activité physique, etc.) qui réchauffe le corps. De bons vêtements évitent qu’on la perde. « La preuve est faite que plusieurs couches de vêtements assurent une meilleure protection contre le froid qu’une seule épaisseur, précise Luc Schreiber, inspecteur de la CSST à Trois-Rivières, spécialiste du froid. Ils doivent laisser la sueur s’évaporer, être imperméables, couper le vent et rester secs. Bien couvrir sa tête est essentiel puisque 40 % de la chaleur accumulée fuit par là. »

Mais plus la température baisse, plus il est difficile de conserver cette précieuse chaleur. Plusieurs perturbateurs agissent de concert : l’air froid, le redoutable vent, le contact avec des objets froids ou de l’eau froide, l’évaporation de la sueur quand le travail est physiquement éprouvant. « Il faut équilibrer l’habillement avec l’effort de telle sorte qu’on produit de la chaleur sans en perdre par une transpiration trop abondante », précise Luc Schreiber.


Il est reconnu que les féculents (riz, pâtes, pommes de terre, etc.),  les soupes et les boissons chaudes (sauf le café) aident à produire de la chaleur.

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Il est reconnu que les féculents (riz, pâtes, pommes de terre, etc.),  les soupes et les boissons chaudes (sauf le café) aident à produire de la chaleur.

Il y a toujours risque que les pertes de chaleur excèdent les gains. Quand le déséquilibre se produit, la nature, qui est bien faite, nous en avertit. Les vaisseaux sanguins à la surface de la peau se rétrécissent afin que moins de sang n’échange de chaleur avec la peau, ce qui fait perdre moins de chaleur ; en revanche, ce phénomène de protection augmente le risque de gelure aux extrémités. Arrive ensuite le grelottement, véritable signal d’alarme. C’est un mouvement involontaire, une tentative ultime pour créer de la chaleur. Quand il survient, il faut vite se réchauffer puisque l’évolution conduira rapidement vers l’hypothermie.

Certains comportements ou états individuels nuisent à la conservation de la chaleur. Par exemple, la fatigue, la consommation d’alcool, de tabac ou de drogue, une mauvaise alimentation ou encore des troubles sanguins ou circulatoires. Le manque d’information sur les mesures préventives et d’urgence quand il fait froid est également un facteur de risque. À l’inverse, il est reconnu que les féculents (riz, pâtes, pommes de terre, etc.), les soupes et les boissons chaudes (sauf le café) aident à produire de la chaleur.

Le travail dans un environnement glacial peut présenter certains risques : la présence d’air froid et de vent (par exemple sur un chantier de construction dépourvu de murs), le contact avec des objets froids, la charge de travail trop importante (si on transpire, on perd plus de chaleur), les outils inadaptés manipulés à mains nues ou une mauvaise méthode de travail consistant par exemple à isoler un travailleur dans un lieu froid.

Pour prévenir, on peut chauffer le local ou à tout le moins une pièce où refaire le plein de chaleur, recouvrir les pièces métalliques d’isolants thermiques, utiliser des outils conçus pour ne pas devoir enlever gants ou mitaines, installer des écrans pour empêcher l’exposition au vent, avoir des aides à la manutention pour réduire la charge de travail et la transpiration.

Le risque peut aussi être contrôlé efficacement par diverses mesures qui relèvent d’une bonne gestion : former les travailleurs ; miser sur la surveillance mutuelle pour reconnaître les signes et symptômes d’une attaque du froid ; limiter la charge de travail ; installer un dispositif de communication dans les lieux isolés ; établir une surveillance de la température et de la vitesse du vent ; alterner travail – réchauffement.

Sur ce dernier point, il existe en effet une mesure développée par la Saskatchewan Departement of Labour, Occupational Health and Safety Division, qui prévoit octroyer aux travailleurs exposés au froid des pauses obligatoires d’au moins dix minutes dans une pièce chauffée, pauses répétées plus souvent si la température est plus basse et s’il vente. Par exemple, à une température de -26°C à – 28°C avec un vent de 32 km/h, un travailleur doit faire au moins quatre pauses pour quatre heures de travail et travailler au maximum 40 minutes à la fois. Faute d’instruments pour la mesurer, la vitesse du vent s’estime à l’œil : à 8 km/h, le vent fait bouger un drapeau, à 16 km/h, le drapeau reste tendu, à 24 km/h, une feuille de papier s’envole, à 32 km/h, il se forme de la poudrerie.

Voici quelques exemples en vrac de ce qu’il convient de faire sous certaines températures. À moins de 16°C, il faut porter des gants et se réchauffer les mains toutes les dix minutes sur un appareil de chauffage local s’il s’agit d’un travail de précision. Un travailleur qui tombe à l’eau à moins de 2°C doit être traité pour hypothermie. À moins de -17,5°C, on garde toujours ses gants ou ses mitaines. Si on doit régulièrement exposer un travailleur à moins de -24°C, il faut une attestation médicale. Si l’indice éolien est de -7, il faut prévoir des abris chauffés à proximité de la zone de travail. À moins de -12 d’indice éolien, il faut un compagnon ou un superviseur en permanence. Tout travailleur souffrant d’intenses frissons, de fourmillements, d’une perte graduelle de sensibilité, d’un sentiment de fatigue excessive, d’un assoupissement, d’irritabilité ou d’euphorie doit immédiatement retourner à l’abri chauffé ou y être conduit par un collègue.

Régime travail-réchauffement pour une période de travail de quatre heures*

 

Régime travail-réchauffement pour une période de travail de quatre heures*

*  Le régime s'applique à un travail modéré à lourd avec des pauses de réchauffement de 10 minutes dans un endroit chauffé. Pour un travail léger à modéré, le régime s'applique un cran plus bas. Par exemple, à -35°C, lorsqu'il n'y a pas de vent notable, un travailleur qui exécute une tâche exigeant peu de mouvements doit avoir un régime de 40 minutes de travail (au lieu de 55 min). En étant moins actif, le corps produit moins de chaleur et, par conséquent, se refroidit plus rapidement.

** À défaut de pouvoir mesurer la vitesse du vent, on peut l'estimer ainsi : un vent de 8 km/h est suffisant pour faire bouger un drapeau léger ; à 16 km/h, le drapeau est complètement déployé ; à 24 km/h, le vent soulève une feuille de papier journal ; à 32 hm/h, il cause de la poudrerie.

Source : Saskatchewan Department of Labour, Occupational Health and Safety Division.

Monoxyde de carbone : un tueur silencieux

Le froid pinçant de l’hiver oblige à fermer portes et fenêtres. Ce qui engendre un risque inhérent à la saison : l’intoxication au monoxyde de carbone.

La CSST a répertorié 300 intoxications au monoxyde de carbone au cours des dix dernières années – une maladie à déclaration obligatoire –, mais elles ne sont pas toutes attribuables au froid. Il n’en reste pas moins que l’hiver est directement lié à quelques cas. En 2003 par exemple, un travailleur a frôlé la mort parce que la cabine de la chenillette qu’il conduisait s’était peu à peu remplie de monoxyde de carbone. Le gaz délétère pénétrait par des ouvertures dans le plancher. Un surveillant de chantier a été trouvé mort au petit matin dans sa roulotte, en 2008, dans la région de la Yamaska. La veille, en raison du froid, il a entré la chaufferette au gaz, qui a fonctionné toute la nuit. Deux travailleurs agricoles, en deux lieux différents, sont décédés en février alors qu’ils nettoyaient les murs d’une étable avec une laveuse à pression fonctionnant au gaz, placée à l’intérieur des locaux en raison des risques de gel par grand froid. 

« On peut penser que ces accidents auraient eu des conséquences moins graves en été, alors que les portes sont ouvertes et la pièce mieux aérée, bien que les laveuses sous pression doivent être placées à l’extérieur, explique Anne-Marie Filion, biochimiste à la Direction adjointe de l'hygiène du travail de la CSST. Or l’hiver, les grands entrepôts, les garages ou autres types d’entreprises gardent les portes fermées alors que leurs chariots élévateurs ou d’autres appareils au gaz dégagent du monoxyde de carbone. » Des espaces bien aérés l’été deviennent donc clos l’hiver, raison de plus pour porter attention au  tueur silencieux.

Pour prévenir à la source, on utilise de préférence et si possible des appareils électriques et on pense toujours ventilation quand il y a une source potentielle de monoxyde de carbone à l’intérieur.

À la suite de l’intoxication dans la chenillette, plusieurs modèles ont été scrutés à la loupe. Conclusion : les modèles au gaz ne sont pas étanches et laissent entrer des concentrations comprises entre 31 et 79 ppm.  On a donc recommandé de ne jamais négliger l’entretien préventif de ces véhicules. Même par temps froid, il est préférable de maintenir une ou deux fenêtres entrouvertes pendant le déneigement. Il est aussi recommandé d’installer un détecteur de monoxyde de carbone réglé sur 35 ppm, de ne jamais rester à l’arrêt, moteur en marche, durant de longues périodes et, enfin, de calfeutrer la cabine du conducteur pour limiter l’infiltration des gaz d’échappement par les ouvertures dans le plancher.

La Ville de Laval a mis fin aux dangers d’intoxication dans ses chenillettes à essence de marque Bombardier en les modifiant toutes durant l’été 2005. Les sorties des gaz d’échappement ont été déplacées à l’arrière du véhicule et tous les trous dans les planchers ont été colmatés. Un programme d’entretien préventif, notamment l’ajustement des carburateurs, a vu le jour. Les habitacles sont désormais périodiquement vérifiés avec un détecteur quatre gaz à lecture directe. En les inspectant à nouveau durant l’hiver 2006, on a constaté que le problème était réglé ; les expositions au monoxyde de carbone ne dépassaient plus la moitié de la valeur permise (35 ppm pendant huit heures). Les conducteurs ont reçu la consigne de couper le moteur quand la chenillette s’immobilise.


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Les signes d'une intoxication au monoxyde de carbone


Le monoxyde de carbone a beau être sournois, quelques symptômes signalent sa présence et l’imminence du danger. Le travailleur incommodé a d’abord mal à la tête. Légèrement, puis de plus en plus. Il se sent ensuite un peu fatigué et plus faible parce qu’il commence à manquer d’oxygène. S’il manque de dextérité, il devrait s’inquiéter ; c’est l’un des symptômes qui peut être accompagné de nausées, d’étourdissements, de vomissements ainsi que d'une altération du jugement. La poursuite de l’exposition peut entraîner le travailleur vers la perte de conscience et la mort. 

La valeur d'exposition au monoxyde de carbone


La valeur d’exposition moyenne pondérée est fixée à 35 parties par million (ppm) pendant huit heures de travail. Mais ce chiffre ne dit rien de concret et il n’y a aucun moyen de savoir si on atteint ou dépasse cette concentration, sauf avec un détecteur industriel de monoxyde de carbone. « On peut par exemple le calibrer pour qu’il fournisse une première alerte discrète à la norme permise qui avertit qu’une ventilation additionnelle vient d’entrer en fonction et ensuite une autre alarme à 200 ppm qui donne le signal d’évacuation », illustre Anne-Marie Filion.

Déneiger les toits sans finir dans le banc de neige !

 

Quand la neige s’accumule trop sur un toit, des travailleurs doivent l’enlever. Autrement, des structures pourraient s’écraser sur elles-mêmes, comme ça s’est vu durant des hivers neigeux. Mais déneiger un toit est un travail à risque. Durant une seule semaine lors de la crise du verglas de 1998, la Régie régionale de la santé et des services sociaux de la Montérégie a relevé plus d’une centaine de fractures chez des personnes tombées en déneigeant les toits.

Le risque de chute vient immédiatement à l’esprit et il est réel, que le toit soit pentu ou plat. « Mais il y a un autre risque très sous-estimé : celui de subir un arrêt cardiaque, explique l’ingénieur Pierre Bouchard, conseiller à la Direction générale de la prévention- inspection et du partenariat de la CSST. Déneiger est une activité physique très intense pour le cœur ; il faut être en forme. » Or, quelques travailleurs plus âgés se glissent dans les rangs des jeunes de moins de 30 ans qui font majoritairement ce métier. L’âge n’est peut-être pas le facteur décisif, mais la forme physique l’est assurément. On doit tenir compte de l’état de santé de tout travailleur appelé à déneiger.


Il existe des rateaux à manches télescopiques d’environ cinq mètres pour déneiger les toits pentus des petites struc-tures sans avoir à y grimper. Idéal, par exemple, pour le bungalow.
Il existe des rateaux à manches télescopiques d’environ cinq mètres pour déneiger les toits pentus des petites struc-tures sans avoir à y grimper. Idéal, par exemple, pour le bungalow. Photo : Fotolia

Des exercices d’échauffement sont de rigueur avant de commencer. Des mouvements de flexion et d’étirement permettent aux muscles de se détendre et les préparent à la tâche. La pelle doit être légère (pas plus de 1,5 kg), la lame pas trop large pour que la charge reste légère. Le manche doit être assez long pour qu’on n’ait pas besoin de se pencher en pelletant, un mouvement trop exigeant pour le dos. La poignée doit être en plastique ; le métal favorisant la déperdition de chaleur par les mains. Il vaut mieux pousser la neige plutôt que de la soulever. Le pousse-neige est l’outil indiqué puisqu’il remonte la neige sans qu’on ait à le soulever. Enfin, la neige fraîche étant plus légère, il vaut mieux pelleter le plus vite possible après la précipitation.

Pour minimiser le risque de chute, il n’y a rien comme de planifier le travail à partir du sol. Il existe à cet effet des rateaux à manche télescopique d’environ cinq mètres pour déneiger les toits pentus des petites structures sans avoir à y grimper. Idéal, par exemple, pour le bungalow. Pas besoin de faire un nettoyage intégral ; enlever les trois quarts suffit.

On peut aussi utiliser des nacelles qui permettent d’aller en hauteur de façon plus sûre, pourvu qu’on s’attache à la nacelle. Il en existe des modèles à louer qu’on tire avec l’attelage de la voiture ou du camion. Elles s’élèvent à 12 mètres et permettent de déneiger en sécurité les toits pentus industriels ou commerciaux. Notamment à l’aide des mêmes rateaux à manche télescopique.

Mais si l’on doit aussi monter sur les toits pentus parce que la neige ne glisse pas d’elle-même, un dispositif de protection individuelle devient dès lors nécessaire : un harnais relié à une corde d’assurance verticale par un cordon d’assujettissement muni d’un absorbeur d’énergie permettra au travailleur de se mouvoir librement.

Il faut aussi un ancrage. « Et c’est là que le problème persiste », explique Pierre Bouchard. Une cheminée en maçonnerie peut faire l’affaire, mais s’il n’y en a pas, il faut un ancrage résistant de 18 kilos-Newton (4 000 livres). Il s’agit soit d’un crochet individuel vissé à même la structure du bâtiment ou d’un câble d’acier horizontal destiné à cet usage.

Méthode sécuritaire de déneigement des toits plats

Méthode sécuritaire de déneigement des toits plats

On délimite une zone tampon de deux mètres tout le tour du toit, zone qui ne sera pas déneigée. On complète l’aménagement par une zone de déversement protégée par un garde-corps, en bordure du toit. Celui-ci est en quelque sorte un grand U d’environ 2,5 mètres de largeur. Illustration : Ronald DuRepos


En l’absence de tels ancrages fiables, un des spécialistes de la CSST en chutes de hauteur, l’ingénieur Jean Arteau, préconise d’utiliser l’embrasure des portes ou des fenêtres. On y cale une poutre transversale, à l’intérieur de la maison, ou du commerce, sur laquelle on attache la corde qui remonte sur le toit et descend sur le versant opposé, où travaille le déneigeur. Les murs latéraux portent la charge de la traction exercée par la corde. Autre détail important : la corde qui retient le travailleur dans un tel scénario sera tendue. « Mais il ne faut pas que son dispositif antichute soit sous tension, en d’autres mots, qu’il soit utilisé comme équipement de positionnement », prévient Pierre Bouchard. Auquel cas il y a risque de rupture et d’usure plus grand que si le câble est utilisé comme il se doit. Enfin, il faut prévoir des mesures d’urgence en cas de chute. « Un travailleur qui reste longtemps au bout de sa corde peut vite souffrir d’hypothermie, explique Pierre Bouchard. En déneigeant le funiculaire de Québec, un travailleur est resté suspendu deux heures avant que les secouristes puissent l’atteindre ; par chance, se trouvant dans la pente du funiculaire, ni debout ni suspendu, il pouvait au moins bouger et se réchauffer. Sinon, il était candidat à l’hypothermie. »

Si un toit pentu se vide parfois de sa neige tout seul, on ne peut compter sur la même chance pour un toit plat. Le pelleter est incontournable. Surtout quand les évents de plomberie et les ventilateurs sont enfouis sous la neige. Selon la Régie du bâtiment, un toit plat peut supporter 17 cm de glace, 38 cm de neige durcie ou 70 cm de neige fraîche. En gros, dès qu’il y a deux pieds de neige, il faut en enlever, en retenant qu’on peut aussi en laisser de 10 à 15 cm sans problème.

Sous un couvert de neige, les lanterneaux, puits de lumière et évents sont des éléments susceptibles de provoquer des chutes. La bonne méthode consiste à les marquer d’un fanion et même à consulter un plan si on ne peut repérer ces éléments sous la neige. On peut passer à travers un puits de lumière si l’on n’y prend garde. Ensuite, avec une corde, on délimite une zone tampon de deux mètres tout le tour du toit, zone qui ne sera pas déneigée et où personne ne circulera. Elle évite aux déneigeurs de s’approcher des bords du toit.

On complète l’aménagement par une zone de déversement protégée par un garde-corps, en bordure du toit. Celui-ci est en quelque sorte un grand U d’environ 2,5 mètres de largeur, généralement fabriqué en bois. Le garde-corps est haut d’au moins un mètre et, dans le bas, une ouverture laisse la pelle-traîneau pousser la neige dans le vide. À l’intérieur de la zone du garde-corps, on tasse la neige pour faire une pente qui s’élève doucement à la même hauteur que le parapet. Cette rampe sert à hisser la neige par-dessus le parapet, puis à la projeter à travers l’ouverture pratiquée dans le bas du garde-corps.

En principe, il n’est pas nécessaire de déneiger la zone tampon. S’il faut le faire, on commence par la région la plus éloignée de la rampe de déversement, de telle sorte que la zone tampon demeure en place de chaque côté le long des endroits où l’on circule.


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Certains déneigeurs futés montent sur le toit une souffleuse domestique (parfois même un quatre-roues !), ferment temporairement la rue ou la ruelle et soufflent la neige sans avoir à se rapprocher du bord du toit. « Si on pense prévention, c’est moins de manipulation pour les déneigeurs, moins de mouvement, moins de troubles musculo-squelettiques, moins de maux de dos et moins de risques pour le coeur, explique l’ingénieur Charles Allard, chef d’équipe à la prévention-inspection, qui garde les déneigeurs dans sa ligne de mire. C’est aussi moins de risques de chute parce qu’en étant placé derrière la souffleuse qui projette la neige par en avant, le travailleur évite le bord du toit. »

Autre danger sur un toit : la présence de fils électriques. Un travailleur de Saint-Côme en a fait la désagréable expérience en 2003 quand le manche d’aluminium de son grattoir a touché un fil de 14,4 kV pendant qu’il déneigeait le toit. Il a été si gravement brûlé aux membres supérieurs qu’on a dû les lui amputer. Il n’aurait pourtant pas dû se trouver à moins de trois mètres de la ligne électrique, comme le stipule le règlement. Il s’en est approché à 1 m 30. Comme c’est souvent le cas, les travaux étaient mal planifiés et tous les protagonistes dans cette histoire ignoraient le danger que représentait ce fil électrique. Formation, information, planification et supervision étaient toutes déficientes.

Si de plus en plus d’entrepreneurs appellent la CSST durant l’automne pour s’enquérir des façons de déneiger un toit en toute sécurité et les appliquer, on constate pour six inspections sur dix que les travailleurs n’ont ni garde-corps ni dispositif de retenue, bref, rien qui assure leur sécurité, déplore Charles Allard.

Rendre les rues praticables sans rendre l'âme

Autre agrément de l’hiver ayant une incidence sur la sécurité de plusieurs travailleurs à l’emploi des municipalités : le déneigement des routes et autoroutes, rues et boulevards, ponts et trottoirs. C’est un travail à haut niveau de risque et, surtout, à risques multiples.

Entretenir les voies publiques occupe intensivement les administrations municipales durant l’hiver, qui embauchent aussi quantité de sous-traitants pour en venir à bout. « Les travaux sont souvent exécutés dans l’urgence et sous pression, explique l’ingénieure Diane Côté, conseillère pour l’APSAM (Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail, secteur affaires municipales). Résultat : les conditions de travail et la nature du matériel sont source de nombreux accidents du travail. C’est pourquoi aucune opération de déneigement ne doit commencer avant que tous les intervenants municipaux et tous les sous-traitants qu’ils comptent embaucher aient été convoqués au début de la saison. On doit leur rappeler toutes les méthodes de travail et les nombreuses consignes de sécurité, d’autant plus qu’ils ne seront pas disponibles durant la saison. » Au programme : glace, verglas, poudrerie, contraintes thermiques, différents types de cadenassage pour l’entretien des équipements, moyens de communication, rôle du surveillant au déneigement, heures de travail permises, obéissance au code de la sécurité routière, etc. « Notre menu est chargé », précise Diane Côté.

L’opération déneigement obéit à quatre phases, chacune entraînant ses risques particuliers : épandage d’abrasifs, déblaiement, soufflage, chargement, déchargement et élimination de la neige.


S’il neige peu ou s’il tombe de la pluie verglaçante, on procède à l’épandage de fondants et d’abrasifs.
S’il neige peu ou s’il tombe de la pluie verglaçante, on procède à l’épandage de fondants et d’abrasifs. Photo : iStock

Rendre la chaussée praticable a beau être prioritaire, jamais le travail ne doit s’accomplir en passant outre aux règles de sécurité routière. Les travailleurs ne jouissent d’aucune permission pour les enfreindre. Ils doivent donc arrêter leurs véhicules aux feux de circulation, toujours rester visibles, respecter les limites de vitesse, céder le passage au besoin, se tenir à distance et prendre garde aux virages à droite. Conduire avec les facultés affaiblies leur est interdit comme à tout le monde. De plus, les municipalités, leurs travailleurs  et les sous-traitants sont assujettis au règlement sur les heures de conduite et de repos des conducteurs de véhicules lourds (c. C-24.2, r.1.002).  Ce règlement prévoit des conditions précises sur  le nombre d’heures à respecter afin d’éviter les cas de fatigue qui peuvent rendre dangereuse la conduite de véhicules lourds.  Une vérification mécanique sommaire des véhicules lourds doit être faite par les conducteurs avant chaque utilisation. Finalement, parce qu’ils sont énormes et qu'ils comportent de nombreux angles morts, ces véhicules servant à déneiger ne peuvent reculer sans l’assistance d’un signaleur.

Épandage d'abrasifs et de fondants

 

S’il neige peu ou s’il tombe de la pluie verglaçante, on procède à l’épandage de fondants et d’abrasifs dans les rues et sur les trottoirs. Des accidents graves sont survenus quand des travailleurs ont tenté de déloger des mottes d’abrasifs qui bloquaient les grillages des épandeurs. Ils sont entraînés par des pièces en mouvement. Pour éviter qu'il y ait des morts et des blessés, on doit recouvrir toutes les pièces mobiles de protecteurs, qu’elles soient dans des épandeurs indépendants ou sous la benne de gros camions. En plus, durant toute opération de déblocage, qu’on ne doit jamais faire avec les mains, mais plutôt avec des outils, on doit couper le moteur des épandeurs ; aucun élément du mécanisme d’épandage ne doit être en mouvement quand le véhicule est arrêté. Enfin, il ne faut jamais monter dans la benne pour la nettoyer ou la vider. L’épandeur doit se trouver à dix mètres de tout autre véhicule et son moteur doit être coupé si quelqu’un s’en approche à moins de trois mètres.


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Comme l'hiver, la formation est toujours à recommencer !


L’APSAM offre de la formation depuis plusieurs années au Québec et rencontre les travailleurs municipaux et les sous-traitants tous les automnes. Il y a énormément de volets à couvrir pour que les travailleurs qui rendent les rues et les trottoirs praticables soient en sécurité. La CSST publie également des rappels sur son site Web et dans les médias à chaque début de saison froide pour sensibiliser les travailleurs aux multiples dangers de l’hiver. En raison du grand roulement de personnel, de l’évolution des connaissances et des équipements et de l’urgence du travail à accomplir après la tempête, la formation reste et restera le nerf de la guerre. « Les métiers saisonniers sont par définition à grand roulement de personnel, et c’est pourquoi il y a toujours quelqu’un, à un moment ou à un autre, qui n’a pas la formation requise », conclut Pierre Bouchard. 

 

Déblaiement


Après une accumulation de neige, le déblaiement des rues et des trottoirs avec des chenillettes et de l’équipement lourd avec lames frontales ou latérales bat la tempête. Il faut absolument avoir été formé au maniement des composantes de ces véhicules. Avant l’arrivée de l’hiver, on doit installer des balises temporaires le long des parcours de déneigement afin de permettre aux conducteurs de bien localiser les obstacles contre lesquels ils pourraient entrer en collision lorsque la visibilité est réduite. 

Soufflage et chargement de la neige


Imaginez un moment un travailleur en poste devant une souffleuse, entouré de camions lourds et de voitures aux conducteurs pressés dans un concert de bruit. Ce travailleur, dont le rôle est d’accomplir diverses tâches liées à la sécurité lors du déneigement, est très vulnérable, c’est le moins qu’on puisse dire. Plusieurs surveillants au déneigement ont perdu la vie. À Amqui en 2003, par exemple. Un camion de chargement a reculé sur le signaleur et l’a écrasé.

« Si les surveillants doivent être des personnes très expérimentées qui connaissent bien les opérations de déneigement, en réalité on y envoie souvent les nouveaux, les surnuméraires ou les temporaires, sans aucune formation », déplore Diane Côté. Certaines municipalités ont muni leurs souffleuses à neige de dispositifs d’arrêt automatique reliés à une manette actionnée par le surveillant. Diverses autres expériences en cours visent à augmenter la sécurité du surveillant. Le signaleur doit rester en tout temps dans le champ de vision des conducteurs de la souffleuse et des camions de chargement. Les conducteurs de tous les véhicules dans la zone de déneigement doivent avoir reçu la consigne de freiner immédiatement quand ils ne le voient plus. Le conducteur de la souffleuse obéit en tout temps aux signaux du surveillant. S’il ne le voit plus, il doit s’immobiliser et arrêter la tarière.

S’il arrive que de la neige durcie ou un corps étranger se coincent dans la tarière de la souffleuse, il faut appliquer la procédure de déblocage, c’est-à-dire couper le moteur et tout mettre au point mort, car il se peut qu’une tension résiduelle dans le mécanisme fasse un peu tourner les lames pendant le décoincement.

Les camions de chargement doivent garder les feux de position en fonction pendant le chargement, ne jamais doubler un autre camion sur les lieux du chargement, rester à quatre mètres derrière la souffleuse pour attendre leur tour. Le tuyau d’échappement doit être du côté opposé à la souffleuse pour ne pas incommoder le conducteur en raison des rejets de monoxyde de carbone. 


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Déchargement et élimination de la neige


Il existe plusieurs façons de se débarrasser de la neige. Au Québec, on utilise principalement les dépôts de surface, mais aussi quelques chutes à neige et des fondeuses.  Ces endroits doivent être aménagés sur un sol stable, entretenus, bien éclairés, balisés pour indiquer clairement aux utilisateurs le circuit à emprunter en évitant le plus possible la marche arrière. Les camionneurs doivent faire preuve de la même vigilance en présence d’un préposé au déchargement qu’avec les surveillants au déneigement. Partout en ces lieux, il faut redoubler de prudence. Notamment parce que les semi-remorques peuvent devenir instables lorsqu’elles déchargent la neige. Mieux vaut s’en tenir loin. Quant à la responsabilité d’assumer la sécurité de l’empilement de la neige usée, elle incombe à la municipalité ou à l’exploitant du dépôt à neige.  [PT]